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Bienvenue sur le site de l’association MORIAL

Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

e-mail : morechet@morial.fr

L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
Square Bresson
Lycée E.-F. GAUTIER D'ALGER
Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
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Les voies de l’émancipation (1830 - 1870)

                     Attaque d’Alger par mer, 3 juillet 1830, toile de Léon Morel-Fatio

Le 14 juin   1830, les Français débarquent à Sidi-Ferruch, presqu'île située à 30 kilomètres d'Alger. Ils s’emparent le 5 juillet de la ville.

Avec le début de la conquête française, les dirigeants du judaïsme français se préoccupent du sort des juifs d’Algérie. Ceux-ci, devaient déclarer les décès à la mairie depuis décembre 1830, les naissances depuis 1836. Mals le mariage civil ne deviendra obligatoire qu'avec le décret Crémieux en 1870 (voir texte à la fin de l'article).

Soutenu par quelques notables locaux, le Consistoire central des israélites de France entreprend de fonder des écoles pour les enfants juifs. 

Grande Synagogue d’Alger (rue Randon)

Les dirigeants français dépêchent des observateurs chargés d’effectuer un rapport sur l’état des communautés en vue de leur émancipation. Les deux membres de cette mission. Jacques Isaac Altaras (1786-1873), était un négociant, originaire d’Alep en Syrie, installé à Marseille de longue date. Joseph Cohen (1817-1899), était un avocat d’Aix-en-Provence. Au terme de leur mission Altaras et Cohen rédigent un rapport dont la conséquence est l’ordonnance du 9 novembre 1845 qui créait un consistoire israélite central à Alger, deux autres à Constantine et Oran.

L’organisation consistoriale française va servir de modèle aux communautés juives d’Algérie dès 1845. Dans les principales villes de grandes synagogues, bâties sur des modèles français, sont édifiées. 

Trois ans plus tard, la monarchie est renversée et Louis-Phlippe abdique. Le  gouvernement provisoire auquel appartient Adolphe Crémieux, décrète la réunion de l’Algérie à la France.

Le Second Empire poursuit la politique de colonisation tout en limitant les effets de cette dernière sur les sujets "indigènes".

Adolphe Crémieux (fondateur de l'Alliance) par Lecomte du Nouy.

En 1860 (fondation de l’Alliance israélite universelle) et 1865, Napoléon III voyage en Algérie et reçoit des délégations locales, européennes, musulmanes et juives.

Il se déclare favorable à l’intégration progressive des "indigènes" dont celle des juifs d’Algérie. Le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 autorisant les "indigènes" à demander à titre individuel la citoyenneté française ne rencontre cependant pas le succès escompté : peu de juifs indigènes useront de cette disposition légale.

En septembre 1865, la grande synagogue de la place Randon à Alger est inaugurée.

En septembre 1870,  la IIIe République  est proclamée, Adolphe Crémieux, ministre de la Justice au sein du gouvernement provisoire obtient la promulgation de plusieurs décrets dont celui naturalisant collectivement les juifs d’Algérie (décret Crémieux).

La longue marche des Juifs d’Algérie vers la liberté (XIXe – XXe siècle)

Texte de la conférence présentée à la Mairie du 4e, le 16 juin 2015 par Albert Maarek, historien, spécialiste de l’histoire des Juifs de Tunisie et d’Algérie,  au cours du colloque  organisé par l’association MORIAL à l’occasion de la 11e édition du Festival des Cultures Juives à Paris.

Adolphe Crémieux , personnage atypique du judaïsme français au XIXe siècle, a été l’initiateur de l’émancipation des Juifs d’Algérie : le décret qui porte son nom , suite logique de sa démarche exceptionnelle , provoquera à divers moments et jusqu’à l’indépendance algérienne , des réactions et des remises en cause permanentes ; il réussira cependant à résister à cet acharnement négatif et sans relâche .

I. Adolphe Crémieux : carrière politique et luttes en faveur des Juifs (XIXe siècle)

30 avril 1796 : nait à Nîmes , dans une famille originaire de Carpentras (père commerçant), guère observante mais ne reniant pas ses origines ; il effectue ses études secondaires à Paris et de droit à Aix-en-Provence (1815).

