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GOZLAN Julien : L'occupation de la grande poste d'Alger dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942

Témoignage de Julien Gozlan
Les évènements de la nuit du 7 au 8 novembre 1942 à la grande poste d’Alger
Par Julien GOZLAN
Ci après un texte écrit par Julien Gozlan sur l'occupation de la grande poste d'Alger dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942. Le récit de l'un des protagonistes peu après les événements nous montre le courage de ce petit groupe d'hommes (tous issus du mouvement Géo Gras). Il raconte aussi la mort de leur chef le lieutenant Jean Dreyfus.
NB: j'ai trouvé ce témoignage au CDJC. Il comprend aussi la liste des participants.
Jean Kupfer

 

 

On a rapporté par ailleurs, comment depuis 1940 de jeunes patriotes refusant, tout comme le Général de Gaulle, d’accepter la défaite et l’armistice de Vichy, confiant dans les destinées de la patrie que le général de Gaulle avait prise en main, décidèrent de s’organiser pour la résistance.
Dans un grand appartement sis place du Gouvernement à Alger, transformé en salle d’éducation physique, des amis commencèrent le travail d’organisation des groupes de résistance et confièrent la direction de la salle à d’éducation physique à un fonctionnaire.
Les groupes furent constitués avec beaucoup de prudence et encadrés au fur et à mesure des possibilités.
Des armes furent achetées et soigneusement cachées. Chaque patriote dut de son côté se procurer une arme personnelle pour le cas où les dépôts auraient été découverts.
Les organisateurs réunirent entre eux l’argent qui était nécessaire.
Les réunions furent nombreuses et se tinrent en différents endroits, tantôt chez l’un, tentôt chez l’autre des chefs de groupe et le lieu de réunion ne fut chaque fois révélé qu’à la dernière minute.
C’est vers le 5 novembre que très discrètement et de bouche à oreille fut transmise la nouvelle que les alliés allaient débarquer et que le Général de Gaulle arrivait pour prendre en main la direction générale de la résistance.
Faut-il dire le frémissement qui s’empara de notre jeunesse. Les réunions se firent plus nombreuses, les ordres plus clairs.
Le 7 novembre 1942 nouvelles instructions encore, chaque chef de groupe reçut des indications pour une action imminente. Les principaux bâtiments officiels devaient être occupés, 450 jeunes gens sur un millier d’inscrits se présentèrent aux lieux de rassemblement.
Parmi les groupes qui devaient occuper les principaux bâtiments et services publics celui dirigé par le Lieutenant de réserve Jean Dreyfus avait pour d’occuper la Poste Centrale et de neutraliser les communications.
Son effectif était fixé à 30 hommes. Douze seulement se présentèrent à 21 heures au lieu du rendez-vous, le cabinet d’un chirurgien dentiste de la rue d’Isly. Le chef de groupe décida que la mission serait accomplie malgré l’effectif réduit.
Tout d’abord, homme par homme, il donna ses instructions générales et particulières. Aucune vengeance personnelle, pas de représailles, ne pas se servir de ses armes sans obligation absolue, garder une attitude française.
« Nous représentons la France libre, disait-il, soyons dignes d’elle ».
Un messager se rendit vers 22 heures au Poste de Commandement, 11 rue Bab Azoun, rendre compte que notre groupe n° 30 était prêt quoique à effectif réduit et demandant si possible du renfort.. Il y avait malheureusement de nombreuses défections et le messager revint dire qu’il fallait remplir la mission avec les éléments dont nous disposions. Il rapportait les brassards V.P.
A 22h30 notre chef le lieutenant Dreyfus avec 4 hommes partit prendre des armes et des munitions. Ce fut jusqu’à 23h30 le calme absolu. Nous nous tenions à tour de rôle sur le balcon, au carrefour des rues d’Isly, Dumont d’Urville et Henri-Martin pour surveiller l’arrivée de notre voiture.
A 23h30 sortie des spectacles et jusqu’à minuit un certain mouvement de tramways et de groupes de noctambules. Puis à nouveau le silence. Les minutes nous semblaient terriblement longues.
A OH15 des voitures passent filant à toute vitesse, à 0h30 une voiture s’arrête de laquelle descendent nos amis. En quelques minutes nos hommes sont équipés, 8 partent au pas gymnastique sans arme au rendez-vous fixé devant la grande Poste. Les autres suivent dans la voiture.
A minuit et demi le Groupe, arrivé à la Poste Centrale, occupa rapidement le bâtiment. Tout le personnel en service fut conduit à l’abri situé au sous-sol. Une partie de ce personnel se joignit aux nouveaux occupants pour assurer la garde de certaines entrées. Le courant éléctrique qui assure la marche des communications urbaines et intercontinentales (métropole) fut coupé. Aucune communication télégraphique ou téléphonique ne put plus être demandée.
Aucun incident ne survint jusqu’à 3H du matin, heure à laquelle la sirène retentit et la D.C.A entra en action. De nombreux employés des PTT qui devaient rejoindre leur service en cas d’alerte arrivèrent, ils furent conduits à l’abri.
Dans cette nuit mémorable le groupe de la Poste eut de sérieuses émotions. Une patrouille vint en effet demander pourquoi certaines lumières étaient visibles pendant l’alerte (on ne pouvait pas les éteindre), des messagers vinrent s’informer de la cause des ruptures de communications. On laissa partir ceux qui ne pouvaient contrarier l’action mais les autres furent gardés dans l’Abri et on fit ainsi près de 400 prisonniers.
A chacun, le chef ou l’un des membres du groupe disait « ce n’est rien, c’est la France Libre qui débarque, De Gaulle sera là tout à l’heure. Tout va bien ». Et la plupart acceptaient de bonne grâce, la mesure de prudence s’imposait, certains s’étonnèrent de n’avoir pas été avertis « nous aurions été des vôtres » disaient-ils. Il y eut peu de protestataires et encore moins de fanatiques de la collaboration franco-allemande, à part quelques grands chefs, directrice, inspecteurs principaux, ect…
Jusqu’à 8h du matin aucun incident notable, mais à ce moment, nous vîmes un cordon de troupes éloigner les curieux et des mitrailleuses mises en batterie contre nous. Un sous-officier voulant éviter toute effusion de sang et pensant que la relève qui devait être effectuée à 7h n’était que retardée, demanda à parlementer.
Un soldat s’avança alors.
« Je désire parler à votre officier » dit Dreyfus
Le soldat repart et un sous-officier, l’arme au poing, s’avance : « rendez-vous, dit-il, sortez ou je tire »
Et avant que Dreyfus ait pu dire un mot, il déchargea son révolver à répétitions en rafale.
Dreyfus tomba immédiatement. Nous tous autour de lui avions senti les balles passer, ce fut un miracle qu’il n’y eut pas d’autres victimes. L’un d’entre nous, d’un coup de pied referma la porte. Les mitrailleuses tirèrent contre cette porte et contre toutes les fenêtres du bâtiment où il n’y avait personne.
La porte fut enfoncée à coups de crosse. Nos camarades réussirent à sortir vers 8h30 par une issue devant laquelle une mitrailleuse était en voie d’installation.
Hélas ! Les espoirs de ces braves furent trompés. Ce n’était pas pour de Gaulle, pour la République qu’ils avaient risqué leur vie. C’était pour un autre général, ils l’apprirent plus tard et leur lutte dut continuer et continuera encore jusqu’à ce que les principes sacrés de la Liberté, de l’égalité et de la Fraternité, proclamés par le Général de Gaulle au nom de la France soient entièrement rétablis.
Effectif du groupe n°30 (Grande Poste)
Chef de groupe : lieutenant Jean Dreyfus
Sous Chef de groupe : Sous-Lieutenant Jean Gozlan
Membres
Julien Gozlan Albert Smeja
Lucien Kamoun Prosper Chemla
André Kamoun Chemouilli
Charles Boumendil Raphaël Elbaz
Victor Tibika Martial Timsit


