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Bienvenue sur le site de l’association MORIAL

Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

 e-mail : morechet@morial.fr -  lescollecteursdememoire@morial.fr

L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
Square Bresson
Lycée E.-F. GAUTIER D'ALGER
Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
MEDEA - Le Café de la Bourse
Guyotville - La Plage

 

"J'ACCUSE" et les graves répercussions en 1898 en Algérie sur la communauté juive.  

« Il parait qu’un écrivain connu a publié dans l’Aurore une lettre accusant le pouvoir de partialité, de mensonge, il dit qu’au nom de la raison d’état le gouvernement se vend, se parjure et condamne des innocents. Les Algérois sont fous furieux.

Pour la majorité d’entre eux, vous n’êtes que des traitres, même si le contraire vient d’être prouvé. Beaucoup d’excités rodent dans les quartiers arabes pour enrôler de pauvres bougres dans leur lutte contre vous…. »

Les extrémistes, menés par Max Régis, parlaient de sécession et d’expulsion des juifs. Devait-on prêter crédit à de telles rumeurs ? Tout le monde était tendu…

Le samedi suivant, 22 janvier 1898, David parla avec les siens de la situation insurrectionnelle du pays. En quittant le temple, David se rendit au magasin. Il était seul, droit sur le seuil, les mains sur les hanches, fier, le front haut.

Il entendit alors un grondement sourd, comme une vague déferlant irrésistiblement. Le bruit s’amplifia, plantant des banderilles d’angoisse dans son ventre. Puis les phrases scandées devinrent audibles : "À bas les juifs ! Abrogeons le décret ! Dreyfus traître !"


Une meute armée envahit les rues et fit la chasse aux juifs. David vit accourir quelques coreligionnaires affolés. Il les poussa dans sa boutique et referma vivement les portes. Les bruits de pas se firent plus pressants, les assaillants arrivaient, frappant de leurs bâtons les vitrines des commerces imprudemment exposées, brisant avec fracas tout ce qui pouvait l’être.

Ce n’étaient que cris de haine. Calfeutré dans son local, David était calme. Autour de lui, les quelques malheureux qu’il avait sauvés priaient, paniqués. Personne ne parlait. Une éternité sembla s’écouler... Puis les vociférations diminuèrent d’intensité pour n’être plus qu’un bruissement lointain. La troupe était passée et, ô miracle, sans causer le moindre dégât dans le magasin. Les hommes se détendirent, certains se mirent même à rire nerveusement. « C’est fini », dit David, soulagé, tout en rouvrant la boutique. Il proposa à ses compagnons d’infortune, encore sous le choc, d’attendre que tout danger soit complètement écarté avant de repartir.

L’attention de David fut alors attirée par des pleurs et des cris qui provenaient de la rue d’en haut. Là, il aperçut cinq garçons d’une quinzaine d’années qui s’acharnaient sur une jeune fille, déchirant ses vêtements, et qui martyrisaient également un vieil homme à terre. Ils s’en prenaient aussi à deux jeunes gens, des jumeaux venus à la rescousse.

Fou de rage, serrant les dents, David se jeta dans la bagarre avec une force qu’il ne se connaissait pas. Il maîtrisa deux des garnements, et fit si peur aux autres qui détalèrent. Aucun regret, aucune excuse dans le regard des deux voyous, seulement la déception que leur causait la fin du jeu, et un dégoût infini pour le contact de la main d’un juif sur leur cou. De toute sa force, de toute sa haine pour la bêtise qui rend les gens mauvais, David leur asséna une paire de gifles retentissantes et les lâcha.

Les deux vauriens s’enfuirent sans demander leur reste.
La jeune fille, secouée de sanglots, était penchée sur le vieil homme et lui essuyait le front. David aida celui-ci à se relever ; la peur lui avait fait plus de mal que les coups. Éperdu de reconnaissance, le vieillard fixa sans un mot son sauveur qui lui désigna son magasin en le priant d’entrer :

 

– Je vous rejoins, je crois qu’il y a d’autres blessés plus loin.
Effectivement, à quelques mètres de là, une personne gisait, morte. Elle avait dû être frappée au visage, bousculée et piétinée. Il lui ferma les yeux au moment où les militaires pénétraient dans le quartier pour rétablir l’ordre. Mais il était trop tard, la « juivade » avait eu lieu, le spectacle était terminé. Sans doute, ailleurs, y avait-il d’autres victimes, et tout cela parce que l’honneur de la France, semblait-il, avait été bafoué par Dreyfus, ce maudit capitaine juif ! La haine assassine se contentait d’un maigre prétexte pour se déchaîner, et l’expérience des siècles n’avait rien amélioré.

 

 

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