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Bienvenue sur le site de l’association MORIAL

Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

e-mail : morechet@morial.fr

L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
Square Bresson
Lycée E.-F. GAUTIER D'ALGER
Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
MEDEA - Le Café de la Bourse
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Témoignages

 

1942, l'Opération Torch, une fiction de Brigitte Stora.1942

Dans "Autant en emporte l’Histoire" ce soir, une histoire de résistance, magnifique de courage, d’audace et d’intelligence politique : "1942, l’Opération Torch".

 

Dans la nuit, 400 jeunes hommes armés de vieux fusils ont réussi à s’emparer des points stratégiques de la ville, à tenir en respect plus de 12 000 soldats de Vichy et ainsi, à ouvrir la voie aux libérateurs. Ils s’appelaient José Aboulker, Jacques Zermati, Jean Daniel, Bernard Karsenty… Ils étaient républicains et gaullistes, juifs pour la plupart, ils avaient 20 ans, tous bien décidés à en finir avec Pétain et Hitler.

L'invité de Stéphanie Duncan est Philippe Danan, ingénieur et historien.

La fiction

1942, l'Opération Torch, une fiction de Brigitte Stora.

Avec les voix de :

  • Julien Bouanich : José Aboulker
  • Justin Blanckaert : Jacques Zermati
  • Antonin Meyer-Esquerré : Bernard Karsenty
  • Marc Leonian : André Achiary
  • Slimane Yefsah : Pierre Atlan
  • Guillaume Pottier : Mickey Charles Bouchara
  • Jean-Luc Vincent : Henri d'Astier de la Vigerie
  • Stephen Shagov : le général Clark
  • Nicky Marbot : le colonel Jousse
  • Gaël Zaks : le colonel Murphy
  • Laurent Claret : Emmanuel Temple

Et l'équipe de réalisation :

  • Prise de son, montage et mixage : Delphine Baudet, Emmanuel Armaing et Maïwenn Le Jehan
  • Bruitages : Bertrand Amiel
  • Assistante à la réalisation : Julie Briand
  • Réalisation : Cédric Aussir

Armand JAIS (1920 – 1944)

Armand Jaïs, né à Alger en 1920, est "Mort pour la France" à l’âge de 24 ans, le 22 octobre 1944 à Baume-les-Dames, commune française située dans le département du Doubs.

 

Il est Inhumé au Monument aux Morts le 14 janvier 1949.

 

 

Temps de chien sur Alger

Albert Bensoussan

Moi, c’est le loulou de Poméranie qui me faisait peur. Lorsqu’on entrait dans notre immeuble, sitôt montées les trois marches qui nous séparaient du palier, les aboiements furieux me faisaient reculer. Il fallait pourtant que j’aille au bout du couloir d’entrée, jusqu’à l’ascenseur ou les escaliers, et gagner sur les hauteurs notre appartement. Sauf que la porte de l’endroit où habitait ce chien était juste en face de l’ascenseur. Alors là c’était le déchaînement. Jappements et hurlements du loulou qui se jetait contre le bois. Ma terreur était que Madame Picard ouvre sa porte pour nous saluer et que le chien se jette à mordre.

Les chiens chez nous n’étaient pas commodes. Sous notre étage, les Spinosi avaient un couple de fox-terriers élevés à la ferme et dressés à attaquer les Arabes – disaient leurs maîtres, qui en avaient peur –, mais un jour que l’un d’eux s’était échappé, il avait mordu la mère Corot aux fesses alors que, dressée sur ses talons, elle ouvrait sa boîte aux lettres. Certes, elle avait crié en moulinant des bras et la maîtresse du cabot était accourue : « Vous allez me payer une nouvelle culotte », voilà ce qu’avait dit la voisine vilainement offensée.

Madame Picard n’avait pas eu d’enfants avec son mari, qui était spécialiste de la langue berbère à la Faculté. Que de fois avions-nous vu passer dans le couloir d’entrée d’imposants cheikhs et chefs de tribu tout enturbannés, qui venaient éclairer le savant sur leur parler des Aurès et de Grande Kabylie ! Lui, le professeur, à grands éclats rauques, enregistrait les mots et les phrases dont il allait faire un dictionnaire de la langue mirifique des plus anciens indigènes de ce pays, les Imazighen, ces « hommes libres » qui furent sujets de la Kahéna et lointainement juifs. Papa, qui avait appris le chleuh en son jeune temps, échangeait parfois avec lui quelques phrases étranges. En 1948, André Picard, qui n’était au départ qu’un modeste instituteur de bled, publia sesÉléments de grammaire berbère, Kabylie-Irdjen. Il avait attendu pour cela que la guerre fût terminée. Mais moi je prends ce fil de mémoire au tout début des années quarante, quand nous étions en inquiétude, et même en grande angoisse, sous la botte vichyssoise au cuir hitlérien.