Il devient un avocat renommé et il épouse Louise – Amélie Silny appartenant à une famille juive de Metz (1824) ; il se fixe à Paris et se lance dans la politique. Il devient député de Chinon en Indre-et-Loire).

Il exerce une grande activité au sein des instances dirigeantes du judaïsme français (en 1843, il est président au Consistoire central); il devient le porte.parole des Juifs de France et même d’Europe avec ses trois valeurs phare : "patrie, liberté, justice" et sa devise : "nous sommes des Juifs , citoyens français".

L’affaire des Juifs de Damas le propulsera sur le plan international :

"Le 5 février 1840, le capucin, le Père Thomas disparaît. Les Juifs de Damas sont accusés de meurtre rituel (sang de la victime dans la préparation des matzot) et sont emprisonnés (enquête du consul de France).  Pour les secourir, Crémieux se rend à Londres et avec Sir Moses Montefiore, il demande l’intervention du Foreign Office auprès du vice-roi d’Egypte pour faire libérer les Juifs, accusés injustement par les antisémites qui vénèrent le père Thomas. Il fera partie d’une délégation juive qui se déplacera en Orient et réussira à faire reconnaître l’innocence des Juifs et à obtenir leur libération ; son retour en France s’effectue dans une atmosphère de liesse ; il se définit comme « le vertueux champion de ses frères persécutés".

Des événements personnels douloureux (conversion en 1845à l’initiative de son épouse, de ses enfants au christianisme) , le pousseront à se retirer des affaires juives pendant18 ans. .

Sur le plan politique, il est un adversaire résolu de Louis-Napoléon Bonaparte ; il sera surpris par le Coup d’Etat du 2 décembre 1851, sera emprisonné durant quelques jours et se retire de la vie politique jusqu’en 1869.

Il participe avec détermination aux activités de l’Alliance israélite universelle dont il sera Président du Comité central en 1863.

Il lance un appel à tous ses coreligionnaires de tous les points du globe : réunissez- vous par un lien fraternel au Comité de Paris » : détruire chez les Juifs les préjugés dont ils sont imbus, fonder des écoles nombreuses, faire entendre leurs voix dans les cabinets des ministres.

le Grand Rabbin Lazare Isidor (1813 - 1888)lui rendra un vibrant hommage « pour son rôle actif dans la lutte pour la défense des Juifs dans le monde » : Juifs de Roumanie et Juifs de Serbie (obtention d’une complète égalité civique , politique et religieuse au Congrès de Berlin en 1878) .

Il retournera à la vie politique en 1869 et sera réélu député à Paris ; il siège dans les rangs de l’opposition à l’Empire. En 1870, après la défaite française contre la Prusse, il participe au gouvernement d’union nationale, en tant que ministre de la Justice ; il fera appel à la contribution de tous ainsi qu’aux Israélites pour régler le plus rapidement possible l’indemnité de cinq milliards à la Prusse (« aide à la patrie, à la France adorée »).

II. Le décret Crémieux : les Juifs d’Algérie deviennent Français

Dès 1848, Crémieux proclame : « La République veut l’assimilation de l’Algérie à la France » (15 000 Juifs en 1830 ; 2 000 000 de Musulmans) >volonté de « régénération ».

De 1848 à 1858, des droits sont reconnus aux Juifs pour les élections municipales et des conseillers généraux (province)

L’Empereur accorde le sénatus-consulte de 1865 permettant, s’ils le désirent, l’accès individuel à la nationalité française aux Juifs et aux musulmans ; Crémieux projette pour les premiers des dispositions imposant un accès collectif, c’est-à-dire la naturalisation des Juifs d’Algérie et « leur sortie d’Egypte ».

