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L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
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PATRIMOINE CULTUREL

 

LES DIMENSIONS DE L’HERITAGE DE RABBI EPHRAÏM ALN’KAOUA

LES DIMENSIONS DE L’HERITAGE DE RABBI EPHRAÏM ALN’KAOUA

 


Après la magnifique intervention de Monsieur le grand Rabbin de Richon le Tsion : Rav Shmuel Trigano, il m’appartient de vous faire part de mon témoignage, en ma qualité de descendant de l’illustre Rab de Tlemcen :
Ephraïm ALN’KAOUA (Tolède 1359- Tlemcen 1442 : 1ER Kislev 5203)
En effet, j’ai le très gros avantage de porter le nom et le prénom du grand Rab.

Avant l’indépendance de l’Algérie, ma famille résidait à Sidi Bel Abbes et Oran.
Mon père (ZL) s’appelait Samuel (1911-1985) et mon grand père Ephraïm (1868-1916) et ainsi de suite puisque j’ai retrouvé avec certitude cette lignée depuis environ 1740 à Alger.J’ai découvert ainsi que le 11 mars 1855 à Oran était décédé à l’âge de 94 ans !!! le dénommé Ephraïm ENKAOUA, né à Alger (donc en 1761) et fils de Samuel. Il était l’époux de Simha SULTAN.
Mes recherches m’ont conduit à dire que toute la branche des ENKAOUA d’Oran descend de lui d’autant que mon père et ses frères et soeurs m’avaient toujours affirmé que tous les ENKAOUA d’Oran étaient parents.
L’occasion m’est donnée de saluer dans la salle tous les membres de la grande famille ENKAOUA de tous lieus et au sens le plus large.
On sait que le Rab, avec sa famille, a fui l’Espagne en 1391 après que son père Israël fut brulé vif la même année, sur le bucher de l’inquisition à Séville.
Il avait au moins deux fils : Yehouda et Israël.
Yehouda épousa la fille de Rabbi Semah Duran fils du Ribash, quant à Israël il eut un fils Ephraïm.
En Afrique du Nord, c’est forcement de ses deux fils que tous les ENKAOUA, ANKAOUA, ENCAOUA, ANCAOUA, N’KAOUA, et autres graphies ENQAOUA, ANQOUA, NAKOUA et ELNEKAVE ou ALNEKAVE descendent.
L’origine avérée du nom est à la fois hébraïque : ELNEKAVE qui veut dire : « j’espère en D », ou arabe ALNKAOUA ou ELNKAOUA qui veut dire «la propreté, la sainteté au sens moral ». Ce qui me fait dire que si j’avais voulu
franciser mon nom je devrai m’appeler : Mr ESPERENDIEU ou Mr PROPRE !!!!

Entre le XIV et le XIIX siècle on retrouve tous les Enkaoua principalement à Alger. A partir de cette époque ils seront dans toute l’Algérie : à Oran et surtout au Maroc (voir la généalogie prestigieuse de Rabbi Réphaël Encaoua). Curieusement, ils ne résident pas à Tlemcen alors que c’est dans cette ville que la mémoire du Rab est la plus vivace.
Seul Abraham Encaoua (Oran 1812-1890), fils de Mardochée, séjourna 3 années durant vers 1850 et constata la décrépitude de la communauté de Tlemcen de l’époque. Il y fonda une yéshiva.
C’est par son enseignement qu’il permit au future Grand Rav HAÎM BLIAH de publier en 1902 l’édition commentée du séfer « CHAAR KAVOD HACHEM » du Rab de Tlemcen.
Dans ma famille la vénération du Rab était permanente bien que nous n’habitions pas Tlemcen.
Cependant quand mon père épousa en 1941 une fille de Tlemcen : Elise LAIK, la vénération du rab et du nom que nous portions était encore beaucoup plus forte.

Ma mère nous appris que son grand père maternel Samuel SULTAN, faisant partie de la Yéchiva du Rav Haïm Bliah, avait fait le voyage à la fin du XIXème siècle, de Tlemcen à Oxford pour ramener à ce dernier, son maitre, les écrits
du Rab de Tlemcen. C’est ce qui permit à Haïm Bliah de publier en 1902 son livre.
Pendant près de six siècles de 1393, date d’arrivée du Rab, jusqu’en 1962 départ brutal de tous les juifs d’Algérie avec l’indépendance, les juifs de Tlemcen ont vécu et je dirai survécu que sous l’ombre du tombeau du Rab, de ses miracles et autour de la rue et de la synagogues qui portent son nom. Ce phénomène à ma connaissance est unique dans l’histoire d’une ville et de son
Saint. Surtout que cette vénération est toujours la même tant aujourd’hui en France qu’en Israël.
Tous les ans et jusqu’en 1951 mes parents se rendaient pour les fêtes du Rab, à Lag Baomer à Tlemcen. Nous séjournions chez mon grand père FraÏm LAÏK au 35, rue de Paris.

