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                              Le paquebot " Ville d'Alger" quittant la baie d’Alger en 1962

En 1962, lors de l’indépendance de l’Algérie, peu de Juifs font leur alyah. Ils choisissent majoritairement, comme les autres Français, de s’installer en métropole ce qui constitue une spécificité de cette population, les autres diasporas juives des pays arabes choisissant majoritairement l’émigration en Israël.

En une décennie, une vie ancrée dans les villes et les bourgs algériens depuis près de deux mille ans s’efface ainsi brutalement.

Comme les autres rapatriés, les juifs sont dispersés dans l’espace français et font l’expérience de l’habitat précaire, de la quête angoissante d’un emploi, de la peur du lendemain et perte des repères familiers. En cinquante ans, ils connaitront une importante ascension sociale,

 

Synagogue des Tournelles © Arman Molavi

Les institutions communautaires se mobilisent pour accueillir les coreligionnaires venus du sud de la Méditerranée, notamment à Marseille, Lyon, Strasbourg, Toulouse.

À Paris, le Consistoire attribue aux nouveaux venus la synagogue de la rue des Tournelles (intérieur bâti par Gustave Eiffel). Le nombre de commerces cachères augmente et les lieux de culte sont très fréquentés.

 

Les juifs d’Algérie, arrivés en France, contribuent à revitaliser le judaïsme français, qui avait été décimé par les mesures prises par Pétain et les conséquences de la Shoah.

Ils influencent la vie cultuelle et l’élection de René-Samuel Sirat au poste de Grand Rabbin de France entre 1981 et 1987 en est l’exemple même. 

Si certains prennent un nouveau départ en Israël, d’autres opèrent un retour aux sources algériennes. La musique notamment arabo-andalouse et judéo-arabe, a particulièrement marqué le quotidien des habitants de l’Algérie comme la mémoire des exilés.

 

René-Samuel Sirat © Akadem

L’œuvre de mémoire s’appuie en grande partie sur les liens conservés avec les traditions ancestrales : fêtes du calendrier hébraïque, coutumes, festivités (cérémonie du henné pour le mariage), recettes de cuisine familiales, danses, chansons… Des témoignages individuels (livres, conférences colloques…), la création de sites internet, prouvent la persistance des liens avec la culture de l’Algérie d’avant.

L’association MORIAL/MORIEL : "Mémoire et traditions des Juifs d’Algérie" a pour objectif de sauvegarder et transmettre leur mémoire culturelle et traditionnelle. 

Ainsi ceux-ci ont trouvé en France (ou en Israël) une place singulière combinant l’attachement à une culture ancienne, de plus en plus affirmée à mesure que s’éloignait le temps de l’exode, et leur responsabilité citoyenne.