En fait, seulement quelques dizaines de Juifs (Constantine et Alger) demandent cette nationalité française entre 1865 et 1870, craignant pour leurs traditions religieuses et culturelles. Crémieux : il faut leur imposer cette nationalité d’en haut « Dina De-Malkhuta Dina », c'est-à-dire la règle halakhiquer qui précise que la loi du pays est obligatoire,

La chute du Second Empire et son entrée au gouvernement d’union nationale, lui fournira l’occasion , en tant que ministre de la Justice :

Il signe à Tours un train de mesures concernant l’Algérie et notamment le décret du 24 octobre 1870 : "Les Israélites indigènes des départements d’Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence , leur statut réel et leur statut personnel seront , à compter de la promulgation du présent décret , réglés par la loi française ; tous droits acquis jusqu’à ce jour restent inviolables.. Toute disposition législative , décret , règlement ou ordonnance contraires sont abolis ."

Décret imposé ?

Ce texte de quelques lignes à peinebouleverse de manière irréversible la condition juridique des anciens "dhimmi" juifs d’Algérie : 34 574 Juifs seront ainsi naturalisés. Crémieux se déclarera fier de "son" décret , parce qu’il doit permettre aux Juifs algériens de suivre la voie déjà tracée par les Juifs français (la "régénération").

Il meurt le 10 février 1880 à près de 84 ans ("’Univers israélite": c’est une perte irréparable pour Israël ) et ses funérailles se feront aux frais de l’Etat.

III. Les diverses remises en cause du décret Crémieux (XIXe – XXe siécle)

III-1) Réactions des Européens d’Algérie : antisémitisme virulent

Un mouvement d’antisémitisme très violent se développa à partir des années 1880 l’initiative de partis politiques français (le parti radical qui réclame l’abrogation du décret Crémieux)

Pourquoi ?

D’abord le décret Crémieux avait créé un déséquilibre entre Juifs et musulmans ; les premiers usaient de leurs droits civiques (élections municipales et législatives), ce qui irritait particulièrement les électeurs européens (accusations de votes communautaires en 1896 : 580 590 Européens ; 57 538 Juifs ; 3 841 298 Misulmans)

Déjà en 1871, la révolte kabyle dirigée par Mokrani fut injustement imputée aux conséquences du décret Crémieux , les Juifs étant désormais devenus les égaux des maîtres français du pays .

Le préfet d’Alger, Charles du Bouzet déclarait ouvertement son opposition au décret Crémieux, les «néo-Français » (Italiens , Maltais , Espagnols) , fraîchement naturalisés , étaient également de farouches adversaires des nouveaux citoyens israélites . De multiples associations et ligues anti-juives se manifestèrent (1880 – 1890) , des journaux (« L’Antijuif » de Max Régis) , provoquaient des remous à l’approche des échéances électorales ….

Le scrutin du 8 mai 1898 devait marquer le sommet de cette agitation > agressions anti-juives.

Edouard Drumont (auteur d’un pamphlet : "La France Juive"  en 1886 et de "La Libre Parole" en 1892) arrive à Alger. Des menaces contre les électeurs israélites : les élections législatives consacrent la victoire des candidats antisémites dont celle de Drumont , devenu député d’Alger ; la même année , Max Régis est élu maire d’Alger => l’antisémitisme s’est radicalisé et prône la domination en Algérie d’une race latino-catholique (voir les journaux antisémites fin XIXe -début XXe siècle)

L’antisémitisme connaît un certain reflux à partir de 1900 : le gouvernement français destitue Max Régis (tendances séparatistes) ; d’autre part , la 1re guerre mondiale impose une certaine retenue : les Juifs participent glorieusement au conflit militaire (près de 2 000 morts)

III-2) Les émeutes à Constantine (3 - 5 août 1934)

Les relations entre Juifs et Arabes, jusque-là relativement sereines vont se détériorer dans les années 1930 : crise agricole, événements de Palestine …..

Emeutes à Constantine : un caporal juif aurait injurié des Musulmans, en réaction, des groupes de Musulmans agressent le quartier juif : lapidation, pillage (3 août 1934) ; reprise des émeutes le 5 août, des centaines de manifestants contre les Juifs au centre –ville, attaques contre les Juifs (pillage ,incendies ,tueries) : c’est un pogrome . Finalement, le calme est rétabli par les troupes françaises avec beaucoup de retard . Bilan très lourd : 27 morts (24 Juifs + 3 Musulmans).