La Hiloula du Rab célébrée en même temps que celle du vénéré Shimon Bar Yohai, le trente troisième jour de l’Omer, était un évènement incontournable et international. De toute l’Algérie, du Maroc et de l’étranger les juifs accouraient pour ce que l’on appelait « les fêtes du Rab ». Pendant au moins huit jours les familles « s’entassaient » dans les hôtels ou appartements, bien souvent exigus. Ces rencontres festives étaient l’occasion de prier et d’implorer le Rab pour la réalisation de toutes sortes de voeux : santé, amour, travail, stérilité, réussite professionnelle et scolaire etc. et aussi de remercier pour les voeux exaucés. Il y avait des grandes soirées : bals et concerts de musique Arabo-andalouse. C’est ainsi que beaucoup de mariages eurent lieus, surtout entre
jeunes gens du département d’Oran et d’Oujda. C’est de là que découle la maxime : « à Oran on s’amuse mais à Tlemcen on se marie !! »
Un samedi matin, alors que j’avais 6 ans, mon grand père m’amena à l’office de shabbat à la synagogue. Il y avait ce jour là un monde fou. A la sortie mon grand père, tout fier de m’avoir avec lui, arriva à hauteur du Rabbin (je pense qu’il s’agissait de Jacob Charbit) et lui demanda :
« Rabbi sais tu comment s’appelle mon petit fils ? »
Le Rav lui répondit : « Et bien comme toi Laïk, »
Non il s’appelle : « EPHRAÏM ENKAOUA !!! »
Le Rav s’est alors agenouillé devant moi, m’a enveloppé de son talith et m’a béni en m’embrassant sur tout le corps !! Il était entré en véritable transe à l’énoncé du nom et rien ne l’arrêtait.
Cet évènement m’a profondément marqué et m’a permis de comprendre à quel point l’héritage que je portais était à la fois gigantesque et lourd. Mon père me rapporta plus tard que, en 1931, alors qu’il exerçait son service militaire dans le sud algérois, dans un café un copain l’appela : " Hé ENKAOUA !! » A l’écoute de ce nom un homme alla vers mon père et lui dit : «vous vous appelez ENKAOUA, cela fait très longtemps que je n’ai pas entendu ce nom, vous êtes de la famille du Rab Ephraïm ENKAOUA ?etc".A compter de ce jour mon père était systématiquement invité chez cette famille durant tous les shabbatotes où il était disponible. 
A chaque fois, dans ma vie quand je me présente, la même réaction se produit.
Je reste persuadé que c’est le même phénomène qui se produit pour tous les ENKAOUA présents ici. Quand je rencontre un juif marocain, on me demande si je suis de la famille de Réphaël, et quand je rencontre un algérien si je suis parent avec le Rab de Tlemcen. Je réponds oui mais je ne suis que la 25ème ou 26ème génération !!!
Ce qui m’a totalement fait comprendre mon héritage, c’est quand je suis rentré au comité de l’association des tlemceniens : UNAT la Fraternelle.
En 1986 je me rendis avec ma femme Ariane, née MEDIONI à Tlemcen, et ma mère à la synagogue 15, rue des petites écuries à Paris Xème pour la shiva de ma tante Djohar BENHINI, née ENKAOUA. Le rabbin, le regretté Salomon TAPIERO, à la Tébbah me demanda mon nom.Et quand je répondis EPHRAIM ENKAOUA, je sentis qu’un véritable électro- choc eut lieu dans la synagogue. Une fois la prière pour ma tante terminée, toute l’assistance est venue vers moi pour me questionner et savoir d’où je
venais. Je précisais alors que ma mère et ma femme étaient tlemceniènes.
Cela a été encore une très large surprise.
C’est ainsi que je rentrais, le mois suivant au comité de l’UNAT pour y rester 14 années.
Je dois préciser ici que tous les ans à Rosh Rodesh Kislev la Fraternelle organise, avec une très grande ferveur, la Haskara du Rab de Tlemcen et que lors de chaque Kippour il est récité et chanté les prières écrites par le Rab.

