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Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

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L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

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La pierre de Moïse

Extraits du Livre de Didier Nebot (Parution prévue en avril 2018)

L’Alhambra ! Qui n’avait pas entendu parler de ce palais à la stupéfiante beauté chanté par les troubadours, décrit par les conteurs, peint par les artistes.

Ferdinand fit de son entrée dans le palais, un symbole de sa victoire. La neige éclatait de sa blancheur sur les sommets de la Sierra Nevada, le cortège royal passa sous la monumentale porte après avoir grimpé la colline.

 Les somptueuses allées aux mille fleurs, les fontaines aux bruissements d’eau pure, les bassins calmes où se reflétait la douceur de vivre, menaient à "la rouge", nom arabe du somptueux palais.

Ferdinand avait pris possession des lieux, la reine l’y avait rejoint, ils visitèrent chaque salle avec ravissement. Là de précieux azulejos, ici des niches sculptées avec une précision enivrante, plus loin une chambre dorée au plafond ouvragé…On découvrit la salle octogonale des Murmures, où il suffisait de chuchoter quelques mots contre un mur pour qu’un complice, à l’autre extrémité de la pièce, les entende parfaitement. La magie architecturale arabe enchanta tant Ferdinand et Isabelle qu’ils interdirent qu’on touche à une pierre de l’édifice. Qu’on détruise tous les témoignages de l’Espagne musulmane, mais qu’on garde intact ce chef-d’œuvre.

Ferdinand donna une conférence dans la magnifique salle des Ambassadeurs, là même où il avait reçu les clés de la ville. Il avait convoqué les plus hauts dignitaires du royaume pour débattre de l’avenir de l’Espagne. Chacun y alla de sa petite phrase assassine :

"Devons-nous, pouvons-nous vraiment respecter la liberté du culte chez ces musulmans que nous venons de vaincre ? Ce serait une insulte à notre pays, à ses rois !"

"Peut-être, mais nous avons passé un accord avec Boabdil et ne pas tenir nos engagements risquerait de nous mettre à dos tout le monde musulman."

« Mais les juifs, alors ! Aucun empire juif n’est susceptible de nous demander des comptes. Nous ne pouvons plus les tolérer. L’Espagne ne peut rester grande que sous la foi catholique. Chassons-les. »

« Leur richesse est une insulte ! »

« Leur synagogues un défi permanent à notre sainte mère l’Eglise ! »

« Nous avons délivré le pays des hérétiques. Occupons-nous d’eux, à présent ! »

« J’approuve vos propos, répondit Ferdinand. Mais n’oubliez qu’Isabelle leur a promis la liberté de culte et que, surtout, les juifs contrôlent une bonne partie de l’économie. Pouvons-nous vraiment nous passer d’eux ? »

« Qu’ils se convertissent, sinon nous les remplacerons ! »

Une voix s’éleva dans l’assistance :

« Pourquoi cette sévérité ? Doit-on oublier leur dévouement, l’aide qu’ils nous ont apportée dans notre combat contre les Maures ? »

Torquemada, le grand inquisiteur, alors présent coupa l’importun :

« Ils n’ont agi que par appât du gain. Les actes de bravoure de quelques-uns ne donnent pas l’absolution à tous les autres. Ils n’ont de choix qu’entre l’exil et la conversion. »

Abravanel et Séneor, les deux grandes figurent du judaïsme espagnol, présents à Grenade, eurent vent de ce qui se tramait.

Ils étaient furieux mais il fallait composer. Surmontant leur indignation, en tant que représentant de la communauté juive, ils demandèrent audience à Ferdinand.

« Sire, d’inquiétantes rumeurs circulent sur notre devenir, devons-nous y ajouter foi ? »

« Ces bruits sont fondés, répondit solennellement le roi. Votre présence sur notre territoire est devenue indésirable, elle constitue une offense à Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

« Je ne comprends pas, s’étonna Seneor, nous vous avons toujours servi avec loyauté. »

« Les temps ont changé, la nouvelle Espagne ne peut être que chrétienne. »

« Quelle ingratitude, sire, quelle injustice ! S’emporta le rabbin. Nous sommes imprégnés de cette terre autant qu’elle l’est de nous, nous l’habitons depuis de nombreux siècles, nul n’a le droit de nous en chasser. »

Seneor était en plein désarroi, la cause semblait entendue. Il parla fort, puis se laissa aller et ouvrit son cœur ; il fallait à tout prix que le roi revienne sur sa décision. Abravanel crut, un instant, lire de l’émotion sur le visage de Ferdinand. C’était le moment d’avancer l’argument décisif.

