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: Synagogue de Barcelone (VIe siècle)

Le terme espagnol marrano -marrane- a désigné de façon infamante, à partir du XIIIe siècle, mais plus systématiquement après l’expulsion des Juifs en 1492, le Juif (et parfois l’Arabe) espagnol converti au catholicisme, cristiano nuevo ou crypto-juif, le converti étant soupçonné d’avance, à tort ou à raison, d’être resté fidèle à sa foi antérieure et de la pratiquer en secret.

Quelquefois il ne s’agissait pour ce dernier que d’observer quelque ancienne tradition familiale, comme de mettre une chemise blanche le samedi, jour du Chabbat, ou d’allumer une chandelle le vendredi soir.

Ou encore, bien sûr, de s’abstenir de manger du porc.

D’où, à l’inverse – ou conjointement, sans nul paradoxe – une volonté affichée de se montrer plus chrétien que les autres, soit en arborant un chapelet géant (comme on le voit dans Guzmán de Alfarache, de Mateo Alemán, illustre nouveau-chrétien) et en exhibant théâtralement un catholicisme excessif, soit en consommant ostensiblement la viande interdite qui était littéralement devenue une affaire d’État au pays des Rois Catholiques : du cochon. On sait, depuis, que l’Espagne, sans doute à cause de cette exigence culinaire, est devenue le plus gros consommateur de porc de toute l’Europe, comme le montre avec humour le cinéaste Bigas Luna dans Jamón, jamón, qui pourrait passer pour un délire marrane.

On notera, à ce sujet – et nous nous y arrêterons –, l’énigme cervantine où Don Quichotte, nous donnant son menu de la semaine, assigne au samedi un plat de "Duelos y quebrantos", que tout le monde a traduit par "des œufs au lard" sans plus entrer dans le détail. Bizarre expression, en effet, qui ne nomme pas le plat consommé, à l’inverse des jours précédents où Cervantès nous dit clairement ce qu’il y a dans l’assiette de l’Ingenioso Hidalgo : pot-au-feu, bœuf, mouton, lentilles, pigeonneau ou ce salpicón qui est en français le ragoût sauce piquante qu’on appelle "saupiquet".

Mais voilà, le samedi, Don Quichotte déjeune, littéralement, de "deuils et brisures". De quels deuils s’agit-il et de quelles brisures ? Certains pensent alors aux abats, ces débris de bête. Mais non, bien sûr, il s’agit de lire le texte tel qu’il est écrit : deuils, d’une part, et brisures, de l’autre.

La table du samedi, qui est le chabbat des Juifs, jour sacré de repos et de respect de la Torah, est ici présentée comme le deuil du banquet sabbatique traditionnel et comme une brisure de la Loi juive. Et pourquoi ? justement parce que les conversos se voyaient contraints eux-mêmes et pour ne pas soulever la suspicion des autres de manger du lard.

Et c’est pourquoi l’on a traduit duelos y quebrantos par "des œufs au lard" – comme le fait Aline Schulman dans la dernière traduction du Quichotte (L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, 1997), mais comme elle s’abstient, par parti pris de modernité, de mettre la moindre note, alors le lecteur passe au-dessus d’une réalité espagnole des plus cuisantes : la condition du marrane.

Jean Canavaggio, dans son édition du Quichotte dans la Pléiade, met, lui, une note des plus éclairantes après avoir traduit le plat du samedi par "des œufs frits au lard" et déclaré qu’il s’agit là d’un "plat difficile à identifier clairement", mais il écarte le sens d’ "abats" en s’abritant derrière l’exégèse de Rodríguez Marín (dans Estudios cervantinos, 1947), qui fait autorité désormais, et il opte décidément, comme tous ceux qui ont suivi, pour le sens d’œufs au lard, mais sans tenir compte du sens littéral du mets qui, lui, n’échappe pas à Américo Castro qui écrit, dans Los casticismos españoles (Madrid, 1966) : "Ce qu’on ne savait pas c’est la raison d’une expression si étrange, qui ne décrit pas ce que ce plat devait être, mais exprime la mésestime qu’en avait celui qui eut l’idée de le nommer ainsi", car enfin, écrit-il, "du point de vue du nouveau-chrétien, manger du lard était ‘deuils et brisures’".

Alors Canavaggio écrit fort justement : "L’expression imagée qui désigne ce mets en espagnol semble s’être d’abord répandue, au cours du XVe siècle, parmi les nouveaux-chrétiens". Cela ne signifie pas que Cervantès ait été un marrane, comme le soutient depuis des années, avec quelque excès, Dominique Aubier (Don Quichotte, prophète d’Israël, 1966). Canavaggio reste prudent sur toute la ligne en arguant que nous ne disposons d’aucune preuve de son éventuelle judéité (Cervantès, 1986), à l’inverse d’Américo Castro, empressé à trouver dans Don Quichotte des composantes hébraïques ; il n’en demeure pas moins que le roman de Cervantès, que ce dernier ait parlé pour lui ou qu’il ait jeté un regard ironique sur la société excessivement chrétienne et verrouillée du XVIe siècle, est plein d’allusions subreptices et de sous-entendus.

