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Ô  CIRTA, suspend ton pont !

Ces ponts et ces passerelles qui enjambaient ma ville,
au-dessus de ce Rhumel cascadeux et tranquille,
des deux côtés de cette antique et valeureuse Cité,
Mon cœur et mon esprit ne t'ont jamais quitté
Cette image étonnante des deux rives
rassemblées dans l'album que le souvenir ravive,
Aller de l'une à l'autre, surplombant le destin,
amener l'Un vers l'Autre, doux rêve enfantin,
de ses composantes diverses, rapprocher les regards 

D'un versant l'autre, l'Amour y a sa part.

 Ma ville, tu m'as appris à toujours tendre la main,
Et à surprendre la "Lumière" du voisin,
Nul n'était étranger dans tes grouillantes ruelles,
Tes façades berbériques et tes femmes les plus belles.
Nos escapades de gamin, drapées dans l'insouciance,
nous faisaient croire que sous tes ponts coulait le Paradis.

Aimer ensemble, jouer ensemble,
Chanter de concert ce malouf langoureux,
Rire et pleurer ensemble, nous étions si naïvement heureux.
Nos livres d'école nous vantaient l'exploit du Pont du Gard
dans cette France lointaine que nous connaitrons plus tard.
Mais notre Pont suspendu valait bien des égards.
Majestueux et altier, soutenu par ces câbles vigoureux,
il a vu passer calèches et voitures, et aussi des gens malheureux ,
hélas attirés par le vertige du vide absolu pour rejoindre les cieux.
Ô Cirta, tu m'as appris dans ta sagesse biblique du fond des Temps
que les Ponts effaçaient les frontières en les surplombant.
Les passerelles, plus fragiles, relient et font s'embrasser
ceux qui, de chaque côté, se croyaient différents en pensées.
Mais hélas, en cas de guerre, ce sont les victimes premières 
des conflits meurtriers, cédant à leur rôle de charnières.
Ces affligeantes destructions qui séparent des riverains 
appellent à méditer sur ces Passages obligés pour de meilleurslendemains.

 

Pont entre nuit et jour, Pont entre Orient et Occident,

Pont entre Femmes et Hommes, Pont entre dehors et dedans,
Pont entre nantis et démunis, Pont entre l'Homme et le Divin,
Pont entre résignation et espoir,  Pont entre l'Eau et le Vin,
Pont entre la Foi et la Science, Pont entre courage et peur,
Pont entre intelligence et émotion, Pont entre tristesse et bonheur,
Pont entre la vanité et l'humilité, Pont entre le Corps et l'Esprit,
Pont entre la méditation et l'action, Pont entre celui qui pleure et celui qui rit.
Pont entre force et faiblesse, Pont entre Sud et Nord,
Pont entre les palettes de l'Arc-en-ciel 
Pont entre le soignant et le soigné, Pont entre neige et soleil, 
Pont, comme la LIBERTÉ, symbole du lien social et sacré, 
Comme Eluard le poète, toujours ton nom je l'écrirais.

 

Apprenons à construire des Ponts au lieu d'élever des Murs !
Que de ponts a dû franchir le Juif errant, notre ancêtre, depuis l'exil,
Que de passerelles a-t-il dû enjamber pour fuir de ville en ville !
affronter l'adversité, l'opprobre et l'oppression, et renaître
s'entourant de petits bonheurs pour hébreu réapparaître.
Tu me manques, mon Pont suspendu au-dessus de ton éternité
Mon Pont du Gard, mon Pont Lévy, mon Pont dans le vide jeté 
à Istambul entre Asie et Europe, mon Pont du Tage,
Mon Pont de Ré, tous ces Ponts qui éclairent les Sages

Ces Ponts qui, de ma Ville, en sont le témoignage

 

Ces Ponts lancés au-dessus de ces abîmes angoissants
Ce Pont SUSPENDU que l'on traversait depuis nos pauvres masures
pour accompagner nos chers disparus jusqu'à leur sépulture.

 

Ô CIRTA,  suspend ton Pont ! te reverrais-un jour ?
Je cherche la rime mais ne la trouve point.