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Bienvenue sur le site de l’association MORIAL

Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

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L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
Square Bresson
Lycée E.-F. GAUTIER D'ALGER
Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
MEDEA - Le Café de la Bourse
Guyotville - La Plage

Albert Camus est né le 7 novembre 1913 à Mondovi, près de Bône, en Algérie, il est mort, comme il disait souvent, scandaleusement dans un accident de voiture, le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l'Yonne en France.

Très brièvement,  je tiens à rappeler quand se situe au cours de la vie d'Albert Camus, ce qui n'a été que rarement dit, le laps de temps pendant lequel en Algérie, il a été enseignant.

C’est à Oran du début de l'année 1940 à fin 1942 qu'il a trouvé l'accueil et le réconfort de nombreux amis, ce dont il avait si grand besoin, dans le milieu des intellectuels de cette ville auquel il s'est aussitôt complètement intégré.

C'est également à Oran, peu de temps après son arrivée qu'il a rencontré Francine Faure sa seconde épouse.

Je suis parisienne, née dans le 10e arrondissement, et méditerranéenne parents originaires d'Algérie. De ce fait, d'innombrables fois ai-je entendu ma mère évoquer ce pays dont elle avait gardé la nostalgie depuis qu'elle en était partie pour vivre à Paris au lendemain de son mariage.

Ce pays j'allais le découvrir de 1941 à fin août 1945, l'ayant quitté, la seconde guerre mondiale terminée.

C’est donc le 16 octobre 1941 que mes parents prirent la décision de fuir la capitale après 18 mois sous l'occupation allemande, dans l'espoir d'échapper au pire.

Le départ, périple périlleux, passage de la ligne de démarcation, Lyon, Marseille, le bateau, la traversée, la Méditerranée si belle, si bleue, après deux jours et deux nuits les côtes d'Afrique du Nord et apparaissant de plus en plus nettes, les maisons blanches se détachant sur l'azur du ciel, à la marine le débarquement, enfin l’'arrivée à Oran.

Très vite me concernant, il fallut penser à ce que je réintègre les cours largement commencés. 

Aussi ne pouvant être admise au lycée d'Etat, le numerus clausus relatif aux lois raciales instauré en France par Pétain, appliqué en Algérie, et le quota de 2 % d'élèves juifs à ne pas dépasser déjà atteint, qu'allais-je faire ?

Heureusement un cours privé venait d'être créé par un professeur de philosophie éjecté sans ménagement du lycée en vertu de la même loi, André Bénichou (le père de Pierre) ami d'Albert Camus.

En m’accordant la chance de compter parmi les élèves privilégiés de son cours, cet homme me permit de poursuivre mes études et d'obtenir mon bac. Dans ce cours une clause sévèrement et fréquemment contrôlée par la police de Vichy exigeait qu'il n'y ait pas plus de cinq élèves par classe.

La chance ai-je dit ! Effectivement,  l'élite intellectuelle de la ville, professeurs exclus  eux aussi, s'étaient ralliés à ce cours pour y faire un enseignement de qualité.

Un amiral enseignait la physique, un médecin les sciences naturelles, un professeur ayant fui l'Espagne de Franco enseignait l'espagnol, la langue anglaise était enseignée par un Anglais venu de Londres, les maths et l'histoire par des professeurs d’un haut niveau.

En français, l'enseignant faisait des cours d'un genre inhabituel, et s'il n'était pas encore célèbre, il avait paru brillant aux trois filles et deux garçons d'une des classes préparant au premier bac, dont je faisais partie.

De nous cinq, aucun ne savait qui était ce jeune homme de 27 au 28 ans et pourtant lequel pourrait avoir oublié son entrée lorsque la première fois nous l’avions attendu intrigués ?

Une entrée en trombe, une façon hâtive de s'asseoir sur la chaise la plus proche, là maintenant en équilibre instable, une précipitation à entamer le dialogue, en se balançant, à présenter le programme et l’enseignement tel qu'il le concevait.

Albert Camus allait nous transporter vers des hauteurs inattendues. 

L’expression franche, le regard fulgurant, l'allure toute entière avait révélé le personnage et ses dires avaient annoncé des cours d’un niveau exceptionnel.

Il s'exprimait avec brio. Lorsque le cours allait se terminer, nous avions l'impression qu'il venait de commencer. Alors, sur un petit nuage, enthousiaste, je rentrais vite à la maison pour clamer à ma mère, de la porte, le plaisir que j'avais éprouvé à écouter ce professeur d’un style particulier.