Michel Moner, dans sa présentation du livre dans la Pléiade, brosse de l’Espagne d’alors ce tableau éloquent : "Mieux vaut, à l’évidence, être chrétien de souche dans cette Espagne où, en 1547, le chapitre de la cathédrale de Tolède vote les premiers statuts de ‘pureté de sang’. Aussi chacun s’emploie-t-il à toiletter son arbre généalogique. Les notaires s’affairent, les faussaires aussi. Et les historiens ne sont pas en reste, non plus que les archéologues… Partout on rature et on gomme". Mais revenons à notre nouveau-chrétien et à sa table du samedi. Juan Goytisolo, dans un article intitulé « Sobre duelos y quebrantos » (El País, 14 août 1998), signale sa lecture de « délicieuses coplas » d’un Juif converti, Antón de Montoro, surnommé « el Ropero » (1404-1480) : n’ayant trouvé en boucherie que du lard et des œufs, il s’en plaint auprès du corregidor de Cordoue en ces termes plaisants et éclairants :

Han dada en los carniceros Les bouchers ont eu l’idée
causa de me hazer perjuro : de me rendre parjure :
no hallando por mis duelos ne trouvant pas pour mes deuils
con qué mi hambre matar, de quoi tuer ma faim,
hanme hecho quebrantar ils m’ont fait rompre
la jura de mis abuelos. le serment de mes aïeux.

Le sens explicite de ce plaisant texte dit bien que le plaignant a été contraint, par défaut d’approvisionnement, d’acheter du lard et des œufs, ce pourquoi les bouchers l’ont rendu « parjure » au regard de la loi mosaïque. L’affaire est donc entendue : Don Quichotte, sous la plume évidemment ironique et, plus encore, pícara, malicieuse, de Cervantès, en mangeant le samedi des œufs au lard, est contraint de faire son deuil du judaïsme de ses ancêtres et de briser la loi de la « cacherout ». Bien entendu, cela ne prouve pas que Cervantès était nouveau-chrétien, mais cela traduit sûrement la réminiscence amusée de cet esprit rebelle, frondeur et ironique entre tous, qui reprend à son compte, en éclatant de rire probablement avec ses contemporains qui étaient aussi avertis que lui, les vers populaires de ce Cancionero de obras provocantes a risa (réédition Madrid, 1974), de Montoro, qui circulait avec succès dans les années qui précédèrent la rédaction du Quichotte. Tout ce qu’on peut dire, alors, de Cervantès c’est qu’il manifeste là une forme d’humour juif.


On pourra citer, comme très éloquent à cet égard, cet autre poème d’Antón de Montoro en forme d’autoportrait :


Al Ropero de Córdoba Au Drapier de Cordoue
¡O, Ropero amargo, triste Ô Drapier amer et triste
que no sientes tu dolor! toi qui ne sens pas ta douleur !
Setenta años que naciste Tu es né depuis soixante-dix ans
y en todos siempre dixiste: durant lesquels tu as toujours dit :
«ynviolata permansiste» « sans tache tu es resté ».
y nunca juré al Criador. Je n’ai jamais juré le Créateur.
Hize el Credo y adorar J’ai fait le Credo et adoré
ollas de tocino grueso, des marmites de gros lard,
torreznos a medio asar, des lardons mi-rôtis,
oyr misas y reçar, entendu des messes et prié,
santiguar y persinar, me suis signé, j’ai fait le signe de croix,
y nunca pude matar mais n’ai jamais pu effacer
este rastro de confeso. en moi la trace du converti.

Nous retrouvons là la mise en avant du lard et des lardons comme obligation culinaire du nouveau-chrétien voulant arguer de sa bonne foi catholique. Bon chrétien, ne jurant jamais le nom du Créateur, récitant son Credo et ses prières, parmi lesquelles il range « l’adoration » porcine, se fendant de crucifixions multiples, et tout cela pourquoi ? pour finalement avouer qu’en lui, Antón de Montoro, Juif converti et tailleur de profession, jamais ne disparaît la "trace » juive".

Le grand critique hispaniste américain Daniel Eisenberg se dit "complètement convaincu que Cervantès avait des ascendances judaïques", en ajoutant que 80 % de la classe moyenne intellectuelle de l’époque était d’origine juive ; et de citer les grands mystiques espagnols, et presque tous les grands romanciers, de Jorge de Montemayor, inventeur du roman pastoral, à Cervantès, inventeur du roman moderne, en passant par Mateo Alemán, inventeur du roman picaresque.

