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Par Serge Dahan, Président de l'Association Morial

Dans le cœur des Oranais, Canastel reste un nom qui brille.
Pour beaucoup, il évoque les "jours d’avant", une Oran heureuse et insouciante, où la mer servait de décor à toutes les rencontres.
Le Casino de Canastel, sa piscine suspendue et ses soirées de musique, incarnaient cette « belle époque » : celle des robes d’été, des orchestres en smoking et des couchers de soleil sur la corniche.
« Quand on ferme les yeux, on revoit la terrasse du Casino, la mer bleue, les parasols, les rires et le piano. « C’était Oran. »
 
Perché sur la falaise, face au cap Rousseau, le Casino de Canastel était à la fois un lieu de loisirs, un lieu d’art et un lieu de vie. Le jour, on venait y nager dans la grande piscine, déjeuner sous les arcades ou descendre par le petit chemin menant aux criques secrètes. Le soir, les lampions s’allumaient, les musiciens accordaient leurs instruments, et Oran se faisait capitale de la fête.
 
En septembre 1960, le Casino devient le théâtre d’un événement exceptionnel : la Semaine du jazz.
Sur scène, un plateau digne de Paris ou New York : le clarinettiste et saxophoniste Mezz Mezzrow, le trompettiste et chanteur Jacques Butler, le tromboniste Billy Byers, le batteur Kansas Fields, le pianiste André Persiany, Peanuts Holland, trompettiste, Michel Attenoux, chef d’orchestre français et, selon certains souvenirs, Stéphane Grappelli.
Sous les étoiles, le swing américain rencontre la douceur oranaise.
Cette semaine-là, Canastel entre dans la légende de la musique.
« Les saxos vibraient jusque dans les criques. On dansait pieds nus sur les dalles. Le jazz avait trouvé la mer. »
 
Bien avant le jazz, Canastel vibrait déjà au rythme du music-hall. Des artistes mêlaient arabe, français et espagnol : Line Monty, Lili Boniche, Blond-Blond, Lili Labassi. À leurs côtés, le jeune Maurice El Médioni imposait son fameux « piano oriental », fusion de rumba, de jazz et de musique andalouse.
 
Canastel, c’est aussi l’écho des soirées mondaines et des visites officielles. Le 6 juin 1958, le général de Gaulle est à Oran : la ville entière s’illumine. Les témoignages racontent qu’après les cérémonies, plusieurs membres de la délégation furent invités à un cocktail improvisé au Casino. Politique et musique s’y croisaient.
 
À Canastel, tout le monde dansait "mieux", la mer était "plus" bleue et la musique, forcément, « légendaire ».
Personne n’y allait pour dormir ; tout le monde y était, et chacun jure y avoir vécu la meilleure soirée d’Oran, parfois la même.
 
Une chose reste vraie : quand les Oranais de « l’Algérie de papa » parlent de l'atmosphère et des saveurs de Canastel, c’est toujours avec tendresse, avec un sourire… et un léger goût d’exagération.
 
 
 
En cette fin d’année, en mon nom et au nom des membres du Bureau, je souhaite adresser à chacun d’entre vous, chers amis de Morial, ainsi qu’à vos proches, mes vœux les plus sincères pour une belle et heureuse année 2026.
 
Que l’année qui s’ouvre soit guidée par la mémoire partagée, la transmission fidèle, l'action dans l'harmonie et la fraternité vivante.
 
Puissent nos souvenirs, nos engagements et notre travail patient pour la mémoire, la culture et les traditions des Juifs d’Algérie demeurer des liens vibrants entre nous, et raviver sans cesse ces lieux, ces musiques, ces gestes et ces instants de vie qui nous habitent et nous unissent.
 
Je vous souhaite, à toutes et à tous, ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, une année 2026 douce, fraternelle et lumineuse.