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Notre objectif : sauvegarder et transmettre la mémoire culturelle et traditionnelle des Juifs d'Algérie. Vous pouvez nous adresser des témoignages vidéo et audio, des photos, des documents, des souvenirs, des récits, etc...  Notre adresse

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L’ensemble de la base de données que nous constituons sera  régulièrement enrichie par ce travail continu de collecte auquel, nous espérons, vous participerez activement.  L'intégralité du site de Morial sera déposée au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris, pour une conservation pérenne .

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Témoignages

 

Félix Jaïs : un évènement oublié de l’histoire de l’Algérie française

L’évènement : le sacrifice de l’interne en médecine Felix Jaïs

Il se déroula en 1898, au moment de l’affaire Dreyfus, lors d’une des graves épidémies de typhus, fréquentes en Algérie à cette époque.

Félix Jaïs (né à Alger le 03/10/1872 - mort le 01/02/1899)

Interne des hôpitaux d’Alger, Félix Jaïs, se porte volontaire au chevet des malades regroupés dans un des centre de soins les plus exposés : l’ambulance d’El Kettar.

Après un premier volontariat avec ses camarades internes catholiques, il fut exclu des distinctions accordées à ses camarades, en raison de sa confession juive dans une Algérie à l’époque fortement antisémite.

Il demanda un second volontariat au cours duquel il contracta la maladie qui devait l’emporter, à l'âge de 27 ans.

 

Circonstances de la transmission du document                                

Eugène Jaîs (1880 - 1967)

Eugène Jaïs, Docteur en Médecine, Pharmacien, Colonel de réserve, ancien Président de l’union des anciens combattants pour la section Algérie, décoré de la légion d’honneur à titre militaire, a tenu à conserver le souvenir de cet événement dont son frère ainé était l’enjeu.

Il a regroupé les pièces constituées des extraits de presse de l’époque et des condoléances reçues et les a transmis à ses petits-enfants* afin que soit préservée la mémoire de ces faits dramatiques : un événement de l’histoire de l’Algérie française.

 

Cette affaire déclencha des débordements de passion entre pro et anti dreyfusards comme en témoignent les extraits de presse de l’époque (deuxième partie de ce texte)

Drumont était alors le député d’Alger et les catholiques antisémites étaient nombreux.

Il y eu des manifestations de rue lors de l’enterrement, et un retentissement émotionnel en métropole.

L’extrait de presse concernant l’évocation en cours de séance à l’assemblée nationale du décès du Docteur Jaïs et les nombreuses condoléances envoyées à sa veuve par des personnalités illustres dont Clemenceau ou Louis Barthou montrent l’ampleur de l’émotion.

*Ses petits-enfants : le Docteur Jean Morali et Pierre Jaïs

 

Bibliographie : extraits de presse

LA VIGIE ALGERIENNE, samedi 28 janvier 1899

" Victime du devoir,

L’on se souvient de l’épidémie de typhus survenue à Alger, en février 1898. Afin de prodiguer des soins nécessaires aux nombreux malades qui affluaient alors à El-Kettar, la préfecture a fait appel au dévouement des internes de l’Hôpital de Mustapha.

MM. Bassaget, Gilot, et Jaïs, cédant à des sentiments les plus louables s’offrirent, et prirent le service dangereux qui leur était confié.

Deux de ces étudiants, MM Bassaget et Gilot, après un séjour de six mois à l’ambulance, séjour qui leur a valu la médaille d’argent , certes bien méritée, se remirent à leurs études médicales, laissant les typhiques aux soins de leur camarade Jaïs, qui, sur sa propre demande, gardait encore le poste périlleux que seuls des sentiments humanitaires lui faisaient conserver.