Il suffit de le citer, dans son émerveillement de Juif américain descendant de Galitzia (Galicie) :

"Nouveaux chrétiens, descendants de Juifs, étaient Diego de San Pedro (poète et prosateur juif converti, auteur de La cárcel de amor, considéré comme le Werther du XVe siècle), Hernando del Pulgar (chroniqueur officiel d’Isabelle la Catholique, fils d’un greffier de Tolède nommé Rodríguez et tenu pour juif), Antonio de Nebrija (humaniste sévillan qui rédigea la première grammaire du castillan, pour la dédier à Isabelle la Catholique et, fidèle à ses origines, fut favorable au retour aux sources hébraïques dans sa révision de la Vulgate, la Bible latine de Saint Jérôme), Fernando de Rojas (d’une famille de juifs convertis, auteur de la très célèbre Célestine, en 1499), Luis Vives (juif converti qui, au XVe siècle fuit l’Espagne par peur de l’Inquisition, pédagogue et humaniste qui enseigna à la Sorbonne et fut compagnon d’Érasme à Louvain), Bartolomé de Las Casas (d’une famille de juifs convertis, son oncle participa à la première expédition de Christophe Colomb découvrant l’Amérique ; il fut le chroniqueur de la Conquête), Francisco de Vitoria (théologien marrane du XVIe siècle dont les neveux firent retour à la religion juive), l’homme politique Antonio Pérez (ministre de Philippe II et ayant eu maille à partir avec l’Inquisition), les médecins Andrés Laguna (fils d’un médecin juif de Ségovie) et Juan Huarte de San Juan (précurseur de la psychologie au XVIe siècle), Santa Teresa de Jesús, San Juan de la Cruz, le beato Juan de Ávila, Fray Luis de León (tous ces mystiques sont d’origine juive), son ami l’hébraïsant Benito Arias Montano, bibliothécaire et chapelain de Felipe II, Francisco Delicado (élève de Nebrija et auteur de la Lozana andaluza (1528) où, descendant de Juifs, il brosse dans ce roman qui se situe à Rome le milieu des Juifs espagnols qui ont fui l’Espagne après l’instauration du Tribunal du Saint Office = l’Inquisition en 1481), Jorge de Montemayor (ce Portugais de probable origine juive écrivit le premier roman pastoral de l’Espagne, la Diana), Alonso de Ercilla (le poète du XVIe siècle auteur de La Araucana, l’un des grands poèmes épiques de l’Espagne), Mateo Alemán, et je m’arrête ici, bien que je puisse continuer, parce que nous voilà arrivés à Cervantès".

Et il se demande ce qui resterait de la culture espagnole si l’on enlevait ces noms, tous ces conversos ou descendants de convertis.


Luis de León descendait de Juifs convertis par sa mère, et manifesta très tôt un grand intérêt pour la langue hébraïque, dans laquelle il devait se perfectionner grâce à son amitié avec le professeur d’hébreu de l’université d’Alcalá, Benito Arias Montano.

Il traduisit indûment (c’est-à-dire sans l’autorisation de son évêque) le Cantique des cantiques, diffusant sa traduction auprès d’une cousine religieuse dans un couvent, mais il fut dénoncé par un collègue envieux et emprisonné pendant cinq ans, avant d’être finalement blanchi par l’Inquisition (il convainquit le tribunal que la Vulgate (traduction en latin de l’Ancien et du Nouveau testament par Saint Jérôme, un Croate du 4ème siècle, qui s’était établi à Bethléem pour se familiariser avec l’hébreu) était, certes, le texte canonique adopté par le Concile de Trente, mais qu’on pouvait dans tous les cas retraduire l’hébreu – ou le grec, s’agissant des Évangiles.

Reprenant ses cours à la Faculté, au sortir de geôle, il déclara à ses élèves en rouvrant son livre : " Nous disions hier" (decíamos ayer). Il y occupera, jusqu’à sa mort, la chaire d’exégèse biblique, en mettant toujours l’accent sur la connaissance scrupuleuse de la langue et du texte hébraïque ; et travaillant jusqu’au bout sur un commentaire du livre de Job. Il a, par ailleurs, publié un essai sur la condition féminine, La perfecta casada ("La parfaite maîtresse de maison") qui peut apparaître comme l’exégèse de notre Eshet ‘hayil, cet éloge de la femme parfaite et épouse exemplaire que les Juifs récitent au soir du vendredi sabbatique.


Quant à sainte Thérèse d’Avila, la plus illustre mystique de l’Espagne, elle descend de Juifs convertis par son père. Son grand-père, riche marchand de Tolède, fut condamné par le tribunal de l’Inquisition pour crypto-judaïsme et porta le san-benito infamant ; ruiné, il s’installa à Tolède et s’acheta un certificat de hidalguía (noblesse). Thérèse entra au couvent et fut une Carmélite militante – réformant l’ordre du Carmel et fondant de nombreux couvents ; à l’instar des prophètes bibliques elle avait des visions dont celle-ci qu’elle a rapportée : "Je vis un ange proche de moi du côté gauche… Il n’était pas grand mais plutôt petit, très beau, avec un visage si empourpré, qu’il ressemblait à ces anges aux couleurs si vives qu’ils semblent s’enflammer … Je voyais dans ses mains une lame d’or, et au bout, il semblait y avoir une flamme. Il semblait l’enfoncer plusieurs fois dans mon cœur et atteindre mes entrailles : lorsqu’il le retirait, il me semblait les emporter avec lui, et me laissait toute embrasée d’un grand amour de Dieu."