En 1987, le professeur MOSHE BAR-ASHER de l’Université hébraïque de Jérusalem, de passage en France pour écrire son livre : LA COMPOSANTE DU JUDEO-ARABE ALGERIEN me questionna. Je lui déclinai mon identité et lui racontai brièvement l’histoire de mon illustre ancêtre. Il me demanda si j’avais la certitude de faire partie de sa famille. Je lui répondis que je ne pouvais être sûr de rien mais qu’une chose était certaine mon grand père s’appelait Ephraïm, son grand père s’appelait Ephraïm et ainsi de suite durant au moins 8 générations. Il me dit alors que c’était exceptionnel, et qu’à nos jours rares sont les familles juives qui peuvent remonter leur généalogie jusqu’à XIIème siècle en Espagne, en passant bien sur par le Maroc, l’Algérie et Tlemcen.
Il continue ainsi : « connait-on les descendants de Rachi, de Maïmonide, et tant d’autres dont le souvenir perpétuel est resté, mais d’on personne ne peut dire :" il fait partie de ma famille ».

Voila, au risque de ne pas vouloir mobiliser la parole mon humble témoignage en ma qualité de descendant du grand RAB de TLEMCEN : EPHRAÏM ELNKAOUA et des illustres Rabbins du même nom qui ont jalonné l’histoire du judaïsme nord africain pendant 6 siècles, et dont aujourd’hui les oeuvres s’étudient et se perpétuent tant en France qu’en Israël.
Une chose est sûre : mon fils Lionel, Samuel, en arrivant en Israël en 2005, lors de son alya a délibérément fait le choix de s’appeler ELNEKAVE.
Je vous remercie.
Fred, Ephraïm ENKAOUA
Centre Communautaire de Paris
Le 5 décembre 2010.

 

 

Commentaires (1)

1. n'kaoua raoul Lun 25 Nov 2013

née le 10 11 1931 à khenchela algerie 
heureux de faire parti de la famille

LE RAB EPHRAÏM ALN'KAOUA

LE RAB EPHRAÏM ALN'KAOUA


(1359 - 1442)

SA VIE


Le Rab Ephraïm Aln'Kaoua qui est inhumé à Tlemcen, est l'un des rabbins les plus prestigieux du judaïsme algérien. Par la noblesse de ses sentiments, l'étendue de son savoir, la fascination qu'il exerçait sur sa communauté, il a été considéré en son temps comme " la lumière d'Israël " et, après plusieurs siècles sa mémoire est toujours évoquée avec vénération.

Né en 1359, à Tolède, l'un des foyers rayonnants de la culture juive en Espagne,Ephraïm Aln'Kaoua est le descendant d'une lignée de rabbins talmudistes et thaumaturges. Son père, Rabbi Israël, Grand Rabbin de Tolède, confia l'éducation de son fils à des maîtres éminents qui lui enseignèrent bien des branches du savoir.

Lui-même étudia la médecine à l'Université de Palencia (Nouvelle Castille).Mais après la Reconquista, l'Espagne vivait une époque troublée. Les tracasseries contre les Juifs étaient entretenues par le Tribunal de l'Inquisition. Des flambées
d'antisémitisme provoquées par le clergé local contraignirent bien des juifs à la conversion ou à l'exil. Ainsi, en 1390 l'archidiacre Don Martinez Fernand d'Ecija du diocèse de Séville, bien qu'excommunié, lança l'ordre aux clercs du diocèse de démolir les synagogues. A Séville aussi, en 1391, une émeute populaire dirigée contre les collecteurs d'impôts juifs entraîna la mort de deux mille personnes. Le père du Rab, Rabbi Israël, convaincu de pratiquer en secret le judaïsme, fut arrêté, jugé et brûlé vif. On raconte même qu’il périt sur le bucher tenant un Sépher Tora à la main. Son frère Rabbi Salomon est mort juste après cela exécuté en martyr. Son autre frère Samuel était décédé quant à lui en 1345. Il y eut plus de 4000 victimes durant cette période qui dura trois mois, et 70 communautés furent anéanties.

Pour échapper à la persécution, le Rab Ephraïm avec tant d'autres abandonna l'Espagne et se réfugia au Maroc. Il fut vite adopté par la communauté de Marrakech. Deux plus tard, il quitta cette ville hospitalière pour se rendre en Palestine et s’arrêta à Honine en Algérie, port où aboutissait la route de l'or et des esclaves, mettant en relation le Soudan à Tlemcen et ensuite le sud de l’Espagne.
Arrivé, en 1393 à quelques lieues de Tlemcen il avait refusé d’enfreindre le Shabbat et de continuer sa route malgré les craintes des membres de sa caravane. L’endroit était fréquenté par des lions et des bêtes sauvages. Convaincu que le Seigneur le protégerait : il y resta donc seul, cependant que la caravane dont il faisait partie s’en allait craignant en plus les brigands des chemins

