Par Serge Dahan,
Président de l'Association Morial

L’utilisation de bombes à fragmentation contre des zones civiles israéliennes constitue une violation grave du droit international. Le silence de la communauté internationale interroge sa cohérence et engage sa responsabilité.
Certaines armes ne relèvent pas d’un simple choix militaire, mais d’une décision politique profondément immorale. Les bombes à fragmentation en font partie.
Ces armes ne visent pas : elles dispersent. En s’ouvrant en plein vol, elles libèrent des dizaines, parfois des centaines de sous-munitions sur des zones étendues, sans distinction entre civils et combattants. Leur logique n’est pas celle de la précision, mais celle d’une saturation aveugle. Leur effet est diffus, incontrôlable, durable, conçu pour semer la panique et inscrire la peur dans le quotidien des populations.
Leur danger est connu, documenté, incontestable. À l’impact, elles provoquent des blessures massives, des mutilations, des morts indistinctes. Mais leur violence ne s’arrête pas là : les sous-munitions non explosées transforment durablement les lieux de vie en zones piégées. Elles continuent de tuer après les frappes, frappant au hasard, un enfant, un passant, un secouriste.
C’est précisément pour cette raison que plus d’une centaine d’États ont choisi de les interdire : elles sont, par nature, incompatibles avec les principes fondamentaux du droit international humanitaire. Leur utilisation contre des zones habitées s’apparente, en conséquence, à un crime de guerre.
Le droit est clair : il interdit les attaques indiscriminées et impose, en toutes circonstances, de distinguer entre civils et combattants. Employer une arme qui ne permet pas cette distinction, c’est violer ce principe fondamental et engager sa responsabilité.
L’utilisation de ces armes par l’Iran contre Israël ne peut être ni minimisée ni relativisée. Il ne s’agit pas d’un choix tactique, mais d’une transgression manifeste du droit international, révélatrice d’une rupture assumée avec l’interdit de cibler les populations civiles.
Employer une arme indiscriminée dans une zone habitée, c’est intégrer les civils dans le champ de l’attaque.
Ce n’est pas un effet secondaire.
C’est une donnée structurelle.
C’est faire de la peur une stratégie.
C’est organiser la mort au hasard.
C’est franchir une ligne.
Ce choix ne s’inscrit pas dans un vide. Il prolonge une trajectoire politique et militaire.
Depuis des décennies, le régime iranien a démontré son rapport à la vie humaine, y compris celle de sa propre population. Des manifestations étudiantes de 1999 à celles de 2009, jusqu’au mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini en 2022, la réponse des autorités est restée constante : répression, violence, arrestations massives, usage de la force létale.
Les années récentes confirment cette dynamique. Plusieurs organisations de défense des droits humains font état, en 2024 et 2025, de milliers de morts et d’arrestations, touchant largement de jeunes, parfois mineurs. Les condamnations à mort et les peines lourdes prononcées à l’issue de procédures expéditives s’inscrivent dans cette logique.
À cela s’ajoutent des pratiques structurelles : recours élevé à la peine de mort, détentions arbitraires, aveux forcés, pression constante sur la société civile.
Ce continuum n’est pas anecdotique. Il révèle un mode de gouvernance fondé sur la contrainte et la terreur. Ce qui se manifeste aujourd’hui à l’extérieur n’est pas une rupture, mais une extension.
Un État qui exerce une violence extrême contre sa propre population abaisse nécessairement le seuil de ce qu’il s’autorise à infliger au-delà de ses frontières.
Dans ce contexte, l’usage d’armes à sous-munitions contre Israël prend une dimension particulière. Il ne s’agit plus seulement d’un affrontement entre États, mais de l’expression d’une logique : celle de la volonté d’exposer, de viser et de tuer des populations civiles pour atteindre des objectifs militaires.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates : familles contraintes de vivre dans les abris, peur permanente, blessés, morts. Et lorsque les frappes cessent, le danger persiste, disséminé dans l’espace, transformant la vie quotidienne en menace constante.
Et pourtant, face à ces faits, les réactions internationales restent inexistantes.
Le silence révèle un double standard inquiétant.
Là où certaines violations du droit international suscitent des condamnations rapides et unanimes, qu’il s’agisse de l’usage d’armes chimiques en Syrie ou de bombes à fragmentation en Ukraine, la réaction face aux attaques visant des civils israéliens demeure quasi inexistante.
Pourquoi ?
Peut-on accepter que certains civils soient protégés… et d’autres ignorés ?
Les vies israéliennes seraient-elles, pour certains, moins dignes d’être défendues ?
Un droit international appliqué à la carte est-il encore un droit, ou seulement un instrument politique ?
Et une morale sélective est-elle encore une morale ?
Protéger les populations civiles n’est pas une variable d’ajustement diplomatique.
C’est un principe absolu.
L’ambiguïté n’est plus une posture : c’est une défaillance.
Se taire, temporiser, nuancer à l’excès, c’est renoncer.
Ne pas condamner clairement, ne pas agir concrètement, c’est accepter, de fait, que des civils soient pris pour cibles.
Face à de telles violations, le silence de nos dirigeants n’est pas une position.
C’est une faute.
Il accuse ceux qui se taisent.
Il délégitime le droit.
Il entérine l’inacceptable.
Se taire, c’est choisir.
Et ce choix engage.
Dirigeants, institutions internationales, organisations : l’heure n’est plus aux précautions de langage ni aux équilibres diplomatiques.
Parlez.
Condamnez.
Agissez.
Ou assumez.