Cette vision et impression sera partagée par son ami, l’autre grand mystique espagnol, Jean de la Croix, lui aussi d’ascendance juive – l’Inquisition ayant fouillé son arbre généalogique – et fondateur avec Thérèse, sa grande amie et complice, de l’ordre des Carmes Déchaux, ce qui lui vaudra un emprisonnement de plusieurs mois.

À sa mort, au terme d’une longue et douloureuse agonie, il demande que lui soit lu Le Cantique des cantiques, une lecture à laquelle ne pouvait qu’être sensible le carmélite qu’il était, si l’on songe à ce vers de l’avant-dernier chapitre, faisant allusion à l’Amant : "Ta tête est posée sur toi, pareille au Carmel". Dans son poème mystique le plus célèbre, "La nuit obscure", il développe la thématique biblique de l’amant-Dieu et de l’âme-fidèle, l’extase aboutissant au repos parmi les lis – azucenas, la fleur la plus hébraïque qui soit : chochana, si l’on se rappelle la qualification de l’aimée au 2ème chapitre  : "Je suis le narcisse de Saron, le lys des vallées” (שושנת־העמקים chochanat ha’amaqim) et son attitude finale rappelant celle des deux amants à la fin du poème hébraïque reposant sur le "Mont aux aromates" (‘al haré bassamim).


Dans une nuit obscure, | En una noche oscura
par un désir d’amour tout embrasée | con ansias en amores inflamada
Oh ! l’heureuse aventure ! | ¡oh dichosa ventura !
Je sortis sans être vue, | salí sin ser notada
Ma maison étant désormais apaisée. | estando ya mi casa sosegada…
… Je me tins coi, dans l’oubli, | Quedéme y olvidéme
Le visage penché sur l’Aimé. | el rostro recliné sobre el amado ;
Tout cessa. Je m’abandonnai, | cesó todo, y dejéme
Abandonnant mon souci, | dejando mi cuidado
Parmi les lis, oublié. | entre las azucenas olvidado.

Encore n’ai-je fait qu’effleurer la présence juive au sein de l’Église espagnole où de très nombreux prêtres, évêques et cardinaux sont des Juifs convertis ou descendants de conversos, sans parler, sans doute de quelques compagnons d’Ignace de Loyola, fondateur de l’ordre des Jésuites, et jusqu’à l’Inquisition sous l’autorité de Torquemada, confesseur d’Isabelle la Catholique et Grand Inquisiteur, descendant de nouveaux-chrétiens : un comble !


L’inventeur du roman picaresque, Mateo Alemán, né à Séville (une cité éminemment juive, siège du vaste pogrome de 1391 qui vit partir quantité de Juifs espagnols vers le Maroc, et se convertir quantité d’autres) un siècle plus tard, en 1547 était sans nul doute descendant de Juifs : ses biographes nous apprennent que son grand-père avait été brûlé par l’Inquisition. Son père était médecin, comme l’était celui de Cervantès – sans qu’on puisse tirer d’autre conclusion que ce constat-là, et, peut-être, que la médecine fut au moyen âge espagnol une science et une pratique éminemment juive et arabe. On sait, par ailleurs, qu’il ne put jamais se rendre au Pérou, comme il le souhaitait, car l’émigration espagnole était interdite aux descendants de Juifs (ainsi qu’aux Catalans, jugés peut-être globalement comme "marranes" à cause du rayonnement hébraïque de villes comme Gérone, haut lieu de la Kabbale, et de Barcelone).

Son œuvre majeure, Guzmán de Alfarache, prototype du roman picaresque, met en scène un descendant de nouveau-chrétien, Guzmán étant, au cours du récit, traité de « juif » ; et le portrait du père du pícaro est tout à fait éloquent : il est usurier, menteur, homme de peu de parole et montré du doigt, tout en étant un catholique excessivement théâtral. D’entrée de jeu, Guzmán se dit fils de levantiscos, autrement dit Levantins, c’est-à-dire Juifs.