Un an s’est écoulé, sans que jamais on ait entendu prononcer le nom de ce dévoué, qu’une circonstance des plus malheureuses, nous fait seulement connaitre aujourd’hui. L’étudiant Félix Jaïs qui jouissait de l’estime de ses camarades d’hôpital et de l’affection du personnel de l’ambulance d’El-Kettar est en ce moment atteint du typhus.

La maladie qu’au péril de sa vie il s’efforçait de guérir aux autres, l’a mis dans un état tel que l’on craint fort une issue fatale.

Nous ne saurions donc trop lui souhaiter un prompt rétablissement qui le rendra à l’affection et a l’estime des siens et de tous ceux qui admirent en lui des sentiments de devoir et d’humanité."

VIGIE ALGERIENNE, lundi 30 janvier 1899

Le gouverneur général s’est ensuite rendu dans le pavillon où se trouve en traitement M. Jaïs qui, depuis le mois d’avril dernier remplit les fonctions d’interne à l’ambulance.

Le typhus n’a pas épargné ce jeune homme et, aujourd’hui son état inspire les plus vives inquiétudes.

M. le Gouverneur Général, lui a adressé des paroles réconfortantes et lui a remis une médaille de vermeil accordée par M. le Ministre de l’intérieur, sur la demande que lui en avait faite M. Laferrière, pat télégramme.

M. Brillet, a remercié M. le Gouverneur Général en lui assurant que le corps médical tout entier serait très sensible à cette marque de sollicitude accordée à l’un de ses membres frappé au chevet des malades qu’il soignait avec abnégation.

Nous nous associons aux remerciements de M. Brillet, et faisons à nouveau, des vœux pour le prompt rétablissement du jeune étudiant Jaïs, victime de son dévouement, de son courage et de son zèle.

La remise officielle de la médaille d’honneur a été véritablement touchante. Le malade que l’émotion étreignait, a répondu d’une voix faible aux félicitations de M. Laferrière :

"je vous remercie Monsieur le Gouverneur général : je n’ai fait que mon devoir, je suis heureux de l’avoir accompli."

Les personnes qui assistaient à cette scène ont été vivement impressionnées par ces nobles paroles, bien dignes de ce vaillant qui a fait le sacrifice de sa vie pour essayer d’arracher ses semblables à la mort.

LE SIECLE, mercredi 1er février 1899

Le 28 janvier M. Laferrière accompagné de son chef de cabinet , s’est rendu à l’ambulance d’El-Kettar, où se trouvent dix-sept typhiques , il a tenu à se rendre auprès de M. Jaïs, interne à l’ambulance, qui a contracté la maladie au chevet de ses malades.

L’état de cet étudiant inspire de vives inquiétudes

Le gouverneur général s’est approché de son lit et a adressé au jeune homme des paroles réconfortantes ; il lui a remis une médaille de vermeil, accordée par le ministre de l’intérieur sur la demande qui lui avait été M. Laferrière par télégramme.

M. Jaïs est israélite. Tous ces juifs sont décidément insatiables : les voilà qui se mettent à contracter le typhus pour se faire décorer.

LA VIGIE ALGERIENNE, jeudi 2 février 1899

M. Jaïs interne en médecine qui avait contracté le typhus en soignant les malades transportés à l’ambulance d’El Kettar est mort hier soir.

M. Jaïs n’avait que 26 ans ; il allait être reçu docteur, et c’est en prodiguant ses soins à des chrétiens que cet israélite a puisé les germes du terrible mal qui vient de l’emporter.

Tandis qu’un "sale juif" meurt au champ d’honneur, victime du devoir, Drumont se fait des revenus considérables en vendant son orviétan aux gogos, et Max Régis perd à la roulette de Monte-Carlo, l’argent que lui fournissent les cléricaux.

Nous saluons respectueusement la mémoire de l’étudiant Jaïs, et nous adressons à sa famille nos condoléances très sincères.