L’histoire rapporte qu’un Miracle se produisit pour lui à la nuit tombée. Après l’entrée de shabbat, durant la nuit un lion furieux bondit devant le Tsadik. Sans perdre son sang-froid, le Rab Ephraïm Enkaoua vêtu de son taleth, récita un verset du Psaume: «Sur le lion et la vipère tu marcheras, tu fouleras le lionceau et le serpent" (Psaumes 91:13). Tout d’un coup changé, le lion s'approcha
de lui et, d’une démarche majestueuse, il s’agenouilla à ses pieds comme s’il avait été hypnotisé. Il demeura ainsi toute la sainte journée. Par crainte du lion, tous les animaux s’éloignèrent de Rabbi Ephraïm. Il en fut ainsi jusqu’à l’issue du Shabbat : le lion ne l’avait pas quitté. Il s’aperçut alors que ce dernier tenait entre ses mâchoires un serpent dont les extrémités se rejoignaient :
elles étaient liées sur sa nuque comme un licou. Le rabbin comprit ce signe. Il enfourcha le lion, prit le licou en main et arriva à Tlemcen. Ses compagnons, le voyant arrivé ainsi, répandirent la nouvelle comme celle qu’un très grand miracle venait de se produire, d’autant qu’un précédent avait eu lieu : ayant soif le Rabbi Ephraïm avait de son bâton frappé un rocher et une
source d’eau jaillit !!!

Rabbi Makor Baroch relata cet événement en ces termes : « Devant moi ont témoigné des gens dignes de foi qu'ils tenaient de leurs ancêtres le récit de l'arrivée du Rab à Tlemcen, monté sur un lion et tenant dans ses mains les deux bouts du serpent. »

Tlemcen fut de tout temps une capitale et un jardin.
Les Romains la nommaient Pomaria – « vergers » – et les Berbères, qui en firent la capitale du royaume : Tilmisan – « sources », en tamazight. La justement nommée « Perle du Maghreb » est bâtie dans un amphithéâtre rocheux, à quelques dizaines de kilomètres de la mer (on aperçoit par beau temps Béni-Saf), et des cascades chutant de la montagne par paliers successifs font toute la beauté de ce site exceptionnel.
Les Juifs ont vécu là pendant des siècles, probablement depuis l’époque romaine,mais les Mérinides les chassèrent de la ville et ils se regroupèrent hors les murs.
Un événement fortuit améliora leur situation. Le sultan Abou Tachfine dut faire appel à l'art médical du Rab Ephraïm car sa fille se trouvait dans un état désespéré.Le Rab la guérit miraculeusement. Le Sultan demanda alors comment il pouvait le remercier. Il sollicita pour ses coreligionnaires la possibilité de résider dans le centre de la ville, à l’intérieur des murailles, et promit au Sultan, par ce geste, une longue prospérité à toute la région.

A l’époque les juifs habitaient un quartier isolé dit « Agadir ». Ils se trouvaient isolés et exposés, jours et nuits, à la merci de provocateurs, brigands et voleurs, et bêtes féroces. Il demanda ainsi au gouverneur d’accorder aux juifs un terrain grand comme une peau de mouton !!! Stupéfait par cette demande ce dernier accéda à cette requête et fit apporter au Rab la dite peau.
Le Rab se mit à la découper en très fine lanière, longue de plusieurs centaines de mètres. Il put ainsi délimiter dans Tlemcen un terrain suffisamment grand où les juifs s’installèrent et vécurent enfin en paix et en sécurité jusqu’à leur départ définitif en
juin 1962, lors de l’indépendance de l’Algérie. Ce quartier proche du « Méchouar »fut désigné par le gouverneur « El merja » (le lac) Le Rab le médecin officiel du palais royal. Il fut très honoré et respecté tant par le Roi que par son entourage, sa cour et toute la population arabe. Il devint célèbre par ses miracles. La synagogue qu’il fit construire existe encore de nos jours, ainsi que la rue qui porte son nom.

