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Lecture de la TORA : Vayéchev, Genèse 37:1 - 40:23
DES EPREUVES TOUJOURS DES EPREUVES ! Par Caroline Elishéva REBOUH

Pour sacrifier à une expression israélienne populaire, Jacob n’a pas eu que du miel à lécher au cours de sa vie[1], ou, pour reprendre cette fois une expression française, sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille !

Dans les pirké avoth sont énumérées les dix épreuves auxquelles le patriarche Abraham a dû faire face depuis qu'il s'était mis en quête de la vérité et chercher le véritable Créateur de l'Univers et donc, qui est LE véritable D. Le titre de la parasha de cette semaine, "vayeshev", nous conte le midrash, en citant Rabbénou Ephraïm, fait directement allusion aux quatre grosses peines dont Yaâkov a été, ici, l'objet.

Le midrash met en parallèle le verset 26 du chapitre 3 du livre de Job dans lequel celui-ci prononce 4 verbes : לֹא שָׁלַוְתִּי, וְלֹא שָׁקַטְתִּי וְלֹא-נָחְתִּי; וַיָּבֹא רֹגֶזJe ne connais plus ni paix, ni sécurité, ni repos : les tourments m'ont envahi.

Ces quatre verbes sont en rapport direct, disent les Sages avec Esaü, Lavan, la mésaventure de Dina et la disparition de Joseph. Et, Rabbénou Ephraïm de remarquer que chacune des lettres du mot vayéshev (autrement dit : vav-youd-shine-beth) se trouvent être exactement la deuxième lettre du nom des personnages qui ont causé beaucoup de tourment au Patriarche : la deuxième lettre de Yossef est le vav ; la deuxième lettre de Dina est un youd ; la deuxième lettre d'Esaü (Essav) est un shine et, la deuxième lettre de Lavan est un beth ! Parmi tous les différents commentaires on retrouve aussi des parallèles tracés avec les 4 exils.

Dans la sidra précédente, notre bien-aimé patriarche Jacob a été durement éprouvé par le viol de sa fille Dina et par la mort de son épouse Rahel. Ses tourments ne sont pas terminés car, dès le début du récit, Joseph, dans la beauté de ses 17 ans, entre en scène.

Nous rappellerons qu’il était un tout jeune-homme chéri par son père plus que les autres à cause des difficultés par lesquelles il naquit de cette épouse si désirée. De plus, Jacob cousit une tunique bigarrée pour Joseph. Quelle importance revêtait aux yeux des dix autres frères de Joseph, cette tunique si souvent rappelée au tout début de ce texte ?

Sur le plan symbolique, il est à souligner que les tuniques bigarrées étaient, à cette époque antique, l’insigne des chefs (de tribu, d’armée etc…) ce qui équivalait à traduire matériellement l’amour hors du commun que Jacob portait à Joseph et, c’était comme si la volonté du patriarche était de « transmettre son autorité » sur toutes les tribus, à Joseph. Ce fut le sentiment de tous les frères et donc le ferment de leur haine se sentant déconsidérés, à tort, par leur père.

Or, cette tunique bigarrée avait été confectionnée, nous conte le midrash avec le tissu provenant d’une robe que Jacob avait offerte à Rahel avant leur mariage.

"Vayéshev" est l’intitulé de notre lecture hebdomadaire. Littéralement cela signifie qu’il s’est "assis" ou "installé" ou encore qu’il est "resté".

D’autres commentaires spécifient qu’il était si éprouvé par les deux derniers malheurs qui lui étaient arrivés que Jacob était " assis" comme le Juif "s’assoit" après un deuil.  Ceci reviendrait à dire que les évènements tragiques vécus par le patriarche ont laissé en lui une blessure qui ne fera que s’élargir et qui provoquera une affliction encore plus vive.

Le texte, pour bien nous faire comprendre ceci écrit : "voici l’histoire de Jacob, Joseph"» c’est-à-dire que l’histoire de Joseph est indissociable de l’histoire du patriarche.  Celui-ci toujours en possession de son don de prophétie avait écrit une amulette qu’il offrit à sa petite-fille Osnat née du viol de Dina par Sichem (Shekhem).

Osnat, fut adoptée par Putiphar et sa femme qui n’avaient point d’enfant et c’est elle que Joseph épousa et c’est avec elle qu’il eut Ephraïm et Menashé. Jacob savait que la continuité de sa descendance se ferait surtout par Joseph et ses enfants.