Descendant d’Israël, il est bien à l’image de Jacob trompant son frère Esaü en lui vendant un plat de lentilles contre son droit d’aînesse, car écrit l’auteur au premier chapitre de son roman, il est de ceux qui "ont la voix de Jacob et les mains d’Esaü" – l’allusion ne saurait être plus claire. Ce père, donc, est un catholique fort démonstratif dans ses dévotions : "Mon père avait un long chapelet entier de quinze gros grains…, des grains plus gros que des noisettes", le texte sous-entendant que le rosaire lui sert moins à prier, qu’à faire ses comptes d’usurier. "Chaque matin il écoutait la messe, les deux genoux sur le sol, les mains jointes et dressées au-dessus de la poitrine, son chapeau au-dessus d’elles. Les médisants commentèrent qu’il priait de cette manière pour ne pas entendre, et le chapeau en l’air pour ne pas voir".

Bref, cet homme-là est l’archétype de l’hypocrite, du Juif perfide stigmatisé par le rituel catholique, et que Mateo Alemán reprend à son compte, alors même qu’il en est l’héritier. Son gueux évolue dans la sphère de l’argent et du lucre, de la tromperie et de la débauche : il a hérité le gène du mal véhiculé par la « juiverie ». C’est un damné. Telle est la thèse de ce livre dont le regretté professeur Maurice Molho a tout dit, dans son éclairante préface aux Romans picaresques espagnols, dans la Pléiade. Le thème du marranisme est inséparable du roman picaresque, ainsi que le montre, en son aboutissement glorieux, Quevedo et son Buscón, La vie de l’Aventurier, avec un personnage de marginal et de persécuté dont l’oncle est bourreau, le père barbier voleur et la mère sorcière juive.

Bref, le marrane ou crypto-juif (pour reprendre l’expression utilisée par le regretté professeur I.S. Révah, spécialiste de l’histoire des Marranes) serait toujours un traître, et c’est cette infamie-là, ce soupçon-là qui vont coller à ce mot jusqu’à la fin du second millénaire.

Justement qu’en est-il aujourd’hui ? Nous savons bien le poids des traditions et des coutumes familiales, et j’ai connu, pour ma part, à Majorque d’anciens "nouveaux chrétiens", fidèles à l’archaïque confusion des rites. Ainsi mon regretté ami natif de Manacor, le poète Jaume Vidal Alcover, au patronyme douteux (Vidal étant souvent porté, encore aujourd’hui, par des familles juives, et traduisant, par ailleurs l’hébreu Haïm, ou l’arabe Ayoun, avec tous les patronymes dérivés : Benhaïm, Benayoun…) me rappelait naguère que dans sa famille on dégustait une galette de pain azyme durant les fêtes de Pâque (pâque juive et pâques chrétiennes superposées), mais en prenant bien soin de mettre dessus une tranche de lard !

Et là aussi, cette attitude n’a pas manqué d’être censurée ou montrée du doigt, surtout dans un territoire aussi fermée qu’une île. Comme de se gausser encore aujourd’hui à Majorque de ces Xuetes, nom donné aux descendants des Juifs convertis collectivement à la fin du XIVe siècle… ou à ceux présumés tels, qui arborent sur la poitrine une croix chrétienne, voire un crucifix, d’une taille assez éloquente pour leur barrer toute la poitrine, comme le faisait mon ami le bijoutier Bonín, de Pollensa, sachant bien que Bonín est l’un des quinze patronymes infamants sur l’île de Majorque (cf. « Les Xuetes de Majorque : aperçu sur une micro-minorité », Pluriel, n° 22, C.N.R.S, 1980, pp. 51-56), et qu’il lui fallait donc se méfier du regard des autres.

Et à juste titre. En 1975, lors du rétablissement de la démocratie en Espagne, j’étais à Majorque en décembre, alors que le nouveau maire de Palma venait d’être élu, un socialiste du nom d’Aguiló.

Mais voilà, Aguiló est l’un des quinze patronymes infamants recensés sur l’île, et donc sur un mur de la cathédrale de Palma des graffiti disaient ceci : en majorquin "Aguiló juetó" (Aguiló le Juif) et en espagnol : "Judíos fuera" (les Juifs dehors).

Cette histoire est donc terriblement présente, et cuisante encore, surtout dans cette île de Majorque, qui se distingua pendant la guerre civile par son militantisme franquiste et son idéologie de l’Espagne "una, grande, libre", autrement dit catholique à tout crin, impériale et dominatrice, sectaire et exclusive. J’en fis, d’ailleurs, moi-même les frais, ayant sympathisé dans mon jeune temps avec une accorte dame de l’île à qui j’eus seulement le malheur d’avouer mon appartenance au judaïsme : jamais je n’oublierai le grand bond en arrière de la belle créature, qui se signa devant moi comme si j’avais été le diable en personne.

On comprend qu’après 1975 plusieurs famille de Xuetes aient fait leur alya en Israël, et soient redevenues pleinement juives. Tout comme ces conversos portugais de Belmonte dont le cinéaste Frédéric Brenner a illustré la techouva dans son magnifique film Les derniers marranes (1990).


