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Hommage à André Narboni

 

Pour le centenaire de sa naissance 

Par Sidney Chouraqui, vice président de Moriel 

« Nous sommes toujours le vieux peuple à la nuque roide, l’indocile et rebelle nation. Nous voulons être nous-mêmes, ce que nous ont fait nos aïeux, notre histoire, nos traditions, notre culture et nos souvenirs et nous saurons bien conquérir ce droit qui est le nôtre, d’être non seulement des hommes mais aussi des Juifs. ».

                                                                                                                                            Bernard Lazare

 Avec la parution prochaine du livre

                « CHRONIQUES DES COMMUNAUTES JUIVES EN ALGERIE »nous savions qu’une civilisation de vingt siècles avait à jamais disparu. 

Après l’Indépendance (1962), les juifs d’Algérie se sont retrouvés, après le grand exode,  en grande majorité en France et en Israël,  dans le but de se reconstruire.

Félicitons notre ami Simon Darmon et également les membres de la Rédaction, d’avoir pris l’initiative d’entreprendre cet ouvrage considérable.

L’occasion m’est donnée d’apporter ma pierre à l’édifice et de souligner le rôle de tous ceux qui ont dirigé les communautés.

Plus tard, la création de l’Etat d’Israël et l’activité incessante des mouvements de jeunesse sioniste encadrés par des émissaires de l’Agence Juive, ont  favorisé l’ « Alyah Beth » (clandestine), mouvement soutenu par la Fédération sioniste et des personnalités influentes.                                                

L’occasion m’est donnée ici de rendre hommage à l’action essentielle de notre regretté grand ami, Maître André Narboni (1912 – 1979).

Jeune avocat, il est nommé, en 1937, Secrétaire général du Comité Juif algérien d’Etudes sociales, organisme fondé en 1917 par Henri Aboulker et le Lieutenant-aviateur Léon Mayer,  tombé au front peu après, ainsi que ses deux frères, les fils du Colonel Mayer, Président de l’œuvre des orphelins israélites de la guerre 14-18.

En 1947, André Narboni  devient le premier secrétaire général de la Fédération des Communautés juives créée par la forte personnalité d’Elie Gozlan avec le soutien de Jacques Lazarus venu pour lancer l’ORT en Algérie.  

André, sur le plan communautaire militait tout comme l’intellectuel par excellence Raymond Benichou (1890-1955) dans l’association « Kol Aviv », (Président : Benjamin Heller), pour la diffusion du patrimoine juif et la promotion du sionisme.

Dans les années qui suivirent la 2ème Guerre mondiale, André Narboni  fut  nommé Président de la Fédération sioniste d’Algérie (1947 – 1962).

Il fut aussi élu en 1946, membre du Comité central du Consistoire d’Alger, à ce moment crucial de l’alyah-beth et au grand dam de certains, soutenu par Martin Zenouda, lui-même membre du Consistoire.

Dans les années qui ont précédé la 2ème Guerre mondiale et immédiatement après celle-ci, nous ignorions tout de ce qui se passait en Palestine avant les évènements historiques de 1940 à 1948 (mouvements de jeunesse, alyaht hanoar  et réalisations pionnières - kibboutzim, moshavim, kfarim. Sont arrivés en Algérie des émissaires d’Israël pour la Jeunesse, l’alyah et les différents départements (Culture, Economie, etc..) ainsi que des délégués du KKL et du Keren Hayessod. Un émissaire spécial fut attaché à la personne de Maître André Narboni.

Alors que je travaillais à  l’Agence Juive à Alger (1956-1957), Maître André Narboni, rappelant que les émigrants d’Algérie en Israël traversaient des moments difficiles, me proposa, dès mon retour au kibboutz, d’organiser  l’Union des Olims d’Algérie et nous apporta le soutien des instances supérieures (Organisation sioniste mondiale et Direction de l’Agence Juive). C’est ce que je réalisais avec mes amis en septembre 58. 

 En 1962, André Narboni réalise son alyah avec sa famille. Sa présence et son action raffermirent notre association. Il est assisté par notre grand ami Elie Chemouny, président des Anciens Combattants et Secrétaire général de l’Union des Olims d’Algérie.    

 Après différentes actions, il est nommé en 1965 membre de l’Exécutif de l’Agence juive. Il apporte alors son soutien à l’organisation étudiante ODED, dirigée par Joseph Toledano, journaliste et conférencier.