De 1393 à 1962 la petite communauté de Tlemcen compta jusqu’à de dix-sept synagogues.
Entouré de la vénération générale de la population de Tlemcen, après avoir répandu des marques de sagesse et de sainteté, le Rab Ephraïm Aln'Kaoua s'éteignit le 1er Kislev 5203 (13 novembre 1442) à quatre-vingt deux ans.
Il fut inhumé au dehors de la ville, dans un petit cimetière situe en face du vieux cimetière juif sur la route de Hennaya.
Avec la trentaine de membres de sa famille il repose en un lieu de rêve, prédestiné pour traverser l'éternité, au milieu des jardins où l'on ne peut entrer sans émotion, dans un silence à peine troublé par le piaillement des oiseaux. Juste à coté coule une petite source d’eau fraiche.
Au bout d'une allée bordée d'arbres, sur une longue pierre tombale blanchie à la chaux est gravée une vieille épitaphe en hébreu :

" Ici repose celui qui fut notre orgueil, notre couronne, la lumière d'Israël, notre chef et maître, versé dans les
choses divines, homme miraculeux, le Grand Rabbin Ephraïm Aln'Kaoua. Que son mérite nous protège ".

Son tombeau est vénéré tant par les juifs que les musulmans, d’autant qu’à sa mort naturelle, la fille du sultan fut enterrée à quelques mètres de lui.
Et, ainsi sa tombe devint un lieu de pèlerinage qui a attiré les foules d’Afrique du Nord jusqu’à l’Indépendance du Maroc, de Tunisie et d’Algérie.
La Hiloula du Rab y était célébrée en même temps que celle de l’illustre Bar Yohai, le trente troisième jour de l’Omer, bien que la date de son décès soit connue : 1er Kislev.
Cette Hiloula était un événement à Tlemcen, les personnes qui ont assisté en gardent un Souvenir inoubliable, cette fête durait presque huit jours et a donné l’occasion, entres autres d’organiser des rencontres pour de futurs mariages.
Pendant au moins huit jours la population triplait, voire quadruplait de volume, et toutes les familles « s’entassaient » dans les hôtels ou dans les appartements exigus pour la plupart. C’est de là que vient la formule :« on dormait sur la table et sous la table!!!"»
Tous les soirs des grands concerts orientaux étaient organisés. La Mairie organisait un grand bal annuel. C'était vraiment la grande fête : il y avait du monde partout.Dans le cimetière, il y avait en plusieurs endroits des groupes de musiciens de
musique orientale, arabo - andalouse. On dansait, on chantait, on pique-niquait dans les vastes jardins, et aussi près de la source miraculeuse dont on aimait boire l'eau très claire et fraiche. Il y avait des marchands juifs qui vendaient des petites médailles bleues représentant le Rab et des petits sachets de tissu contenant un peu de terre de ce cimetière. Cela portait bonheur disait-on, et chaque étudiant en ,conservait un durant toute l’année et surtout lors des examens.
Au «grand faiseur de miracles », on venait de partout implorer la guérison, la fin de la stérilité, le mariage des enfants, la réussite scolaire et professionnelle etc.
Sur la grande tombe blanchie à la chaux on mettait un morceau de sucre mouillé d'eau et on suçait ce sucre, accroupi, en priant pour la réalisation de ses voeux, ou en remerciant pour les voeux exaucés.Quand on jurait selon l'expression consacrée: "Sur le Rabb de Tlemcen!" c'était au dessus de tout. L’énonce de cette phrase ne souffrait aucune contestation. Cette
expression a traversé les siècles, au point que certains juifs de l’oranie ou d’ailleurs ignoraient, au fil du temps que le Rabb de Tlemcen s’appelait Ephraïm ENKAOUA.

Mais pour confirmer les miracles, Le Rav Messas raconte le fait suivant : "J'ai lu dans le journal « Tov Israël » du 24 mai 1889 qui paraissait à Oran sous la direction de Salomon Ben Ohayon, que la semaine précédente, un notable musulman était tombé malade. Il alla prélever un peu de terre sur la tombe du Rab pour faire un médicament. Aussitôt, il fut pris de tremblements puis s'immobilisa comme paralysé.Il ne pouvait proférer une seule parole. Des musulmans qui le virent ainsi prévinrent des juifs qui firent une prière sur la tombe du Rab. Le notable retrouva alors l'usage de la parole et de ses membres et fut même guéri de sa maladie. Il fit alors des dons importants à la communauté."

