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Bienvenue sur le site de l’association MORIAL

Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

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L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
La Grande Poste d'Alger (Photo J.P. Stora)
Square Bresson
Lycée E.-F. GAUTIER D'ALGER
Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
MEDEA - Le Café de la Bourse
Guyotville - La Plage

Bougie - La Ville Haute - Vue à travers les oliviersLe 13 Novembre 1912, le petit port de Bougie en Kabylie reçoit les derniers rayons du soleil couchant.  L’automne est tiède et l’on n’appréhende pas l’hiver. Ici comme chaque année, on sait qu’il sera doux ; pourtant à quelques dizaines de kilomètres au sud, les montagnes du Djurjura seront bientôt couvertes de neige.

La ville qui s’étale autour de la baie, pénètre dans les terres en terrasses successives en s’accrochant à la pente qui s’élève rapidement vers la montagne toute proche.  Le soleil a presque disparu, et la ligne de crêtes qui domine au loin la cité, s’illumine de pourpre, de rose et de mauve.

Dans une ruelle bordée de maisons blanchies à la chaux, une porte ouverte laisse passer la lumière d’une lampe à pétrole,  la maison haute d’un étage, possède comme presque,  toutes celles du quartier une terrasse sur laquelle du linge sèche, pendu sur trois rangées de fil.  Dans cette rue plutôt calme, l’animation qui règne devant la maison est inhabituelle.

Des personnes vont et viennent, passant le seuil de la porte pour pénétrer dans une pièce, pas très grande, où sont assises autour d’une table, des femmes et le long des murs, des hommes debout, ils fument en regardant les enfants qui jouent sur le sol. On sert du café et l’on mange des petits gâteaux.

Près d’une porte fermée, dans le fond de la pièce, assis sur un tabouret, un homme, silencieux semble ignorer ce brouhaha. Puis soudain une porte s’ouvre, une femme aux formes généreuses apparait et le bruit cesse aussitôt. S’adressant à l’homme assis elle proclame à haute voix : "c’est un fils ! Léon c’est un fils !  Maazel Tov !"  Maazel Tov ! Maazel Tov ! Répète l’assistance.

David, le dernier né des sept enfants de Léon venait au monde.

Ce soir, au fournil, Léon demandera à son patron un peu plus de farine pour pétrir de ses mains vigoureuses, le pain de la fête.

Homme honnête et courageux, Léon pique de temps en temps de belles colères que son caractère ombrageux oublie rapidement. Il observe les préceptes du judaïsme plus comme un respect de la tradition, qu’investi par une foi profonde ; chaque fête importante est l’occasion d’affirmer la cohésion familiale et la pérennité de ses origines.

La famille de Léon est installée dans un quartier où cohabite une population composée de Kabyles, d’Arabes, de Français, de Napolitains, de Maltais et de Juifs.  Le contact permanent entre les uns  et les autres a façonné avec le temps un mode de vie qui emprunte à chacune des communautés, des coutumes et des habitudes diverses, ce qui favorise la compréhension entre les cultures différentes et une certaine cordialité dans la vie et les rapports de chaque jour.

C’est au milieu de ce mélange de population coloré que David fait ses premiers pas.

Chez les Dayan on est fier d’être Français, Léon et sa femme Rosalie élèvent leurs enfants en se référant aux valeurs françaises. En effet, depuis 1870 la loi Crémieux a donné la citoyenneté française aux juifs d’Algérie et la France a pour eux,  toutes les vertus de  la mère patrie, car le sentiment patriotique est sincère et profond.

David a un an quand ses deux frères ainés, Emile et Salomon sont  mobilisés en novembre 1914. Ils embarquent pour la Métropole, Salomon ira à Verdun et Emile à Douaumont.

 

Bougie - Vue sur la Ville, prise de la Route du FortChaque jour à 17 heures, Léon se rend à la boulangerie ¨Etienne¨, il lui faudra un quart d’heure de marche par une ruelle qui descend, entrecoupée en plusieurs endroits par quelques marches, pour arriver à son travail.  Ce parcours que Léon accomplit chaque jour est le siège d’une activité commerciale colorée, bruyante, et pittoresque.

La ruelle est encombrée par une multitude de petits étalages présentant des produits de toutes sortes. Des montagnes de melons et de pastèques posés à même le sol empiètent cet étroit passage. Pourtant cela n’empêche pas les bourricots lourdement chargés qui montent ou descendent de se frayer un passage au milieu d’une foule qui déambule achète ou palabre.