L’administration attribua ces événements aux pratiques usuraires des Juifs, à leur arrogance, aux conférences sionistes ; les Juifs les qualifiaient comme un mouvement insurrectionnel anti-français et à des facteurs exogènes : excitations extérieures du monde arabe, propagande hitlérienne ,au renouveau de l’antisémitisme européen (avec effet sur les relations judéo-musulmanes) ; quant aux milieux nationalistes algériens ils expliquaient qu’il s’agissait du mécontentement des musulmans devant le manque d’enthousiasme des Juifs pour leurs revendications …..

En toile de fond, on peut penser que tant du côté européen que du côté musulman, la nouvelle situation des Juifs créée par l’application du décret Crémieux irritait , pour des raisons différentes , les uns et les autres .

IV. Le temps des ruptures (1939-1962) : guerre mondiale et indépendance algérienne .

iV-1) Le décret Crémieux et les lois du régime de Vichy 1941 : 829 427 Européens, 117 646 Juifs , 6 000 930 Musulmans

Entrée en guerre de la France contre l’Allemagne ::> statut des Juifs par le gouvernement de Vichy (3 octobre 1940)=> Abrogation du décret Crémieux , considéré par Maurras comme « la fin d’un scandale de 70 ans »

8 novembre 1942 : opération "Torch".C’est le nom de code donné au débarquement des Alliéssur le littoral algérien et marocain et action de résistants juifs algériens (José Aboulker) ; le général Giraud présent en Algérie fait abolir les lois raciales antijuives mais refuse de lever l’abrogation du décret Crémieux

20 octobre 1943 : rétablissement du décret Crémieux avec l’arrivée à Alger du général De Gaulle

IV-2) La marche vers l’indépendance : les Juifs d’Algérie à la croisée des chemins

Les attentats du 1er novembre 1954 surprennent tout le monde , les Juifs sortis de l’humiliation imposée par le gouvernement de Vichy, attachés à la citoyenneté française , ignoraient les aspirations des Arabes (certains intellectuels et notables étaient cependant favorables aux revendications musulmanes, le « groupe Raymond Bénichou » ; de plus ,les Juifs étaient par ailleurs enracinés dans le pays depuis plus de 2 000 ans ; leur position était inconfortable : entre le marteau et l’enclume .

Octobre 1956 : appel du FLN au Grand Rabbin Maurice Eisenbeth et à « ses compatriotes israélites » pour condamner le « régime colonial français »

Jacques Lazarus : favorise le développement du Comité juif algérien d’études sociales (CJAES) : attachement à la France et à l’Algérie , assurer la liberté et l’égalité entre tous les habitants (en réponse à l’appel du FLN)

- 1960 : nouvel appel du FLN , mais le CJAES : "nous sommes Français et nous voulons le rester"

- Février 1961 : quelques Juifs participent aux activités de l’OAS

- Janvier 1962 : "votre silence doit cesser" déclare avec insistance le FLN

En fait, dès le début, il y avait rupture entre le choix de la judaïcité algérienne depuis 1830 et celui des musulmans en lutte pour l’indépendance : c’est la logique de l’histoire. La majeure partie des Juifs d’Algérie n’a pas rejoint les camps extrémistes ; des Juifs ont été victimes en tant que tels (du FLN et de l’OAS : 100 à 200 peut- être ?)

A l’été 1962 : 100 000 à 120 000 Juifs algériens quittent l’Algérie pour la France (sur 800 000 « pieds noirs ») ; certains milieux à l’Elysée envisageaient un statut « séparé » pour les Juifs, mais réaction du CJAES

L’immigration judéo-algérienne est un cas à part : les Juifs sont citoyens "rapatriés" du pays d’accueil, mais éprouvent une antipathie foncière pout le pouvoir gaulliste et possèdent un particularisme pied noir.

L’histoire a basculé pour les Juifs d’Algérie depuis 1870 avec l’application du décret Crémieux, souvent remis en cause et combattu par les antisémites européens dès la fin des années 1800, abrogé par Vichy et rejeté par les nationalistes algériens ;

Le décret Crémieux a donc libéré la condition des anciens "dhimmis»

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