Rav Messas raconte aussi : "Un jour que je me trouvais à la synagogue du Rab, une musulmane arriva avec une belle chaîne en cuivre et un grand verre pour en faire une veilleuse en l'honneur du Rab. Elle me raconta spontanément qu'elle avait été très malade et que nul n'avait pu la guérir. Elle eut l'idée d'aller prier et implorer Dieu sur la tombe du Rab à plusieurs reprises et fut alors guérie. Elle s'exprimait avec passion et émotion. Elle installa la veilleuse, l'alluma et s'en alla, satisfaite.
Mais, il y a une suite qui ne peut pas être contestée :
Apres l’indépendance de l’Algérie des travaux publics furent envisagés pour l’agrandissement des routes et ce fut le vieux cimetière juif qui était prévu pour ces aménagements. Mais lorsque les travaux arrivèrent près de la tombe d’un autre grand Tsadik de
Tlemcen : Yossef Alachkar que l’on a appelé « ER-KIESS », l’engin de terrassement se bloqua, et un incident technique important survint par la rupture d’une pièce métallique. il fallut changer de machine, et le lendemain même problème,avec en plus un malaise du conducteur, le troisième jour mise en place d’une nouvelle machine et d’un nouveau chauffeur et bien entendu nouvel incident
mécanique et malaise cardiaque du conducteur. La direction des travaux ne s’expliquait pas ces incidents. Pris de peur et de
superstition les ouvriers cessèrent le travail des qu’une personne âgée leur racontait l’histoire de cette sépulture. A la suite de ces phénomènes un nouveau tracé fut décidé, ainsi actuellement ce tombeau mortuaire est resté à sa place et justifie le miracle de cette histoire véridique.

La communauté juive de Tlemcen a toujours gravité autour de cette tombe et des pèlerinages annuels. Les Juifs y étaient fort nombreux, surtout après l’expulsion d’Espagne de 1492 qui les fit affluer dans cette capitale du Maghreb central. Ils
étaient plus de cinq mille en 1940. La guerre d’Algérie secoua cette paisible communauté : elle eut son lot d’attentats et d’exactions, jusqu’à la débandade finale en 1962. Ils furent huit mille à gagner Marseille la France et Israël. Aujourd’hui il ne
reste plus de Juifs à Tlemcen, et le Rabb Éphraïm Enkaoua ne veille plus que sur nos morts.

A Paris sous l’égide de quelques tlemceniens de pure souche, dont le regretté Joseph Charbit, une association d’originaire à vu le jour :
L’UNAT (Union Nationale des Amis de Tlemcen) dite la Fraternelle.
Cette dernière oeuvre pour le maintien de la liturgie de tous les Rabbins tlemceniens, façonnée au fil, d’au moins six siècles, par les écrits et la vénération du Rab Ephraïm Enkaoua.
D’ailleurs, depuis l’année 1443 et jusqu’à présent et pour toujours, l’UNAT commémore la Haskara du Rab de Tlemcen chaque veille de rosh rodesh Kislev.
De surcroit tous les ans pour Kippour et à d’autres occasions, il est lu et chanté
spécifiquement une prière écrite en araméen par le Rab au XIVème siècle (voir plus bas)

SON OEUVRE

Le Rab a laissé derrière lui de nombreux ouvrages de toutes catégories. Les lettres, les sciences, la médecine, la théologie, la philosophie et la mystique kabbale) ont été étudiés et traités par lui avec énormément de compétence.
Malheureusement, de toutes ses oeuvres, seules quelques maigres manuscrits, comme par miracle, échappés à la force destructrice des siècles, sont parvenus à nos jours.
Le seul livre connu du Rab est "Chaar Kavod Hashem" (A la gloire de l’Eternel). Il traite de philosophie religieuse, des théories de Maïmonide qu'il approuve, de la Kabbale et de la médecine, le tout en langage clair et concis.
Ce traité philosophique nous renseigne sur la finesse de sa pensée, et son testament religieux reste d'une étonnante actualité : "Je vous laisse deux sources :
la source d'eau pour fortifier votre corps et la source de la Tora qui symbolise la vie éternelle. La source d'eau offerte par la volonté de D... et la source de la Tora qui demande la bonne volonté de chacun de nous ".
Le Rab a également composé un chant araméen sur le Kaddish de Kippour et un autre chanté après la Haftara et commençant ainsi : "Maître du monde, Toi qui est au dessus de toutes les créatures, ...". Ces chants figurent dans le rituel de prières de Tlemcen (édition de Livourne).
Rares sont les Tlemceniens qui ignorent la vie du vénéré Rab de Tlemcen, même si histoire et légende y donnent souvent libre cours, sans qu'on puisse toujours distinguer l'une de l'autre, les grandes lignes de son existence sont bien connues.
Ce que l'on connaît le moins c'est l'action en profondeur menée par le Rab Ephraïm Aln'Kaoua pour doter sa communauté de toutes les institutions nécessaires à l'existence d'une Kéhila. Cette activité nous est rapportée par le célèbre rabbin voyageur du XVIIIème siècle Haïm Joseph David Azulaï.
Synagogues, maisons d'étude, écoles rabbiniques, écoles élémentaires, bains rituels, fours rituels (pour les matzots), maisons de retraite, rien ne devait manquer, grâce aux initiatives persévérantes de son Rab à la communauté ainsi développée.
Mais c'est surtout au Beth-Din (tribunal rabbinique) que le Rab devait réserver l'essentiel de son attention. Essentiel pour l'exercice des actes religieux - mariages, divorces, abattage rituel - le Beth-Din devait rendre des services remarquables à la communauté de Tlemcen.