C’est justement en arrivant au fournil qu’un matin, deux mois après le départ de ses deux garçons pour le front en métropole, que deux gendarmes lui passent les menottes et le conduise à la gendarmerie pour insoumission à l’autorité militaire. Léon explique au lieutenant qui l’interroge, que père de  sept enfants, dont deux sont mobilisés en France, il n’était pas mobilisable selon la loi. C’est exact, lui répond l’officier, mais pour cela il fallait en aviser les autorités et rédiger les documents.

Léon eu beau s’excuser, protester, le gradé se montre inflexible. Léon fut donc mobilisé d’office et envoyé deux jours plus tard à Tunis à la caserne Saussier comme boulanger, au 4ème régiment de zouaves.

A Bougie, la mobilisation de Léon est dramatique pour Rosalie et ses cinq enfants à élever. Les filles aident bien à la maison, mais sans ressources Rosalie doit travailler dans une maison bourgeoise où elle fait le ménage et lave le linge.  Ce travail est pénible, Rosalie épuisée tombe malade et meurt quelques mois plus tard sans avoir revu Léon.  Les enfants sont recueillis par les voisins qui préviennent les deux sœurs qui vivent à Alger de la situation.

Partagés entre leurs tantes, les enfants attendront le retour du père en 1918.

Quand Léon arrive à Alger, il est hébergé ainsi que ses trois plus jeunes enfants chez une cousine éloignée.  Avec le temps le climat familial se reconstitue car la cousine Reine devient une vraie maman pour les enfants, surtout pour le petit David qui n’a que cinq ans. Alors, commence une époque heureuse, les enfants grandissent et Léon retrouve une nouvelle compagne dans la nouvelle maman de ses enfants.
 

ALGER, rue Montpensier, sortie des écoles

La famille habite au deuxième étage d’un immeuble qui en compte six. C’est le dernier bâtiment européen de la rue Montpensier, la casbah commence juste après, avec la ruelle du rempart Médée

Comme la plupart des ruelles qui serpentent dans la ville arabe, elle est étroite avec dans cette ville bâtie à flanc de coteaux, quelques marches d’escaliers à intervalles réguliers. Les bourricots qui assurent l’essentiel du transport des marchandises ont bien du mal à gravir toutes ces marches, lourdement chargés de leur fardeau.

Face à l’immeuble, de l’autre côté de la rue, l’école communale accueille les enfants du quartier. C’est un grand bâtiment dont la façade ocre jaune est éclairée par de hautes fenêtres, ce qui lui donne une allure un peu austère. La joyeuse clameur qui accompagne chaque jour la sortie des écoliers fait partie des bruits familiers auxquels le voisinage s’est habitué.

Le quartier Montpensier est situé sur les hauteurs de la ville d’Alger, on y accède par l’avenue Rovigo. C’est une voie importante qui, depuis le bas de la ville, monte en lacets jusqu’au sommet de la colline vers la Bouzaréah.  Au milieu de cette rue un tramway assure le transport des voyageurs entre les stations qui jalonnent cette avenue. 

 

Il existe aussi l’itinéraire pittoresque des escaliers du boulevard Gambetta qui mène vers le bas de la ville dans les rues commerçantes, le centre historique d’Alger, la place du Gouvernement avec la grande mosquée blanche et la statue équestre du Duc d’Orléans, symbole de la conquête de l’Algérie.

 

Dans le quartier populaire Montpensier qui jouxte le quartier arabe, le mélange de la population originaire de toutes les communautés crée un  climat favorable à la compréhension et  une assez  bonne entente   entre les différentes cultures. Très souvent la chaussée se transforme en terrain de football pour des matchs  âprement disputés, sous l’œil  intéressé des passants.  Le jeune David se mêle aux jeux des enfants de son âge mais aussi des plus âgés. C’est au pied de son immeuble dans cette rue vivante, colorée et tellement riche d’événements, qu’il observera et apprendra des quantités de choses qui  formeront  son comportement, ses réflexes, pour faire face aux situations imprévues qu’il devra affronter dans sa vie.