Joseph, après avoir erré sur les routes pour s’enquérir des nouvelles de ses frères, conta son rêve à ses frères dont la réaction première fut bien entendu de s’insurger. Notons au passage, qu’ils surent interpréter le rêve.

Vayéshev est la parasha qui se lit le shabbat précédant le début de Hanoucca et, les Sages de la Guemara s’interrogent pour quelle raison.

C’est ainsi que nous apprenons que Hanoucca qui est une fête « rabbinique » (מידי רבנן) et non pas biblique (מידי אורייתא) correspond à la fête de Souccoth qui dure elle aussi 8 jours ainsi que Pourim qui ne dure qu’une journée comme Shavouoth.

Nos Sages étayent ainsi leur raisonnement :  en Perse, Mordékhay se trouvait en train d’enseigner ses jeunes élèves sur la mitsva du ômer c’est-à-dire sur la moisson et l’offrande de céréales que l’on apportait au Temple d’où le lien direct avec le premier songe de Joseph sur les onze gerbes de blé qui se prosternaient.

Quant au deuxième rêve sur le soleil, la lune et les étoiles, disent les Hazal, le rapport est direct avec Hanoucca pendant laquelle on célèbre et annonce la nouvelle lune.

Les frères de Joseph d’accord pour se "débarrasser" de leur jeune frère, ébauchent des projets : le tuer, le jeter dans le puits asséché, qu’il se fasse dévorer par des bêtes sauvages ou par des serpents ou tuer par des scorpions jusqu’à ce que Juda propose de le vendre à des Ishmaélim.  La Torah énonce que le puits était vide, qu’il n’y avait point d’eau mais qu’il y avait des serpents et des scorpions. 

Il est un principe selon lequel au-delà de 20 coudées (6m60) l’œil ne peut distinguer précisément ce qui se trouve et il se produit le même phénomène si l’œil regarde vers le bas (en profondeur) ceci signifie donc, nous disent les Sages qu’en jetant Joseph dans le puits ils ne savaient peut-être pas à quel danger serait confronté leur frère. Selon certaines opinions, Réouven pensait revenir pour ramener son frère à Jacob.

Parce que Juda avait proposé de vendre Joseph à des commerçants, la récompense qu’il reçut fut que de sa tribu devront sortir des rois et le Messie.

La Torah préconise toujours d’être prudent dans nos actions car, il se peut que le destin nous réserve un "retour de bâton" ainsi, nous expliquent les Sages, lorsque Jacob sacrifia un chevreau pour se recouvrir ses bras de la peau de la bête, et recevoir ainsi la bénédiction à la place d’Esaü[2], à présent, il reçut la tunique bigarrée de Joseph tâchée du sang d’un chevreau et il en conçut un chagrin immense.

Après la vente de Joseph, nous passons à l’histoire de Tamar qui avait épousé l’un des fils de Juda. Mais, ce fils, Er périt sans avoir eu de fils. Juda ordonna donc à son fils cadet du nom de Onan[3] de pratiquer la mitsva du lévirat et de donner ainsi une descendance posthume à son frère. Cette « idée » ne fut pas accueillie avec enthousiasme par Onan qui, « corrompait  sa voie » à chaque acte ce qui ne plut pas à HaShem et il fut puni pour cela : il mourut.

Judas craignant pour la vie du troisième et jeune fils (Shéla), pria sa bru de se retirer chez son père pour laisser à Shéla le temps de grandir.  Mais, le temps s’écoula et, voyant que Juda n’avait pas donné suite à sa promesse c’est elle qui de manière détournée fit en sorte que son défunt mari ait une descendance. C’est donc en cohabitant avec son beau-père qu’elle donnera une descendance à Juda étant donné que par cet acte, naîtront des jumeaux dont les descendants seront  Peretz, Hetsron, Ram, Aminadav, Nahshon, Salma, Boaz, Oved, Jessé et David Hamelekh (Meguilat Ruth chap IV, versets 17 à 22).

Juda avait fait un bel acte envers son frère et Tamar était également une femme à la noble personnalité.

Caroline Elishéva REBOUH

 

 


[1] L’expression est : ללקק דבש  lelakek devash ou lécher du miel.

[2] Les exégètes pensent au sujet de cette bénédiction qu’en fait, Isaac en prononçant ses bénédictions mit une forte intention pour que ces bénédictions parviennent véritablement à ses fils nominativement, c’est pour cela qu’Esaü était tout de même immensément riche et puissant

 

[3] Le nom de l’acte de masturbation ou onanisme provient de ce personnage biblique.

 

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