par Serge Dahan Président de l'Association Morial
Hanouka célèbre la victoire des Maccabées contre les Grecs et le miracle d’une petite fiole d’huile qui brûla huit jours dans le Temple de Jérusalem.
La célébration de Hanouka en Algérie s’inscrit dans une histoire juive multiséculaire, nourrie par des racines antiques, les apports des Séfarades d’Espagne, l’influence ottomane et la structuration communautaire sous la période française (1830–1962).
Dans toutes les communautés d’Afrique du Nord, Hanouka était à la fois une fête religieuse, une célébration chaleureuse du foyer et un moment joyeux et rassembleur. Chaque soir, l’allumage était un temps de réunion familiale : les grands-parents prenaient place près de la hanoukia, les parents préparaient l’huile et les mèches, et les enfants attendaient avec impatience de voir la première petite flamme s’élever.
Une fois les lampes allumées, tous se retrouvaient autour des beignets encore tièdes, dont l’odeur parfumait la maison, pour partager rires, histoires et douceurs. Hanouka devenait ainsi une fête du bonheur simple, tournée vers la transmission.
Pendant huit jours, l’histoire de Hanouka résonnait dans tous les foyers. Les parents rappelaient aux enfants le récit des Maccabées, qui finirent par remporter la victoire contre les armées grecques d’Antiochus IV et reprendre le contrôle du Temple de Jérusalem. Ils le purifièrent de toutes les idoles et ne trouvèrent qu’une seule fiole d’huile, suffisante pour un seul jour d’allumage du candélabre. Mais un miracle se produisit : cette huile brûla huit jours.
C’est en souvenir de ces événements que, chaque année, les familles juives allument les lumières de Hanouka.
Ce récit avait une résonance particulière dans les communautés juives du Maghreb : il parlait de résistance spirituelle et culturelle, de dignité et de fidélité.
L’allumage était traditionnellement effectué par le chef de famille mais, dans de nombreuses maisons, chaque enfant disposait de sa propre petite hanoukia. Selon la coutume séfarade, on utilisait principalement de l’huile d’olive, plutôt que des bougies. Les lampes variaient selon les foyers : modèles en laiton façonnés par des artisans locaux, hanoukiot en argent délicatement ciselées ou lampes anciennes transmises depuis l’époque andalouse.
L’emplacement de l’allumage reflétait aussi l’architecture locale : à Alger, les hanoukiot éclairaient les fenêtres donnant sur la rue ; à Constantine, elles illuminaient le patio familial ; à Tlemcen, elles étaient parfois posées à même le sol, selon d’anciens usages ; à Oran, elles brillaient depuis les balcons et les cages d’escaliers des immeubles européens.
La Grande Synagogue d’Alger inaugurée en 1865, la synagogue d’Oran du boulevard Joffre ou encore celle de Constantine dans le quartier de la Pyramide s’illuminaient chaque soir d’une grande Hanoukia placée près de l’arche sainte. Les chants Hanerot Halalou et Maoz Tsour résonnaient dans une atmosphère chaleureuse et très participative, au cœur d’une communauté vivante.
Un témoignage résume bien cette ambiance :
« À Hanouka, les fenêtres de la rue d’Arzew s’allumaient une à une. Avec mes cousins, on faisait le tour du quartier pour voir les flammes. Mon père insistait : “On allume à l’huile, c’est la tradition !”. Ma grand-mère nous donnait quelques pièces pour acheter une toupie ou des amandes grillées chez le marchand arabe, qui savait toujours quand Hanouka commençait. Ces soirs-là, Oran semblait plus lumineuse. On se sentait unis. »
Les huit jours de Hanouka sont ainsi une succession de petits rituels joyeux, célébrant des lumières qui chassent les ténèbres. Les flammes qui brillent sur les rebords des fenêtres et les balcons éclairent plus que le seul récit biblique : elles illuminent une communauté tout entière.
Aujourd’hui plus qu’hier, Hanouka rappelle que le peuple juif est debout et ne renonce jamais : il se dresse contre la haine, défend la liberté, transmet sa foi et demeure profondément attaché à sa terre.
Les lumières qui éclairent chaque soir les maisons sont celles d’une résistance vivante, d’une dignité intacte et d’une espérance indestructible.