« Sire, dit-il en interrompant Seneor, vous m’avez fait l’honneur de vous conseiller pour les affaires du royaume. Or, vous ne l’ignorez pas, les finances de l’Etat sont à un point critique. La guerre a coûté cher et reconstruire le pays nécessitera d’énormes sommes. Notre communauté a consenti de gros sacrifices pour vous venir en aide. Cependant je prends l’engagement, au nom des miens, de continuer dans cette voie. Nous travaillerons jour et nuit s’il le faut pour vous fournir tout ce dont vous aurez besoin. Pour vous prouver notre bonne foi, je vous offre, sur-le-champ, trente mille ducats d’or. »

Le roi, impressionné, demanda à réfléchir. Abravanel respira, tout n’était pas perdu. Malheureusement, Torquemada, le grand inquisiteur, qui avait conduit aux bûchers tant de juifs convertis, tapi derrière une porte, avait écouté la conversation. Il pénétra dans la pièce en furie et tendit un crucifix à Ferdinand : « Judas a vendu Notre-Seigneur pour trente ducats. Vous, vous le donneriez pour trente mille. Tenez, le voilà ! »

 

Ferdinand tressaillit. Il regarda longuement le crucifix, puis s’agenouilla, implorant le pardon. Redevenu maître de lui, il congédia les deux juifs.

 

L’Espagne chrétienne venait de remporter l’une de ses plus belles victoires.

 

A la fin du mois d’avril 1492, devant des foules immenses, de nombreux hérauts lurent sur toutes les places publiques le décret d’expulsion des juifs qui avait été élaboré le 31 mars 1492 dans la ville de Grenade :

" Don Ferdinand et dona Isabelle, par la grâce de Dieu, roi et reine de Castille, de Léon, d’Aragon, de Sicile, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Majorque, de Séville, de Sardaigne, de Corse, de Murcie, de Jaén, des Algarves, d’Algésiras, de Gibraltar, des îles Canaries, comte et comtesse de Barcelone, seigneurs de Biscaye et de Molina, ducs d’Athènes, comte de Roussillon et de Cerdagne, marquis d’Oristan.

Au prince don Juan, notre très cher et très aimé fils, et aux infants, prélats, ducs, marquis, comtes, maîtres des ordres, pairs, hommes riches, commandeurs, gouverneurs des châteaux de nos royaumes et seigneuries, aux conseillers, magistrats, maires, gens d’armes, marins, officiers, jurés et hommes bons de toutes les villes, bourgs et lieux de nos royaumes et seigneuries, aux synagogues et juifs y appartenant, à tous les juifs et individus aussi bien hommes que femmes, quel que soit leur âge, à toutes les autres personnes de tout état, loi ou dignité, prééminence ou condition, et à tous ceux, que d’une façon ou d’une autres cette charte concerne, ou pourra concerner, santé, grâce et salut !

Sachez que nous avons été informés qu’il existe et qu’il existait dans nos royaumes de mauvais chrétiens qui judaïsaient. Nous avions ordonné, lors de la réunion des Cortès de Tolède l’année dernière, d’accorder aux juifs des juiveries dans toutes les villes, bourgs et lieux, où ils pourraient vivre dans leur péché. En outre, nous avions ordonné d’établir dans nos royaumes et seigneuries l’Inquisition, laquelle existe, comme vous le savez, depuis douze ans, durant lesquels elle a trouvé beaucoup de coupables, ainsi que nous en avons été informés par les inquisiteurs et par d’autres personnes religieuses, qui par leurs relations, leurs entretiens et leurs communications avec les juifs, se sont laissé entraîner par ces derniers.

Ceux-ci usent de plusieurs moyens et manières pour soustraire les fidèles à notre sainte foi catholique, les ramenant à leur dangereuse croyance, les instruisant dans les cérémonies de leur foi, les invitant à des réunions où ils leur expliquent les fêtes juives qu’ils doivent respecter. Cherchant à circoncire eux et leurs enfants, leur offrant des livres de prières, les avertissant des jeûnes à respecter, leur enseignant à transcrire des copies de la Loi, annonçant les Pâques avant qu’elles n’aient lieu, leur expliquant la façon de les célébrer et de les faire. Leur offrant et leur portant du pain azyme et des viandes d’animaux tués suivant leurs rites, les mettant en garde contre les choses qui doivent être bannies aussi bien dans l’alimentation que des autres prohibées par leur loi. Les persuadant de la supériorité de la loi de Moïse, leur faisant comprendre qu’il n’y a point d’autre loi, d’autre vérité que celle-là. Tout cela est vérifié par maintes déclarations et confessions, aussi bien des juifs que de ceux qui ont été trompés par eux ; ce qui porte préjudice, détriment et opprobre à notre sainte foi catholique.

