Par Serge Dahan, Président de l'Association Morial.

À l’approche des deux séderim de Pessa’h, que nous nous apprêtons à célébrer en famille et entre amis, je vous adresse, en mon nom et au nom des membres du Bureau de l’Association Morial, mes vœux les plus sincères de Hag Pessa’h Cacher Vesameah.
Pessa’h n’est pas seulement une fête. C’est le cœur battant de notre mémoire collective, le récit fondateur par excellence : celui d’un peuple arraché à l’esclavage pour devenir sujet de son histoire. Comme il est dit : « Je vous ferai sortir de sous les charges de l’Égypte, Je vous délivrerai de leur servitude. »
Dans nos textes, l’Égypte ne désigne pas uniquement un territoire. Elle incarne toutes les formes d’enfermement : oppression des corps, asservissement des esprits, négation de la dignité humaine.
De cette sortie émerge une réalité triple et indissociable : un peuple, une Loi, une terre.
Un peuple, qui se constitue dans l’épreuve.
Une Loi, donnée au Sinaï, qui transforme la liberté en exigence morale.
Une terre, promise comme horizon de souveraineté et de responsabilité.
La traversée du désert, ces quarante années d’errance, n’est pas un détour : elle est une école. Une école de la liberté, exigeante et incertaine. C’est là que s’élabore une conscience collective, que se forgent des repères, que s’éprouve la fidélité à l’alliance. Comme le rappelle le Deutéronome : « Souviens-toi de tout le chemin que l’Éternel ton D. t’a fait parcourir dans le désert. »
Depuis lors, cette dynamique ne s’est jamais interrompue. Notre histoire est faite de cycles : souveraineté, destruction, exil, dispersion et, aujourd’hui, retour. À chaque époque, une même question : Comment rester debout dans un monde qui conteste parfois jusqu’à notre légitimité d’exister ?
La réponse, nos textes la posent avec force : par la transmission. « Et tu raconteras à ton fils, en ce jour-là. » Pessa’h fait de la mémoire une responsabilité active. Comme il est dit : « Dans chaque génération, chacun doit se considérer comme étant lui-même sorti d’Égypte. »
Cette année, cette exigence prend une résonance particulière.
Le 7 octobre a constitué une rupture. Par son ampleur, par sa brutalité, par le ciblage délibéré de civils, femmes, enfants, familles, il s’inscrit dans la continuité des violences les plus sombres de l’histoire juive. Il ne s’agit pas d’un épisode isolé, mais d’un moment de dévoilement.
Ce jour-là, c’est une haine à l’état brut, dirigée contre des Juifs parce qu’ils sont Juifs. Une haine ancienne, persistante, qui traverse les siècles en changeant de visage sans jamais disparaître. Elle se réinvente dans les discours, se légitime dans certaines idéologies et, lorsque les conditions s’y prêtent, elle passe à l’acte.
Le 7 octobre ne surgit pas dans le vide. Il s’inscrit dans une matrice idéologique qui, depuis des décennies, porte explicitement la destruction d’Israël et refuse au peuple juif le droit à l’existence. Cette logique vise la disparition d’Israël et à travers lui le peuple juif.
À cette réalité s’ajoute une stratégie globale de manipulation et de diffusion de l’information, qui exploite les réseaux sociaux, détourne les images, modifie les récits, afin de façonner les perceptions et d’alimenter les ressorts les plus anciens de la haine antisémite. Ce combat se joue désormais aussi dans les consciences : par la répétition, la déformation et l’émotion, il vise à inverser les responsabilités, à brouiller les repères moraux et à rendre acceptable ce qui ne devrait jamais l’être : la haine antisémite.
Mais derrière les stratégies, les moyens et les discours, une constante demeure : celle qui traverse l’histoire de notre peuple depuis des siècles, la contestation de son droit à exister. De l’exil aux persécutions, des pogroms à la Shoah, cette même logique s’est répétée, changeant de forme sans jamais disparaître. Aujourd’hui encore, sous des langages renouvelés, elle vise à rendre pensable ce qui devrait ne jamais l’être : l’effacement d’Israël, et avec lui le retour de la vulnérabilité de tout un peuple.
Face à cela, Pessa’h nous rappelle une vérité essentielle : notre liberté n’est jamais acquise. Elle ne se décrète pas, elle se conquiert, se protège et se transmet. Elle est fragile, toujours exposée, toujours contestée. Elle exige de chacun de nous vigilance, courage, lucidité, et plus encore de demeurer debout lorsque l’essentiel vacille.
Elle appelle aussi à la solidarité. « Kol Israël arevim zeh bazeh », tous les Juifs sont responsables les uns des autres. En ces jours de fête, nous exprimons notre solidarité pleine et entière avec nos sœurs et nos frères en Israël.
Nous pensons à celles et ceux qui vivent sous la menace, aux blessés à qui nous souhaitons un prompt rétablissement, aux familles endeuillées, dont nous partageons la douleur avec gravité et respect.
Hag Pessa’h Cacher Vesameah.