Quant aux traces du judaïsme ou du marranisme dans la société d’Espagne et d’Amérique latine, les témoignages sont nombreux. Ainsi le professeur Abraham Bengio, originaire de Tétouan et vivant à Madrid après l’Indépendance du Maroc, confie qu’à la bar-mitsva de son fils, en capitale espagnole, ayant invité ses amis catholiques chez lui, ceux-ci s’avisèrent de la présence de la mezouzah à l’entrée de la porte et l’un d’eux fit remarquer qu’il y avait pareillement ce trou – mais vide – dans le mur près de sa porte, et qu’ils avaient l’habitude, chez eux, lorsqu’il y avait danger ou quelque maladie de s’en prémunir en effleurant cette trace dans le mur qui marquait l’absence de l’ancienne mezouzah.

Un autre, voyant l’enfant avec ses tephillines dit qu’on gardait chez lui, dans un coffret au fond d’une armoire de pareilles lanières de cuir et qu’il était d’usage, en cas de maladie, d’apposer ces phylactères sur l’endroit douloureux afin de le soulager.

Enfin, l’auteur colombien Héctor Abad – dont le patronyme pourrait bien être, sous cette forme ou celle d’Abadi – un nom marrane, me confia que son père lui avait dit que chez eux, lorsqu’il était petit, on avait coutume d’allumer une veilleuse le vendredi soir, et cela, il le rattacha plus tard à une fidélité au judaïsme de ses ancêtres.

Les ancêtres juifs sont d’ailleurs au centre de son dernier roman La Secrète, où l’un des personnages mandate un prêtre espagnol pour aller fouiller à Madrid son arbre généalogique, et l’auteur fait aboutir celui-ci à un certain Abenxuxan – où l’on reconnaîtra et mon nom et mon propre probable ancêtre, Yossef Abenxuxan, almoxarife (collecteur d’impôts) de Tolède qui, au XIIe siècle, fit bâtir la synagogue que l’on appelle aujourd’hui Santa María la Blanca. Blanca, donc blanche comme la azucena mot espagnol calqué sur l’hébreu shoshana, et qui signifie, évidemment, le lys blanc.

Mais revenons à nos marranes…

L’origine du mot marrano a été diversement débattue, certains y croyant voir une racine basque ou un radical préroman marr-, marrd- commun au pays basque et à la France méridionale.

L’étymologie la plus probable et la plus convaincante renvoie plutôt au mot arabe máhram (selon le philologue espagnol Joan Corominas) ou moharramah (graphie proposée par le Robert), qui signifie "chose interdite" ou plus précisément "chose interdite par la religion". Dans la société judéo-maghrébine, encore de nos jours, le mot h’ram, abréviation de máhram, est prononcé avec le sens exclusif de "péché", de "viande interdite", désignant clairement la viande de porc prohibée par la Torah. L’évolution sémantique, dès lors, ne fait plus de doute : le mot espagnol et portugais marranos signale les nouveaux-chrétiens d’origine juive, ou même arabe, par l’expression qui leur faisait désigner la viande interdite — le porc —, dont peut-être ils devaient se détourner parce qu’ils n’avaient pas l’habitude d’en manger, ou parce que la force du tabou religieux était plus forte que l’adhésion à la nouvelle foi ; et on leur a renvoyé l’image du cochon, en les traitant du mot même qui leur faisait rejeter l’immonde ; bref par un de ces retournements de vocabulaire dont l’histoire des langues est coutumière, on les a désignés par ce qui signifiait le refus de l’animal interdit : du coup, les cochons c’étaient eux.

Il n’y avait plus qu’à charger le mot de sens métaphorique, et l’on a abouti tout naturellement à "traître, perfide". Ce sens est d’ailleurs attesté en France dès le XVIe siècle chez Rabelais et l’on peut lire dans Pantagruel : « À trente diables soit le cocu, cornu, marrane » (III, 25).

Le marranisme est perçu dans la France du XVIIe siècle comme une hérésie ("qui participe de la loi de Mahomet et de celle des Juifs", selon une citation donnée par Littré) propre à l’Espagne. Au XXe siècle, le mot a refait surface à la faveur de l’émergence des identités et des minorités : ainsi a-t-on découvert les derniers marranes du Portugal grâce au documentaire de Frédéric Brenner ou, comme on vient de le voir, ceux de Majorque, ces "chrétiens perfides" appelés Chuetas, mot plus justement orthographié Xuetes (en catalan ou majorquin : de jueu, juif, on a fait jueueta, qui signifie « petit juif », au pluriel jueuetes, orthographié xuetes).

Mais le marranisme connaît aussi un sort plus glorieux à la faveur d’une pensée contemporaine sensibilisée à la marginalité et encline à y puiser une vertu — être hors norme, en marge, à part, pouvant représenter en soi une sorte de privilège.