Commentaires (2)

1. gozlan lucien Mar 17 Déc 2013
Pour jean KUPFER,
Effectivement, en relisant le merveilleux temoignage de Julien GOZLAN, le groupe qui devait se rendre a la grande poste devait reunir 30 resistants, seulement douze ont repondu presents.
J ai ete mis certainement dans l erreur lorsque j ai lu...no 30....
Merci pour cette rectification.

2. gozlan lucien Jeu 12 Déc 2013
Jean, bravo pour ce nouveau temoignage de monsieur Julien Gozlan. Il est super pour sa description dans le detail,..dans leur attente au 1 rue d isly au soir du samedi 7 novembre. Julien etait le frere de Jean Gozlan et le 1 rue d Isly etait le cabinet de dentisterie de jean.
Le puzzle avance enormement, la neutralisation de la grande poste s est donc faite a partir du debut de la rue d Isly, la Grande Poste etant a la fin de la rue, donc tout pres.
On a egalement un nouvel element inedit,..le nombre 30..??? Il y avait a ma connaissance 15 lieux neutralises, donc il y avait un listing qui avait ete realise et d apres nos lectures cela s est fait quelques jours seulement avant puisqu ils ne se connaissaient pas les uns les autres.
D autres lieux de regroupements se sont fait chez Morali Daninos qui habitait a la rue Eugene Robe a Nelson pres de la caserne Pelissier, pour attaquer l Amiraute, le palais d Hiver et le comissariat de la rue Bruce.
Un autre egalement, des resistants de la Salle Geo Gras, ont ete regroupes chez monsieur et madame Emile et Florence ATLAN au 11 rue Bab Azoun, et il faut insister sur le nom de madame ATLAN, car elle etait la seule femme active dans le secret de la salle Geo Gras d apres les recits de son fils Pierre ATLAN.
Reste a recomposer les autres regroupements d autres chefs de groupes en incluant Raphael ABOULKER avec Emile ATLAN puisqu ils etaient voisins au 11 rue Bab Azoun.
Encore bravo et on continue dans la recherche de nos temoignages.

 

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