J’ai toujours eu, tout gosse, une oreille qui traînait, et c’est elle qui alimente ma mémoire. Je sais encore que je voyais tout, j’entendais tout. Que s’était-il passé ? Bien sûr, papa, après la promulgation, le 7 octobre 1940, des lois de Vichy sur le statut des Juifs en Algérie et l’abrogation du décret Crémieux, avait été convoqué au commissariat pour décliner sa qualité de Juif indigène, précédemment français de nationalité. Cependant, les états de service de celui qui fut militaire de carrière et avait collectionné les médailles sur divers champs de bataille, de surcroît mutilé de guerre (celle de Quatorze) et chevalier de la Légion d’honneur, l’avaient et nous avaient remis en selle franque. Après deux semaines d’opprobre nous étions à nouveau français.

Nous ne fumes pas chassés des écoles. Bien que montrés du doigt par tous ceux que notre présence indisposait. « Youpin » résonnait sur tous les murs de la ville et au préau de l’école. À la communale, que de fois Bony, l’écume aux lèvres, l’insulte en bouche, tentait de m’abattre, mais Vautrin, plus fort que lui, le rossait toujours en détournant ses poings. Vautrin était mon protecteur, comment oublier son nom ? Plus tard, Gilbert Mesguich, qui me gagnait de deux ans et était, pour cela, le cancre de la classe (lui aussi demeuré sur les bancs, car son père était pupille de la nation), m’apprit quelques calbotes (on disait comme cela) pour me défendre et déjouer les frappes antisémites. Bien avant Zidane, nous savions ce qu’était le coup de tête en pleine poire.

L’immeuble où nous habitions était un Foyer des Mutilés, habité exclusivement par les anciens combattants, leurs veuves ou leurs enfants orphelins de guerre. Collectivement les voisins étaient pétainistes, certains mêmes Croix-de-feu, le béret de côté en faisait foi. Sauf deux ou trois : la veuve Guérin, qui avait une bonne TSF, venait, certains soirs, chercher mon père et en grand secret voilà qu’ils écoutaient « Pon-pon-pon-ponnnn… Ici Londres… La France parle aux Français ». Et puis il y avait Madame Picard et son grand mari, avec, hélas, le loulou de Poméranie : un résistant ! La voisine du rez-de-chaussée avait dit un jour à ma mère, et mon oreille traînait par là, de préparer deux valises, une pour Estelle, ma sœur aînée (la seule de la famille à avoir fait, par la suite, son alya), et moi le petit dernier. Car elle savait comme nous le savions que les listes avaient déjà été établies par la préfecture d’Alger, recensant tous les Juifs du pays, qu’ils fussent français ou indigènes, prêts pour les convois.

Oui, la déportation ne nous épargnerait pas – comme elle n’épargna pas les Juifs d’Algérie qui se trouvaient alors en Métropole et qui, au nombre de 1500 recensés par Serge Klarsfeld, finirent dans les camps et figurent au Mur (parmi eux un certain Albert Bensoussan, né à Aïn-Témouchent !). Et cette sainte femme avait prévu de, tout bonnement, nous adopter. Puisqu’elle n’avait pas d’enfants et qu’elle nous aimait tant. Sauf que moi, je ne me risquais jamais chez elle, où je n’ai jamais pénétré, au grand jamais, empêché, entravé, paralysé par son cerbère aboyeur qui me faisait grand peur.

Par chance, le 8 novembre 1942, les Anglo-Américains – les Alliés – débarquent à Sidi-Ferruch, et nous sommes libérés. Grâce à la Résistance de 280 jeunes Juifs emmenés par José Aboulker, qui, en participant à l’opération "Torch" (oui, une lampe torche à la main, ils balisaient le chemin des dunes), permirent aux soldats acheminés par bateau et péniches de débarquement de poser les pieds sur le bon sable.

Je n’ai pas vu maman rapatrier nos valises qui avaient été déposées à la garde du loulou. Moi, encore enfant, je fus vraiment soulagé – oui, un vrai grand ouf de soulagement — en voyant tous ces Américains et ces Anglais dans nos rues, distribuant chewing-gums et tablettes de chocolat.

Et désormais, même si le chien jappait et hurlait derrière la porte du rez-de-chaussée, moi, je m’en battais l’œil, tout en pensant, après coup et au vu des images des déportés de la Shoah, encadrés, à la descente des trains pour la nuit et le brouillard, par les terribles bergers allemands, chiens hurleurs et carnassiers s’il en fut, que tout aurait pu être pire pour moi, pour nous, et que le petit loulou de la mère Picard était, finalement, un bien gentil toutou.

 

Albert Bensoussan

Témoignage d’Auriel Guy Dahan : le camp de Bedeau

A consulter la copie du livret militaire de mon père, Léon Dahan, on imagine à peine ce que peut- être la jeunesse d'un homme marié, tailleur de son métier, et la vie de son foyer puisqu'il était alors le papa d'un jeune bébé de 20 mois.

