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Ce livre broché de 168 pages est paru le 27 septembre 2018 chez Le Lys Bleu 

Présentation de l'ouvrage par Nabil Ziani
Dans l’Algérie des années quatre-vingt-dix, deux jeunes gens se rencontrent à la fin de leurs études, alors que le pays bascule petit à petit dans la violence terroriste. Saïd, un kabyle, secrètement juif, rencontre Houria, musulmane, descendante d’une famille d’érudits. Ensemble, ils vont rentrer dans la Décennie Noire, témoins du basculement d’une société d’ordinaire paisible, vers un monde jusque là inconnu, celui de l’islamisme.

L’arrivée de la violence va contre-carrer les projets des jeunes amants.

 Leurs chemins se séparent pour les emmener dans la découverte des bas-fonds de la mouvance islamiste, non seulement comme spectateurs, mais aussi parfois comme témoins et acteurs.
Entre assassinats ciblés, voitures piégées, attentats dans les lieux publics et massacres de masse, Saïd et Houria vont vivre une époque que la littérature n’a pas encore suffisamment évoquée.

A chaque instant, ils sont menacés de part et d’autre, par les islamistes et le pouvoir, coincés qu’ils étaient entre la peste et le choléra. Ni les religieux (imams et prêtres catholiques), ni les laïcs, ni les intellectuels, ni les étrangers, ni les femmes au foyer, ni les enfants n’ont été épargnés durant cette période.
Parallèlement à l’histoire d’amour que vivent les héros de cette histoire, se posent des questionss religieuses, philosophies et existentielles. La violence est sans cesse évoquée dans les échanges entre les tourtereaux, mais aussi l’amour, la question de la virginité de la femme, des moeurs politiques, sociales et sexuelles, la religion, l’avenir, etc…

Extrait du roman

Alors, Saïd commença pour la première fois à raconter son histoire. Celle de sa famille. "Tu vois, moi je sais tout de toi et de ta famille. Par contre, à part quelques détails insignifiants, je ne t’ai jamais parlé de la mienne."
"C’est vrai. Je n’ai jamais osé t’interroger sur le sujet. Je croyais que tu avais eu aussi un passé douloureux, et je craignais de réveiller en toi quelque blessure. Je savais que tu me la raconterais un jour. Et je crois que ce jour est venu. N’est-ce pas ? Je sais seulement que tu as deux soeurs et qu’elles vivent à l’étranger. Le reste, je te laisse me le raconter."

"Mes origines dans ce pays remontent au huitième siècle avant Jésus-Christ.

Mes ancêtres habitaient non loin de Jérusalem. L’un deux, du nom d’Aaron, commerçant, avait rencontré des confrères phéniciens venus commercer du côté du Levant. Avec beaucoup d’autres, ils avaient suivis pour découvrir ce pays qui commençait à avoir une certaine réputation. On disait qu’il avait été découvert par le fils du célèbre Goliath qui avait fui la terre d’Israël après que le roi David ait décapité son père. Il s’appelait Ifricos dit-on, et c’est lui qui appela cette région Africa. Mais je sais que ce n’est qu’une légende.

En vérité, en langue berbère, le mot Afrik veut tout simplement dire le sol ou la terre.

La position stratégique de ce pays avait dû plaire à mes ancêtres puisqu’ils s’y étaient installés, profitant des comptoirs phéniciens et carthaginois, commerçant avec les autochtones et avec les grecs et les romains.

Suivant les saisons et les circonstances, ils sillonnèrent toute l’Afrique du Nord, et avaient même passé un certain temps en Andalousie.

A chaque fois que des événements importants se déroulèrent au Moyen Orient, les côtes africaines recevaient de nouveaux immigrants peuplant d’avantage ces vastes territoires.

A un certain moment, il y a eu une grande révolte à Cyrène, au sud de l’actuelle Benghazi en Lybie. Des centaines de milliers d’immigrants quittèrent cette région pour s’installer à Carthage et en Numidie. Ça a été le cas également, au premier siècle de notre ère après la destruction de Jérusalem par Rome.

Les populations venaient enrichir la vie nord-africaine, pendant que des mariages et des alliances se tissaient entre différentes ethnies. Certains partirent avec Okba, lors de la prise de l’Andalousie par les armées musulmanes et s’y installèrent.

Ils durent rentrer après les grandes persécutions de la fin du quinzième siècle ou les espagnoles chassèrent les juifs et les musulmans de la Péninsule ibérique. Ils avaient bien pensé rentrer à Jérusalem, mais ils s’étaient dit qu’il valait mieux aller en Egypte dans un premier temps.

Hourria intervint, et à voix basse elle demanda toute excitée : tes ancêtres étaient juifs ?

 

Biographie de l’auteur

Journaliste et écrivain, l'auteur contribue régulièrement à faire connaître les richesses culturelles et historiques de l'Afrique du Nord à ses lecteurs, et leur relation avec l'occident. Il nous livre dans cet ouvrage une partie assez inconnue de l'histoire de cette partie de la Méditerranée.