C’est ainsi que le sociologue Edgar Morin, dont les ancêtres étaient ces Juifs espagnols émigrés en Turquie à la fin du XV° siècle (et son vrai nom est Nahum), se revendique comme un "Moi-Marrane" (dans Le vif du sujet, 1969), alors même qu’aucun des siens n’a pu relever, pour cause d’exil précoce et de non-conversion au catholicisme, de l’appellation originelle ; pour lui être "Néo-Marrane" c’est être sans culture : "Je suis marginal", proclame-t-il hautement en faisant de sa "différence" un mode de "syncrétisme culturel" qui l’ "ouvre à tout". Dès lors le mot change de signe et file vertigineusement vers le positif et le glorieux.

On retiendra la faveur de ce mot et sa vogue dans la pensée et l’écriture contemporaines , car s’il est vrai que ce sociologue en a proposé une analyse, le néo-marranisme compris comme une façon d’être entre deux dépasse de beaucoup sa seule personne (d’ailleurs fort petite, au regard de son engagement envers le judaïsme qui s’apparente à un déni).

De façon plus positive, toute l’œuvre romanesque d’un Albert Cohen, qui connaît aujourd’hui un grand retentissement, s’inscrit dans ce sillage néo-marrane. Solal, le protagoniste solaire et porte-parole probable de l’auteur, fils de Gamaliel Solal et descendant des Rois Catholiques… par un "ami" juif de la reine Isabelle (tous les fantasmes sont permis au romancier), époux d’une chrétienne, et plus encore, amoureux des seules chrétiennes et de la seule culture du Saint Empire, est typiquement néo-marrane.

L’ ascension sociale de ce don Juan ne s’opère que par les femmes de l’autre bord, ce qui est normal (voir Julien Sorel et Fabrice del Dongo, les héros stendhaliens), mais aussi au prix d’un renoncement douloureux : il faut que Solal soit maudit et répudié par son rabbin de père pour qu’il puisse se lancer à la conquête de l’Occident chrétien ; de ce fait, tous les romans d’Albert Cohen opposent le monde juif archaïque, fabuleux et puissamment religieux des Valeureux (les Juifs de ghetto, par antonomase), et le monde idéalisé, magnifique, quoique voué à la tragédie, de Solal le renégat, le traître.

Il est possible de voir dans les fictions du XXe siècle écrites par des descendants de Juifs, de Marcel Proust à Patrick Modiano et d’Elias Canetti à Georges Perec, l’expression idéologique de ce néo-marranisme qui serait, en somme, une façon cryptique d’être juif sans l’être, de revendiquer une certaine judéité en demeurant dans la marge, ou de tracer un sillage sans être tenu de nager dans ses eaux.


Mais tournons la page des Juifs honteux ou déguisés tels qu’ils se sont manifestés après la 2nde Guerre mondiale. Aujourd’hui l’être juif n’a plus honte, ne change plus son nom : même chez les artistes qui l’ont si souvent pratiqué : face à Jean Daniel et Françoise Giroud, juifs déguisés, nous avons les Elkabbach et les Ruth El Krief ; quant aux humoristes et acteurs, après Richard Berry alias Benguigui et Patrick Bruel également Benguigui, après Enrico Macias de son vrai nom Gaston Ghrenassia, ou mon cousin Philippe Clair, alias Prosper Bensoussan qui était le fils du cousin germain de mon père et rabbin de Martimprey au Maroc, nous trouvons, fièrement énoncés, les Gad Elmaleh, les Bougenah, les Semoun, sans parler de Roger Hanin et Gérard Darmon, on se revendique juif et même sioniste, à tout le moins ami et soutien d’Israël.

Le judaïsme peut désormais s’afficher sans complexe. Et puis, de plus en plus de descendants de marranes font retour au judaïsme et récupèrent le passé juif de leurs ancêtres. C’est pourquoi nous nous tournons maintenant vers ce phénomène qui affecte tant de marranes.

Le grand centre d’études sur la question se trouve en Israël, à Netanya, l’Institut d’Études séfarades et de Anousim (marranes), installé au Collège Académique de Netanya – son Université qui, en quelques années, a acquis une grande importance. L’ISAS – c’est le sigle de Institute for Sefardi and Anousim Studies – se penche non seulement sur tous les problèmes du monde séfarade mais aussi sur ceux des Anousim, ainsi qu’on appelle en ivrit marranes, les descendants de ces Juifs qui, au moyen âge, furent convertis de force ou se convertirent au catholicisme, qu’on appelle aussi les crypto-juifs, dont beaucoup, aujourd’hui, dans notre époque soucieuse d’identité et de racines, font retour au judaïsme, sans qu’on puisse quantifier leur nombre.

Cet institut s’intéresse pareillement aux Mashdadis d’Iran. Les Mashdadis sont des Juifs de la ville iranienne de Mashdad qui furent contraints de se convertir à l‘Islam chiite, après divers pogroms, au début du XIXe siècle, et qui, aujourd’hui, pour certains (leur nombre est évalué à vingt mille) tentent de revenir au judaïsme, avec une alya qui a commencé en 1890.