 André Narboni  fut aussi un membre actif, en tant que vice-président,  de l’ Intergroupe nord-africain composé de personnalités de toutes tendances :                                                          

 Des députés à la Knesset :Mathilda Guez, Abraham Tayar, Daniel Lévy, Acher Assin, de Maître Sauveur Baranès, Elie Chemouny (Secrétaire général de l’U.O.A.), Meyer Ben Yaïr, Moshé Arnon (Kibboutz Regavim), Chlomo Barad (Kibboutz Carmia)

Cet Intergroupe, présidé par le Professeur André Chouraqui,  a œuvré pour l’extension de l’entrée des étudiants d’Afrique du Nord dans l’Enseignement supérieur, pour le soutien au mouvement ODED et  la liaison avec l’Organisation sioniste mondiale, ses institutions gouvernementales et l’Agence juive en Israël.

Il faut mettre à l’actif de Maître Narboni , la fondation du mouvement BRITH-AM dont l’objectif était l’instruction élémentaire gratuite et  l’aide aux familles nombreuses pour une intégration fraternelle. Il fut soutenu pour ce faire par André Chouraqui, Itzhak Navon, les députés Mathilda Guez et Acher Assin , le Pasteur Kamel Mossalem.

En 1972, Maître André Narboni est nommé membre de l’Exécutif de l’Organisation Sioniste Mondiale et chef du Département d’Action Sioniste des communautés sépharades. Il nous quitte prématurément le 13 juillet 1979.         

Nous étions très proches. Il restera l’une des grandes figures du judaïsme d’Algérie.  Rendons-lui un hommage affectueux et reconnaissant.

Sur la route de Jérusalem, dans la grande forêt de Latrun, fleurit toujours un magnifique bosquet en souvenir d’André Narboni….

                                                                                                                                                  Sidney Chouraqui,

                                                                                                                                           Vice-Président de MORIEL

 
Commentaires (2)
 

1. xpballBAUZOU Mar 04 Déc 2012

J'ai connu Maitre Narboni très bien meme, car il s'était occupé du divorce de ma mère avec mon père et j'allais souvent le voir à son cabinet rue du maréchal soult à alger, ma mère était une amie de longue date avec lui, j'ai connu sa femme et sa fille et je le voyais souvent à El Kettani , on s'embrassait et j'ai failli partir pour Israel à un moment car ma mère avait des problèmes avec mon beau-père, et il lui avait proposé de me faire partir en Israel dans les années 195O/-1953, j'allais à ses conférences etc... je savais qu'il était décédé et je connaissais meme son oncle au square bresson , ma mère avait été proche quand il a commencé à professer etc....

 
 

2. gozlan lucien Dim 23 Sept 2012

En memoire et pour un hommage que je tiens a rendre a Andre NARBONI.
Oui j ai connu Andre NARBONI. 
Mes parents m ont raconte qu ils avaient assiste a une reunion de preparation a l Alya, au domicile de maitre Narboni peu avant l independance de l Algerie dans les environs du square Bresson.
Comme monsieur Sidney Chouraqui l ecrit, c etait le president de la federation sioniste d Algerie. Peu de personnes ont suivi sa proposition.. Lui a realise sa profonde sincerite. Monter en ISRAEL....
J ai connu maitre NARBONI en novembre 1965 pour ma premiere decouverte de l Etat d ISRAEL. Il m a recu dans son bureau qu il avait comme chaliarh de l Agence Juive pour la francophonie a tel aviv et il m avait invite a partager son repas du vendredi midi chez eux ...a Ramat Gan..????
J ai ete presente a madame Narboni, fille HAROUIMI, ma parente, la tante de mon cousin par alliance Harouimi Paul. Nous nous sommes donnes rendez vous le shabbat pour aller dejeuner les bonnes pizzas de Natania...Et puis nous avons fait une longue promenade le long de la taillelette naissante...C etait deja la petite ville a la francaise..
Puis il a insiste aupres du chaliar du kibboutz REGAVIM ou j ai passe 2 mois dans les plantations de bananes.
En 1967, a la liberation et a la reunification de Jerusalem, maitre NARBONI a traverse de long en large tout le cimetiere des oliviers pour y decouvrir la raison si forte de son attachement a son Pays et a cette terre...!!!!
Au deces, du professeur Henri ABOULKER, les juifs d Alger enterrent cet eminent representant communautaire avec les rituels religieux ancestraux, bien que se disant "libre penseur"... Son fils s oppose aux prieres faites par le corps rabbinique...Maitre NARBONI intervient: "Votre pere etait notre PRESIDENT et dans la religion juive on n a pas trouve d autre facon pour enterrer NOS MORTS.."
Voila je rends un Hommage sincere a ce SIONISTE de toujours, Maitre Andre NARBONI. zihon li'braha.