L’EXPRESS ALGERIEN, vendredi 3 février 1899

Une imposante manifestation réunissait hier, les autorités et une bonne partie de la population d’Alger, autour du cercueil de Jaïs, l’interne en médecine héroïquement tombé, au chevet des typhiques, à l’ambulance d’El-Kettar.

La levée du corps avait lieu à l’Ambulance même, où une chapelle ardente était organisée. De nombreuses couronnes n’avaient cessé d’affluer, témoignant de l’émotion profonde et de la vive sympathie provoquées par ce malheur. Parmi ces couronnes, relevons celles des internes, des externes, du corps médical, du personnel de l’hôpital, de l’association des étudiants de Paris, d’Alger, du personnel de la prison civile.

LE TURCO, vendredi 7 février 1899

L’interne jaïs est mort à l’ambulance d’El Kettar. Il y donnait ses soins aux typhiques et a contracté au chevet des malades les germes du terrible mal qui l’a emporté.

En ce journal anti-juif, nos nous inclinons devant l’esprit de sacrifice partout où il se manifeste et nous saluons la dépouille du jeune interne, victime de son dévouement à la science et à l’humanité.

VIGIE ALGERIENNE, du 26 Mai 1899

Extrait des débats de la chambre des députes

"A l’ouverture de la séance préside par M. Deschanel M. Albin Rozet demande à prendre part aux débats sur l’Algérie.Millevoye demande à interpeller sur les troubles de Grenoble.

M. Dupuis demande le renvoi ; Millevoye insiste par 374 voix contre 65. M. Rouanet reprend son discours sur l’Algérie. Il prie la chambre de ne pas l’interrompre.

Immédiatement, Morinaud, Drumont, Marchal et Lasiès font un chahut d’enfer.

Morinaud se fait rappeler à l’ordre, ce qui lui vaut les hautes félicitations de M. Lasies qui hurle : “bravo taureau …. Pardon ; Morinaud".

M. Rouanet lit une dépêche d’Alger disant que de jeunes italiens sont allés à Notre Dame d‘Afrique entendre une messe pour remercier de l’acquittement de Régis.

Morinaud continue à interrompre et parle de son père qui n’a que 160 hectares dans une seule commune. Il traite Mr Rouanet de drôle et se fait rappeler à l’ordre avec inscription au procès-verbal. Lasiès pour conclure, crie : à bas les juifs !!!

Mr Rouanet poursuit qu’il est facile d’envoyer des injures et des témoins. C’est à la tribune que ces choses doivent se vider.

M. Morinaud fils a fait une expédition plus fructueuse que celle de la rue de la Lyre : il a fait l’expédition de la banque d’Algérie.

Morinaud qui est la risée de toute la chambre, suffoque.

A ce moment une vive altercation se produit dans la tribune des directeurs de journaux entre M. Papillaud et M. Sébastien Faure. On fait évacuer cette tribune pendant que M. Lasies se livre de sa place au milieu d’un tumulte intense à de vives objurgations; on entend que ce mot : anarchistes ! L’agitation est à son comble; pendant une dizaine de minutes la séance est virtuellement suspendue.

M . Rouanet - j’ai montré ce que le juif n’est pas, c’est à dire la caricature qu’on en fait. Je veux montrer maintenant ce qu’il est en réalité.

Mr Rouanet fait l’éloge du commerçant juif, plus sobre, plus travailleur, et plus apte aux affaires.

On veut persécuter les juifs au profit des espagnols et des italiens; on veut leur appliquer une loi d’exception qui nous déshonorerait à jamais. (très bien).

L’orateur raconte les troubles de Mostaganem.

Quant à l’affaire Cayrol, nul ne peut dire par qui il fut tué; mais Shebat fut trainé hors d’un tramway, assassiné et son cadavre lacéré.

L’orateur parle du Docteur Azoulay, à moitié tué, de femmes juives fessées place Bresson jusqu’à un enfant de six ans. (vive émotion).

Pendant ce temps l’interne JAIS trouvait la mort au chevet des malades, illustrant le martyrologie de la science.