L’institut organise séminaires et conférences autour de ces problèmes, et dispose aussi d’un centre d’études de généalogie qui permet à ceux qui croient appartenir au monde marrane d’effectuer des recherches sur leurs ancêtres.

La généalogie est une activité, ou une science, fort à la mode, et l’on trouve partout dans le monde juif d’aujourd’hui, à Paris comme à Marseille, des groupes généalogiques (avec à sa tête, ici, Danielle Fareau). Le responsable de l’Unité de Recherche Généalogique de l’ISAS est le docteur Yael Cohen, un chercheur qui a travaillé aux archives de Simancas, les plus importantes d’Espagne et qui remontent au XVIe siècle, ainsi que celles de Ségovie (où existent encore aujourd’hui une des plus vieilles synagogues d’Espagne, qui remonte au XIIIe siècle et une importante judería) ; plus les archives des îles Canaries, de Porto Rico et de Salt Lake City, aux États-Unis où la communauté des Mormons a recensé les noms de tous, ou presque tous les habitants de la terre, et qui est, de ce fait, le plus grand centre généalogique au monde.

Ces recherches généalogiques sont nécessaires aux Anousim qui veulent faire retour au judaïsme et obtenir donc un certificat de judaïcité. Ce certificat doit être obligatoirement fourni pour toute personne, même juive, désirant faire son alya (mon épouse et moi avons notre certificat de judaïcité, délivré par le Consistoire de Paris, à toutes fins utiles).

Pour les marranes, ce certificat est extrêmement difficile à obtenir et il faut accumuler les preuves que leurs ancêtres étaient effectivement juifs, ou crypto-juifs, c’est-à-dire convertis de force. L’actuel directeur de l’Institut de Netanya est Salomon Buzaglo : salomonb@netanya.ac.il.

Ce dernier m’a répondu ceci quant à la présence marrane au sein du judaïsme et en Israël, et à sa quantification :

"Les chiffres à ce sujet ne sont pas clairs pour plusieurs raisons : Ceux qui viennent en Israël pour se convertir préfèrent ne pas en parler publiquement. Le rabbinat lorsqu’il traite une conversion de marrane, cette conversion est considérée comme une conversion d’un non- juif au judaïsme. Aucune différenciation n’est faite entre un non-juif et un marrane.

Nous sommes en contact avec un nombre important de marranes qui en partie vivent en Israël mais qui, pour la plupart, refusent d’être à la une de l’actualité. Nous avons quelques recherches contemporaines traitant des communautés marranes qui sont en cours. Dernièrement nous nous focalisons sur les marranes au Brésil qui se trouve être un des "réservoirs" les plus importants de marranes. Nous avons d’ailleurs organisé un rassemblement de leaders de descendants de marranes en provenance du Brésil en Israël pendant deux semaines."


Le retour au judaïsme et l’attachement sioniste ne cessent de se développer. Entre les descendants de marranes ou de mashdadis, et tous ceux qui sont issus de mariages mixtes (catholiques ou protestants-juifs et aussi, dans une moindre mesure, musulmans-juifs), on peut dire aujourd’hui que le processus de conversion au judaïsme est en plein essor.

Les dossiers de conversion au Consistoire Central de Paris sont potentiellement de plusieurs milliers.

Informations :

Consistoire, 17 rue Saint-Georges, 75009 Paris
Tél. : 01 40 82 26 40
email : conversions@consistoire.org. 
Rabbin Yves Marciano (Ile de France)
Mail : yves.marciano@consistoire.org.
Rabbin Philippe Assous (Province)
Mail : philippe.assous@consistoire.org. 

Le consistoire de Marseille procède pareillement sous l’autorité du grand-rabbin Réouven Ohana et sous la même enseigne qui en appelle à la première des converties au judaïsme dans l’Histoire, Ruth la Moabite : "Ton peuple sera mon peuple, ton D. sera mon Dieu" (Ruth I, 16) et les mêmes – difficiles – formalités.

Grand rabbinat de Marseille – Service Conversions – 117-119 rue Breteuil, 13006 Marseille. Comme le dit le personnage du converti, l’acteur Hyppolite Girardot, dans le film Le tango des Rashevski (de Sam Garbarski, 2002): "Il faut souffrir pour être juif" – il est vrai qu’il dit cela au 3ème jour de sa circoncision, qui est celui où la douleur est la plus forte (paraît-il), mais prenons sa phrase et dans la relativité et dans l’absolu. Il n’est pas facile d’être Juif, qu’on soit dedans par sa mère, ou qu’on y accède par conversion – ou, dans le cas des crypto-juifs, par reconversion. C’est un thème des plus courants dans la littérature comme à l’écran. תשובה, faire techouva. Mais, terminons par une interrogation : était-ce ou est-ce facile, hier comme aujourd’hui d’être marrane ?

Albert Bensoussan