Un jour il fut décidé que chacun de nous aurait à faire un exposé sur un sujet donné et devrait ensuite à tour de rôle le présenter aux autres oralement. Nous étions déjà tous très émus à l'idée de nous produire, que serait-il advenu si nous avions su par quel homme nous allons être jugés. Aurais-je eu alors le courage d'évoquer "André Gide et son œuvre" le sujet qui m'était échu ?

Pour rédiger ces quelques pages, j'avais du lire certains ouvrages de l'auteur, fouiner à la bibliothèque, travailler le soir tard à la faible lueur d'une lampe à pétrole dans la pièce de la terrasse où nous habitions depuis peu. Feuilles éparses sur ma petite table, piles de livres à droite et à gauche à même le sol, je m'étais prise pour un écrivain.

Je reverrai toujours ce couloir étroit que l'on devait emprunter à la sortie du cours m’y engageant encore troublée par l'exposé que je venais de faire et l'ovation qui s’en était suivie, Albert Camus se hâtant derrière moi pour me féliciter et me demander un exemplaire dédicacé.

Une épidémie de typhus sévit à Oran en 1942, l'année pendant laquelle Albert Camus séjournait encore dans cette ville.

Chaque matin, en prenant nos places respectives, avant de dire le moindre mot, nos regards se croisaient interrogateurs et inquiets, trahissant la crainte d'une nouvelle tragique. Lequel de nous cinq allait révéler le décès de l'un des membres de sa famille, un père, une sœur, un oncle, un ami ? On avait l'impression qu’un sort malin désignait au hasard le malheureux qui devait mourir, et l'atmosphère animée  d'ordinaire dans cette de classe devenait lourde et pesante.

Nous avons une photo de mon petit frère, la tête complètement rasée tel que l’'exigaient les mesures d'hygiène appliquées dans les écoles aux jeunes enfants. On limitait ainsi la propagation du fléau. Éviter les salles de spectacles, les agglomérations, tous les endroits susceptibles de favoriser la contagion était une autre mesure préconisée à l'ensemble de la population. La terreur du pou typhique blanc avec un trait sur le dos nous obsédait.

Il est fort probable que cette épidémie ait inspiré à Albert Camus son œuvre "La Peste"

Ce qui m'est arrivé plus tard peut conforter cette supposition. Les Américains avaient débarqué en Algérie le 8 septembre 1942. Une fois installés, ils craignaient énormément les épidémies et se méfiaient exagérément des gens qu’ils embauchaient, exemple se méfiaient-ils des étudiants qui obtenaient un emploi dans leur armée le temps des vacances universitaires.

Ce fut mon cas, affectée dans un hôpital de campagne, aux admissions, dans une des tentes où se trouvait l'infirmerie, j'avais été vaccinée contre la peste. Je me suis toujours souvenue de cette énorme bubon qui s’etait formé à l'endroit de la piqûre, au gras du bras et m'avait tant fait souffrir. 

En avril 1943 aux vacances de Pâques, j’eus l'occasion de connaître la Côte, de pique-niquer sur une plage au cours d'une journée d'excursion et de découvrir à l'intérieur du pays, la campagne algérienne que je qualifie dans mon autobiographie, d'indéniablement belle avec ses champs d'oliviers, ses orangers, ses citronniers, ses fleurs aux couleurs vives. Mon ébahissement au comble, la terre était rouge !

Cette terre dont Albert Camus précise la couleur rouge à propos des pelletées jetées sur le cercueil de sa mère dans l'Etranger.

Et, de l'extrémité du grand balcon de notre nouvel appartement, la vue incomparable : une avancée de terre rouge battue par les vagues, flamboyant au soleil, sur un fond de ciel toujours bleu. Et combien j'ai adoré à Alger, arpenter le front de mer, ce grand boulevard face à l'immensité de cette incomparable couleur bleue.

Et les faubourgs avec leurs magnifiques jardins dominant la baie d'Alger. 

La mer, le soleil, la lumière, la chaleur, la blancheur, le chant des cigales, la végétation luxuriante, l'Algérie la terre de mes ancêtres, comme lui je l'ai aimée, je l'ai écrit, j'aurais tant voulu qu'il l'ait su.

Renée Birman

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