On dit que nous avons eu 1793, Ah! Messieurs le comité de salut public devant lequel trembla l’Europe comparé aux ligues antijuives, Robespierre comparé à Régis, quelle monstruosité ! C’est gens-là n’ont pas la mentalité française (vifs applaudissements).

M. Drumont veut interrompre, on couvre sa voix.

M. Rouanet. – ce ne sont pas des capitalistes, ces ouvriers peintres, tanneurs, teinturiers et cigariers juifs dont l’antijuif demandait le renvoi à leurs patrons, ni ce cocher juif père de 8 enfants dénoncé et mis à pied.

N’est-ce pas assez ? n’a-t-on pas assez enlevé le pain de la bouche des femmes et des enfants ?

On enlève le pain aux juifs d’Algérie et on les oblige à rester là-bas ; c’est infâme (applaudissements).

La municipalité d’Alger se disant radicale taxe les emplacements occupés par les colporteurs dégressivement à la dimension, les petits emplacements paient plus que les grands; elle a supprimé l’exonération des petits loyers au-dessous de 300 francs.

La municipalité radicale d’Oran a supprimé le cours d’adultes. Les juifs touchent 30 % au bureau de bienfaisance alors que les étrangers y touchent 42%.

L’orateur parle des admissions à l’hôpital de Constantine. Un adjoint indigène fut blâmé par le préfet dont est affligé le département parce qu’il signait trop d’admission d’indigènes à l’hôpital; ces admis étaient pourtant si malade qu’ils mourraient aussitôt après leur entrée.

Voilà l’arabo phobie des politiciens antijuifs. Quant aux juifs de Constantine ils ne sont pas admis à la consultation gratuite. (Vive exclamation. Voix diverses : c’est abominable)

Partout les juifs ont été mis en quarantaine, on interdit l’entrée des enfants juifs dans les écoles à Constantine pour se débarrasser de la vermine juive, et le maire de Constantine vient d’être nommé officier de l’instruction publique pour services rendus à l’enseignement. (rires).

Les parents redoutent la contagion pour leurs enfants des maladies juives.

Comme M. Firmin Faure interrompt : vous qui parlez si bien de tuberculose physiologique, lui dit M. Rouanet sachez qu’il y a des maladies morales plus honteuses que les maladies physiques et que la lèpre antisémite est de celle-là.

M. Rouanet cite encore de nombreux faits faisant ressortir le rôle odieux des antijuifs.

……… M. Rouanet j’ai bien le droit de parler moi qui de 3 ou 4 mois suis traité de vendu aux juifs de voleur, de fripouille. (Applaudissements).

L’orateur lit des extraits des attaques dont il est l’objet de la part du journal de M. Morinaud. Je souffre à la pensée continue M. Rouanet que dans un pays où flotte le drapeau de la France que des citoyens français soient ainsi molestés.

Il faut rétablir en Algérie le respect de la loi, il faut que le gouvernement général suive les instructions que lui donnèrent la chambre et le Président du Conseil.

Il faut termine M. Rouanet, que la chambre dise que nous en avons assez de ce régime de violence qui nous déshonore, qu’il y a unanimité ici sans acception de parti, pour conserver aux juifs le bienfait du titre de citoyens français.

La politique à réaliser tout de suite est celle de la fraternité. Il appartient à la chambre de décréter la politique de justice et d’humanité à laquelle je vous convie.

(longues salves d’applaudissements).

CONDOLEANCES

Parmi les manifestations de sympathie envoyées à sa famille, ont été archivées les cartes de condoléance suivantes :

Louis BARTHOU : Député des Basses Pyrénées, futur Président du conseil.

George CLEMENCEAUPrésident du Conseil

Baronne de HIRSCH DE GEREUTH

Edmond BICKART-SEE : Avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation

Maurice LEVY : Membre de l’Institut

                     

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