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Lecture : Genèse 44:18 - 47:22
JUSQU’OU PEUT NOUS ENTRAINER UN VŒU NEGLIGE par Caroline Elishéva REBOUH

Le Talmud consacre tout un traité de guemara aux vœux que l’homme peut être amené à prononcer au long de sa vie et selon les circonstances dans lesquels il peut se retrouver.

Lorsque Jacob quitte la maison paternelle en proie à des angoisses non négligeables devant les menaces d’Esaü, et arrivé à Beith El, après avoir eu le songe de l’échelle de Jacob, le troisième patriarche, émet un vœu ponctué de « si »[1], qui sont autant de demandes adressées à l’Eternel. Un vœu s’émet mais doit aussi être tenu.

  

Dans le cas où le vœu n’est pas accompli, celui qui a prononcé un vœu peut très bien être soumis à des épreuves pour lui rappeler les termes de ce vœu prononcé et cela peut avoir des conséquences redoutables.

Jusqu’à présent, l’histoire de Jacob est tragique, il perd cette femme pour laquelle il a tant travaillé pour pouvoir l’épouser, il subit les turpitudes de son oncle et beau-père Lavan, il subit le combat avec l’ange duquel il sort en boitant,  sa fille lui est enlevée et violée et s’ensuit un massacre dans cette cité de Shekhem (Sichem/Naplouse), Joseph disparaît…. Et, il ne prend pas conscience qu’il n’a pas réalisé sa promesse.

La péricope commence en réalité à la fin de Mikets lorsqu’après le banquet offert par Joseph à ses frères, on introduit l’argent dans les sacs des onze frères et le gobelet d’argent de Joseph dans le sac de Benjamin.

Lorsque Joseph « soupçonne » les frères d’avoir volé le gobelet, se renouvelle l’acte tragique qui s’était déjà produit précédemment lors de la poursuite de Lavan  en quête des pénates (idoles) dérobées de son domicile.[2] Car, les lois noahides étaient que quiconque fut suspecté de vol devait être puni de mort. Aussi, Jacob, voulant apaiser son beau-père prononça cette phrase : « que meure celui en possession duquel seront trouvées tes pénates »  il  ne pensait absolument pas que sa femme avait perpétré ce vol et il ne pensait pas sans doute que sa parole – celle d’un tsadik – aurait une telle portée. Ici, Joseph soupçonne Binyamine et Juda  profère le même arrêt de mort que Jacob avait prononcé plusieurs années avant. Menashé vole à son secours en disant : « Non pas ! La Torah d’Israël ne préconise pas la mort pour un voleur, mais suggère de vendre le voleur comme esclave ! »

C’est alors que véritablement commence la sidra car la Torah emploie le mot « Vayigash » soit : il s’est présenté. Le Alshikh haKadosh[3] commente ce mot en précisant tous les frères étaient près les uns des autres alors que s’est-il passé ?Yéhouda avec beaucoup d’humilité s’approche encore plus près de Joseph afin de lui parler à l’oreille. Il compte sur ce rapprochement physique pour signifier à ce haut personnage d’Egypte qu’il va lui confier des secrets de la plus haute importance et en effet, il va le mettre en garde sur la « puissance » de cette famille d’Hébreux : 1) l’arrière grand-mère de Binyamine (Sarah) e été enlevée par le roi d’Egypte qui fut alors frappé de lèpre. 2) la mère de cet enfant est morte du fait de la malédiction du père. 3) parce que notre sœur a été enlevée par le prince de Shekhem, nos deux frères ont décimé la ville. En conséquence lui dit-il, notre jeune frère étant le préféré de notre père, ne t’amuse pas à ce jeu-là car il pourrait t’en coûter beaucoup plus cher que tu ne penses !!!

D’autre part, si tu as trouvé la coupe chez Binyamine il apparaît que quelqu’un d’autre a volé mais pas lui…..

Le Rav Reitchik souligne un autre aspect qu’il emprunte à la généalogie de Dina. En effet, lorsque l’on verra, un peu plus loin la liste des personnes qui étaient parmi les 70 âmes qui sont descendues en Egypte il y est question d’un certain « Saoul ben HaKenaânit » Or, qui est cette « kenaânit » ?  Nous savons que Shimôn (ou l’un des fils de Shimôn) a épousé Dina pour effacer la honte de celle-ci  et, de cette union naquit  Shaoul ben haKenaânith. L’un de ses descendants fut Zimri ben Salou qui fut tué avec Kosbi haKenaânith pour des mœurs dépravées. 

Les vœux émis lors de circonstances particulières doivent être annulés s’ils ne doivent pas être réalisés sinon cela peut être un danger et il vaut mieux éviter d’avoir recours à ce genre de promesse.

Caroline Elishéva REBOUH

 


[1] Les Sages considèrent que tous les « si » ne sont en fait que l’expression de la demande de Jacob à D.

[2] Jacob avait prononcé alors un « arrêt de mort » sur la personne de Rahel qui avait dérobé ces statuettes sans que le patriarche ne le sache.

[3] Rav Moshé Alshikh (1506-1600) à Safed (Tsefat)