Comme nous avons été informés de ces faits de toutes parts, et savons que le vrai remède à ces maux consiste à interdire la communication des juifs avec les chrétiens, nous les avons renvoyés d’Andalousie, où ils semblent avoir causé le plus grand mal, croyant que ce serait suffisant pour que les juifs des autres villes, bourgs et lieux de nos royaume et seigneuries cessent de commettre les mêmes délits. Et parce qu’il est porté à notre connaissance que ni ceci, ni les pardons accordés à certains juifs coupables de crimes envers notre sainte foi catholique n’ont suffi pour que cesse leur offense envers la religion catholique. Parce que chaque jours les dits juifs entretiennent cet état de faits, et pour qu’il n’y ait plus lieu d’offenser notre sainte mère l’Eglise, il faut combattre la cause principale, à savoir l’expulsion des juifs de nos royaumes.

Car lorsqu’un grave et détestable crime est commis par un quelconque collège, il est juste que ce collège soit dissous et ses membres punis, de même que ceux qui pervertissent le bon et honnête mode de vie des villes et bourgs soient expulsés des villages.

Par conséquent, nous, en conseil et accord avec les prélats, grands et chevaliers de nos royaumes et autres personnes de science et conscience de notre conseil, après mûre délibération, avons décidé d’ordonner l’expulsion de tous les juifs de nos royaumes, et que jamais ils n’y reviennent. C’est pourquoi par le présent édit, nous donnons l’ordre à tous les juifs, hommes ou femmes, quel que soit leur âge, où qu’ils vivent, habitent et se trouvent dans les royaumes et seigneuries susmentionnés, aussi bien ceux qui y sont nés que ceux qui n’y étant pas nés s’y trouvent, qu’après la fin du mois de juillet de cette année ils partent avec leurs fils et filles, leurs serviteurs, servantes et familiers juifs, aussi bien les grands que les petits, quel que soit leur âge. Il ne leur sera pas permis de revenir dans nos Etats soit délibérément, soit de passage, soit de toute autre façon, sous peine, au cas où ils reviendraient de manière quelconque ou si l’on trouve des juifs dans nos royaumes, d’encourir la peine de mort et la confiscation de tous leurs biens par notre chambre du fisc.

Et nous ordonnons et mettons en garde quiconque, personne ou groupe de personnes desdits royaumes, quels que soient son état, sa condition ou sa dignité, daigne recevoir, reçoive, accueille ou défende que ce soit publiquement ou secrètement un juif ou une juive, après la fin du mois de juillet et au-delà, à jamais, que ce soit sur ses terres, dans sa maison ou dans tout autre endroit des susdits royaumes et seigneuries, sous peine de perdre ses biens, ses vassaux, forteresses et autres héritages. Et de perdre en outre toute faveur de notre part et vis-à-vis de notre chambre de fisc. Et pour que lesdits hommes ou femmes juifs puissent, durant le délai qui leur est accordé jusqu’à la fin du mois de juillet, prendre leurs mesures, nous leur accordons dès à présent notre protection royale à eux et à leurs biens pour que, durant cette période, ils puissent vaquer à leurs occupations en toute sécurité, vendre, échanger et se défaire de tous leurs biens, meubles et immeubles et en disposer à leur volonté. Ainsi, nous leur donnons la permission et la possibilité d’emporter, hors de nos royaumes et seigneuries, leurs biens et trésors par mer et par terre, à l’exception de l’or, de l’argent et de toute espèce de monnaie frappée, ou de toutes les choses interdites par les lois de nos royaumes, sauf aussi les denrées dont l’exportation est prohibée.

…-Et pour que nos ordres puissent être portés à la connaissance de tous et que personne ne puisse prétendre les ignorer, nous mandons que la présente lettre soit annoncée publiquement dans les places, marchés et autres lieux des villes et villages par le crieur public en présence de l’écrivain public…

Fait dans la ville de Grenade, le trente et unième jour du mois de mars, l’an mille quatre cent quatre-vingt-douze de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Par le roi, la reine, Juan de Colona, secrétaire du roi et de la reine, nos seigneurs, fait à leur demande."

Extrait du Livre "Les bûchers d’Isabelle la Catholique" de Didier Nebot

( Sortie prévue en avril 2018)

 

 
 

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