De la classe 39, appelé sous les drapeaux le 27 novembre 1939 il fut définitivement démobilisé par une commission de réforme le 20 février 1945.

Copie partielle du livret militaire de Léon Dahan

 

Les démobilisations et remobilisations se succédèrent durant cette période de la guerre, ce qui en traduisait bien les tourments politiques et les revers militaires.

Combien de fois plus tard, lors des dîners shabbatiques qui se poursuivaient bien tard, ne nous a-t-il pas raconté  "ses histoires de l'armée", comme disait notre maman. 

Cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

Mais parmi tous les souvenirs qu'il évoquait, il rapportait le plus souvent ses longues nuits de garde dans le port d'Alger à l'Amirauté, les bombardements, ses escapades, la faim et la soif, ses fausses permissions pour rejoindre son foyer, des anecdotes plus ou moins drôles, mais aussi, il s'attardait  plus rarement sur son séjour dans le camp de Bedeau.

Je n'ai pas retenu les dates précises de ces mois de calvaire, mais en consultant un bref résumé de ses états de service, tels qu'ils sont transcrits sur un duplicata de son livret militaire, il a du y séjourner entre le mois de février 1942 et le mois de juillet 1943. Il ne figure curieusement aucune indication sur son séjour dans le camp de Bedeau si ce n'est la mention "affecté au 1er Zouaves, arrivé au corps le 26.11.42, affecté au 19ème COA (?...) a/c du 1.7.43 " . Mon frère ainé me dit que notre père aurait été interné dans ce camp durant 8 à 9 mois, ce qui semblerait correspondre à cette période, d'autant qu'on le voit portant son bonnet de zouave sur les photos.

Léon Dahan se trouve à droite

Mon frère et moi avons rassemblé nos souvenirs pour vous faire part de notre témoignage. Notre père était un homme dur à la tâche, il commença à travailler dès l'âge de neuf ans comme apprenti-culottier, et à 11 ans il rapportait sa paie pour aider à nourrir une nombreuse fratrie. Pratiquant la boxe depuis son jeune âge, il était plutôt mince mais très résistant.

 

Le camp de Bedeau le transforma bien vite dès les premières semaines, en loque humaine. Il fut pris en grippe dès son arrivée par un officier de la Légion étrangère, de nationalité allemande. Humilié, puni, dormant à même le sol, il connut l'isolement, la faim, la soif et le manque de sommeil. Muni d'une badine cet officier savait se faire obéir. Il avait à assurer comme ses compagnons de pénibles travaux très physiques : le terrassement de routes, il passait ses journées à "casser de la caillasse ".

Au bout de quelques semaines de ce régime, il ne pesait que 42 kgs. Ses camarades le soutenaient moralement, comme certaines personnes de notre communauté dont j'ai oublié le nom, mais il en est une dont je me souviens c'est le Docteur Teboul, dont je parlerai plus tard. Devant son état de faiblesse, ses copains se confièrent à un officier français, le Capitaine Blanc, plus amène, qui comprit en voyant notre père la gravité de son état.

Cet homme - là eut l'humanité de lui réserver un travail moins physique et sut utiliser les compétences de mon père, qu'il savait tailleur. Il lui donna ainsi des travaux de couture (costumes civils et tenues militaires à retailler, etc...)

A gauche de la photo, Léon Dahan est accroupiEt en même temps pour faciliter et accélérer sa convalescence il écrivit à notre maman pour qu'elle vienne vivre avec mon frère et moi près de mon père, durant quelque temps.  Nous habitions alors Alger, à Bab el Oued, près de ma grand-mère qui avait notre charge pendant que mon père était militaire. Aux dires de mon frère, alors âgé de cinq ans, nous sommes restés plusieurs mois à Bedeau, j'avais alors près de deux ans. Nous étions logés dans une petite dépendance sans électricité, dans un corps d'habitation rurale, proche du camp. Notre maman nous disait que c'est grâce à cette nouvelle vie que mon père put reprendre ses forces, il avait eu l'autorisation de diner et de nous voir souvent. Ce fut aussi une épreuve pour notre maman qui était seule avec deux jeunes enfants, dans des conditions de confort difficiles..

Le Docteur Teboul ouvrit son cabinet, par le plus grand des hasards, tout près de notre domicile à Paris, bien des années plus tard...

Son visage est la première image dont je me souviens ; en effet, lors de notre retour de Bedeau à Alger, il nous accompagna et durant le voyage il nous soigna les yeux en nous instillant des gouttes, c'est de lui donc, dont j'ai gardé l'image.

Mon père garda de sérieuses séquelles de cette période douloureuse, puisqu'il fut réformé en février 1945. 

Témoignage dicté et signé par Léon Dahan sur son séjour dans le camp de Bedeau, en Algérie, durant la guerre 39-45.  (Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

 

                          

Le Capitaine Blanc fut pour lui son sauveur, il le dit et je voulais aussi aujourd'hui, rendre hommage à cet homme.    

 

 
 
 
 

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