David ne se plaît guère à l’école. La discipline est difficile à supporter et à la maison, les parents accordent assez peu d’importance aux études. Ils sont persuadés qu’avec un bon métier on est assuré de gagner sa vie, les ambitions ne vont pas plus loin. C’est donc dans la rue qu’il apprend l’arabe un peu d’italien, d’espagnol, mais c’est sur le port qu’il commence à comprendre avec ses copains, quelques mots d’anglais lorsque du pont de leur bateau, les passagers et les marins leur jettent quelques schillings, que les enfants récupèrent en plongeant  pour les attraper avant qu’ils n’atteignent le fond,

Désertant de plus en plus souvent les bancs de l’école pour la pêche aux oursins ou la chasse aux schillings dans les bassins du port, il oublie définitivement à 12 ans le chemin de la communale située pourtant juste en face de chez lui.

Chaque jour, Reine prépare le repas que Léon emporte pour son dîner au fournil. Il est seize heures quand il quitte la maison. En arrivant à la boulangerie, il salue la patronne qui sert les clients, puis derrière la caisse il franchit la porte qui conduit à la réserve et ensuite au fournil. Un jeune commis arabe prépare le bois pour le four  pendant que Léon revêt sa tenue de travail ; un pantalon de toile claire et un maillot de corps.

Après avoir préparé tous les ingrédients nécessaires au travail de la pâte, Léon va chercher dans la réserve, les sacs de farine de cinquante kilos qu’il porte sur le dos pour les déposer  près du grand pétrin de bois sombre.  

A 19 heures il commence à mélanger dans le pétrin,  la farine, l’eau, le sel, et le levain prélevé sur la pâte de la veille.  Il mélange ces éléments à la main et corrige le dosage, en ajoutant un peu d’eau que puise son mitron dans une grande cuve de métal, à l’aide d’un récipient en terre cuite. Le pétrissage commence, c’est une masse de  plus de vingt cinq kilos qu’il faut écraser, aplatir, allonger, comprimer pendant près d’une heure courbé sur le pétrin.  C’est un travail de force qui exige un effort mesuré et régulier. Lorsque la pâte présente une certaine consistance, elle est déposée sur un large plateau de marbre blanc sur lequel Léon continue à la travailler encore un moment. Puis il place le bloc de pâte ainsi obtenu dans un grand panier rond  dont l’intérieur est garni de toile. Il recommence les mêmes opérations pour remplir ainsi de suite cinq paniers.

Il fait chaud dans le fournil et les gouttes de sueur dégoulinent dans le cou de Léon.  Après le deuxième panier, il fait une pose pour dîner, il a bon appétit et rien ne reste dans la gamelle, la cuisine de Reine est bonne. Quand le dernier panier est rempli, il coupe des morceaux sur la pâte reposée qui commence à lever. Puis il façonne à la main des pains longs ou ronds, qu’il dépose dans des pannetons en osier garnis de toile de jute.

Vers trois heures et demie du matin, pendant que les pains se développeront dans les pannetons recouverts par une grande pièce de toile, Léon pourra dormir deux heures allongé sur quelques sacs de farine. Pendant ce temps, le mitron allumera le four et procédera au nettoyage des ustensiles et du pétrin. 

Quand Léon se réveille, le four est prêt les pains bien développés ; il  dépose alors l’un après l’autre sur la pelle de bois à long manche, chaque pain qu’il scarifie d’un geste précis à l’aide d’une petite lame. Cette opération est la signature du boulanger, de ce geste dépend la forme finale et l’aspect de la croute dorée qui ourle le dessus du pain en vagues croustillantes.

Le mitron ouvre la porte du four et Léon place chaque pain dans l’ordre établi sur la sole brûlante à l’aide de la grande pelle qu’il manœuvre avec aisance.

La première fournée sera prête dans trente minutes, les autres suivront à la même cadence.

Il fait encore plus chaud et l’odeur du pain cuit envahit maintenant  le fournil, puis le magasin  et s’évade jusque dans la rue,  alors qu’elle va lentement s’animer avec la naissance du jour.

Claude Dayan le 22 mai  2019-05-22

                   

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Commentaires   

0 # Nabil Ziani 27-06-2019 12:20
L'histoire commence à Bougie. Mais rien n'est dit de cette ville, du quartier ou des noms de rues. Donc, impossible à situer. Dommage, car ça m'aurait aidé à m'identifier avec cette histoire. Merci quand même d'avoir ainsi évoqué ma ville.
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