Alors que jusque là, les Juifs avaient dû recourir aux tribunaux musulmans, avec tous les aléas liés à la plus ou moins bonne volonté des musulmans -sans oublier les inévitables pots-de-vin et "bakchich"-, désormais, c'est le Tribunal Rabbinique créé par le Rab qui devait remplir activement son rôle, tant dans les affaires civiles que pénales, pour Tlemcen et pour toutes les communautés environnantes. A la tête de ce tribunal composé de cinq "Dayanim" (juges) devait siéger Rabbi Yéchoua Halévi Kanfonton. Auteur d'un précieux guide pour l'étude du Talmud :
"Les voies de la Guemara" (Darke Haguemara), Kanfonton influença un autre grand maître de Safed, le célèbre Joseph Caro, auteur de notre code des trois Choulkhan Aroukh. Il fut enterré à proximité immédiate de la famille du Rab. Sa tombe devait être découverte il y a plus de cinquante années par le Dayan de Tlemcen Rabbi Joseph Messas.

Des relations singulières devaient s'instaurer entre le tribunal, l'école du Rab de Tlemcen et les autres communautés d'Afrique du nord et même de pays plus éloignés. Mais ces relations furent particulièrement étroites avec la communauté d'Alger qui avait pu bénéficier depuis 1392 du guide exceptionnel en la personne du Ribash (Isaac bar Sheshet Barfat, 1326 - 1408) et du Rachbatz (Simon bar Semah Duran, 1361 - 1444). Ce dernier avait la particularité d'être comme le Rab de Tlemcen, à la fois rabbin et médecin.

Le Rab de Tlemcen eut deux enfants : Rabbi Yehouda et Rabbi Israël. C’est à ce dernier, l’ainé, qu’il dédia son oeuvre « Chaar Kavod Hashem » : « Entrée à la gloire de Dieu » contenant des réponses aux critiques de Nahmanide sur le guide des égarés de Maïmonide, dont certains manuscrits existent à la Bodléian Library d’Oxford Rabbi Yehouda épousa la fille de Rabbi Semah Duran fils du Ribash. Il est l’auteur du livre « Yakhin ouBoaz ». Il a vécu a Tlemcen et Mostaganem.
Rabbi Israël eut un enfant qu’il nomma Ephraïm (du nom de son père).
C’est certainement de eux deux que descendent tous les ENKAOUA, ANKAOUA, ENCAOUA, ANCAOUA, N’KAOUA, ELNEKAVE et autres graphies du nom tant d’Algérie, que du Maroc, d’Israël et du monde entier, et bien entendu l’illustre
Réphaël ENCAOUA de Salé (1848-1935).
Selon Abraham Encaoua (fils de Mardochée/ Oran 1812-1890) qui écrivit le « Zébahim Chelemim » « offrandes de paix » destiné aux shohatim ou sacrificateurs, le Rab de Tlemcen aurait eu un troisième fils : Salomon voire un quatrième Yehuda ?
De passage à Tlemcen pour 3 années, vers 1850, il eut comme élève le futur Grand Rav de Tlemcen Haïm Bliah qui publiera en 1902 à Tunis l’édition commentée du séfer « Chaar Kavod Hashem » du Rab de Tlemcen. Une nouvelle édition parut en 1986 à Jérusalem. Il est dit que quiconque détient ces écrits bénéficie de la protection de Hashem et du Rab Ephraïm Aln’Kaoua.
Cette édition de 1902 put voir le jour avec le concours précieux et prestigieux du célèbre Rabbin allemand : Rabbi Salomon Buber et grâce à l’aide de deux élèves rabbins
: Abraham Bensamoun et Samuel Sultan (1864-1942), grand-père maternel de ma mère née Laïk à Tlemcen. Ce dernier fit le voyage à Londres pour retranscrire et ramener les écrits du Rab qui étaient déposés depuis des décennies à la Bodléian Library d’Oxford.
Cependant le manuscrit de la dite bibliothèque avait été édité pour la première fois aux Etats Unis par En-Elo.
Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, les descendants du Rab de Tlemcen devaient jouer un rôle prédominant comme rabbins et dirigeants de la communauté d'Alger. C’est à compté de cette période qu’une branche de la famille émigra vers d’autres
cieux, dans toute l’Afrique du Nord et principalement :

- à Oran : les ANKAOUA et ENKAOUA dont je suis issu : Ephraïm ENKAOUA fils de Samuel né à Alger en1761, mort à Oran en 1855 à l’âge de 94 ans !!! C’est certainement de lui que découle toute la branche oranaise qui formerait une seule et même famille. Dans ma propre généalogie, je retrouve depuis le début du XVIIIème
siècle une lignée : Samuel-Ephraïm, et ainsi de suite sur huit générations, jusqu’à mon fils Lionel-Samuel né en 1975 et vivant à Jérusalem,
- au Maroc : les ENCAOUA dont est issu Réphaël et dont la descendance se retrouve en Israël, au Venezuela et bien entendu en France.
Le grand Rabbin Achel Haddas Lebel eut le privilège au XXème siècle, d'exercer son ministère dans les deux communautés d’Alger et de Tlemcen. Mais c'est dans cette dernière qu'il aura eu ses plus grandes joies, celles de poursuivre et de développer au sein de la synagogue, de l'école et de la Yéchiva qui portent le nom du Rab de Tlemcen, l'oeuvre qui fut si magnifiquement commencée en cette fin du XIVème siècle et poursuivie au fil des siècles. Quelle plus belle satisfaction d'avoir pu, sans relâche, enseigner la Torah à des centaines et des centaines d'élèves, dans cette belle ville de Tlemcen baignée par les sources de la Tafna, mais aussi
arrosée par les sources inépuisables de la foi, de la tradition et de culture du Judaïsme.


                                                                                                                   

30 Novembre 2010
                                                                                                                   

 Ephraïm, Alfred ENKAOUA

    (fils de Samuel 1911-1985, et petit fils d’Ephraïm 1868--1916)
                                                                                   

 

Commentaires (3)
 

1. ENKAOUA ALFRED Sam 24 Nov 2012

Merci à vous Aceval et Nicolas d'avoir commenté mon texte sur le "RAB de TLEMCEN" dont la renommée a été quasi permanente du XIVème siècle à nos jours.
Nicolas, pour répondre à votre question, je viens de vous écrire un mail. N'hésitez pas à m'appeler si vous le souhaitez.
Amitiés à vous deux et encore merci
A. ENKAOUA

 

2. Chaumely Mer 21 Nov 2012

Bonjour,

J'ai beaucoup aimé votre texte qui m'a appris énormément de choses.

Mon épouse Carole née Saïer est la petite fille de Sultana Encaoua dont le grand père était le rabbin Abraham An Kaoua.

L'histoire familiale relie la famille au Rab de Tlemcen mais je peine à trouver des éléments généalogiques pour remonter d'Abraham à Ephraïm...

...si vous avez des pistes, je vous remercie d'avance.

Cordialement

Nicolas

 

3. Aceval Nora (site web) Dim 11 Nov 2012

Conteuse franco-algérienne, hier à Paris où je contais dans une bibliothèque, j'ai rencontré Juliette originaire de Tlemcen. Elle me conta une brève légende du Rab de Tlemecen. Grâce à votre article j'en connais un peu plus. Je suis toute émue... Merci! L'histoire de Juliette est très proche quant à l'arrivée du rabbin aux portes de Tlemcen!

les rabbins

Pour les Rabbins d'Algérie au XIXe siècle, consulter le"Dictionnaire biographique des rabbins et autres ministres du culte israélite - France et Algérie - du Grand Sanhédrin (1807) à la loi de Séparation (1905)" (Berg International Editeurs).

 

 

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Election du Grand Rabbin de France

Notre association est fière de vous annoncer que le Grand Rabbin de France ´Haïm KORSIA est membre d'honneur de MORIAL.

Elu dimanche dernier par l'Assemblée Générale du Consistoire Central, nous lui adressons nos félicitations.

Né à Lyon en 1963, le Grand Rabbin ´Haïm Korsia est Aumônier général israélite des Armées depuis 2007.

Diplômé de l'Ecole Rabbinique de France, il fut le Rabbin de Reims de 1988 à 2001, il a été un proche collaborateur des Grands Rabbins de France, Joseph Sitruk et Gilles Bernheim à qui il succède.

Entré en fonction le jour même de son élection, le Grand Rabbin de France ´Haïm Korsia s'est aussitôt rendu à Lyon avec le Président du Consistoire Joël Mergui pour l'inauguration des 150 ans de la Synagogue lyonnaise du quai Tilsitt.
 

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