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Par Didier NEBOT

Ibn Khaldoun est l’un des plus grands historiens arabes du XIVème siècle.
La plupart des auteurs ne donnent que peu d’éléments sur l’histoire de ces régions et de leurs habitants, ce qui explique en partie le scepticisme de certains. Ils décrivent avec sécheresse des faits précis, s’appesantissant sur des détails peu utiles, passant sous silence des évènements importants.
Rien de pareil avec Ibn Khaldoun qui décrit avec minutie la conquête arabe et l’histoire des tribus du Maghreb. Il est né à Tunis et fut un grand itinérant, vivant dans les lieux charnières de l’époque : Tunis, Béjaïa, Constantine, Tlemcen, Fez et l’Espagne andalouse.
Il est, selon certaines sources, vraisemblablement d’origine berbère, s’étant inventé des ascendances arabes afin d’acquérir un bon statut social. Dans sa vie mouvementée, il a fréquenté les princes et les cours arabes de toutes ces régions. Il a beaucoup lu et écrit. Sa parole ne peut donc pas être remise en question et voilà ce qu’il dit sur la kahéna dans sa célèbre Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique (Traduit en français en 1852 par De Slane):
"Une partie des Berbères professait le judaïsme, religion qu’ils avaient reçue de leurs puissants voisins, les Israélites de la Syrie. Parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djéraoua1, tribu qui habitait l’Aurès et à laquelle appartenait la Kahéna, femme qui fut tuée par les Arabes à l’époque des premières invasions.
Les autres tribus juives étaient les Nefouça, Berbères de l’Ifrikia ; les Fendéloua, les Médiouna, les Behloula, les Rhiata et les Fazas, Berbères du Maghreb el-Aqsa. Idris Ier, étant arrivé au Maghreb, fit disparaître de ce pays jusqu’aux dernières traces des religions (non musulmanes) et mit un terme à l’indépendance de ces tribus.
Parmi leurs chefs les plus puissants, on remarqua surtout la Kahéna, reine du Mont-Aurès, et dont le vrai nom était Dahia2, fille de Tabet, fils de Nicin3. Sa famille faisait partie des Djéraoua, tribu qui fournissait des rois et des chefs à tous les Berbères descendus d’El-Abter.
Le khalife Abd el-Melek fit parvenir à Hassan ibn-en-Noomane el-Ghassani, gouverneur de l’Égypte, l’ordre de porter la guerre en Ifrikia... El-Hassan se mit en marche, entra dans Kairouan puis emporta d’assaut la ville de Carthage. Après cette victoire, il demanda quel était le prince le plus redoutable parmi les Berbères, et, ayant appris que c’était la Kahéna, femme qui commandait à la puissante tribu des Djéraoua, il marcha contre elle... Mais cette dernière mena ses troupes contre les musulmans et, les attaquant avec un acharnement extrême, les força à prendre la fuite après leur avoir tué beaucoup de monde... La Kahéna rentra dans son pays et continua pendant cinq ans à régner sur l’Ifrikia.
Hassan revint en Afrique à la tête de nombreux renforts. À son approche, la Kahéna fit détruire toutes les villes et fermes du pays, depuis Tripoli jusqu’à Tanger. Mais elle fut abandonnée par ses alliés qui virent avec un déplaisir extrême la destruction de leurs biens... La Kahéna fut battue et tuée dans le Mont-Aurès. L’offre d’une amnistie générale décida les vaincus à embrasser l’islam."
Ainsi de l’aveu même du plus grand historien arabe qui se soit penché sur cette région, il y avait d’importantes tribus juives en Afrique du Nord au VIIème siècle.
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1 La traduction française des noms propres trouvés dans les textes arabes n’est pas la même d’un auteur à l’autre. Ainsi Djéraoua peut s’écrire :
Jéraoua, Djerawa ou Jerouha. Kahéna s’écrit aussi : Cahéna, Kahina, Kahiya... Il en est ainsi pour tous les noms (et il est impossible d’en dresser une liste exhaustive).
2 Certains écrivent : Dina, Dihia ou Damia. Comme, de nos jours, le nom berbère Ifes-Dahia est retrouvé en Afrique, on retiendra cette orthographe.
3 Il s’agit du nom hébraïque Nissim que le langage arabe, avec la prononciation de l’époque, a écrit Nicin
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Par Didier Nebot
Les Phéniciens furent les maîtres de l'Afrique du Nord jusqu’en 146 av. J.-C.

À cette date, Rome conquit cette région et c’en fut fini de la domination carthaginoise. Il y eut au début quelques royaumes autochtones vassaux, mais ils furent progressivement éliminés,
l’Afrique devenant une province de l’Empire. Le pays fut quadrillé de routes et de domaines privés ou d’État, où l’on pratiquait une agriculture intensive servant à alimenter Rome.
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Par Didier NEBOT

Des historiens célèbres des XIXème et XXème siècles ont consacré de nombreux ouvrages sur l’Afrique ancienne.
On peut citer R. Basset, G. Camps, D. Cazes, S. Chaker, A. Chouraqui, F. Decret, M. Fantar, E.F. Gautier, S. Gsell, H.D. Hirschberg, Ch. A. Julien, E. Levi-Provençal, G. Marçais, P. Monceaux, M. Mieses, J. Oliel, J. Servier, M. Simon et N. Slouschz.
Ils se sont toujours référés aux auteurs grecs, latins, juifs ou arabes qui s’étaient penchés sur la question.
Citons, parmi les auteurs arabes, l’incontournable Ibn-Khaldoun, El-Bekri, En-Nowaïri, El-Kairouani ; citons aussi, parmi les auteurs anciens, Tacite, Suétone, Strabon, Salluste, Procope, Dion Cassius, Eusèbe, Flavius Josèphe, Hérodote, S. Augustin, Tertullien ; le Talmud de Babylone, les Jubilés.
Ils se sont rendus sur place, pour certains d’entre eux, dans des régions dangereuses et d’accès difficiles, afin de confirmer leurs dires. Pour étayer leur thèse, ils ont découvert des monuments ou visité des sites archéologiques d’un intérêt capital. Ils n’ont pas ménagé leurs efforts pour s’approcher de ce qu’ils pensaient être la vérité.
Cependant un point semble avoir divisé ces chercheurs. Pour certains, souvent les plus anciens ou les hébraïsants, il y eut, dans l’Antiquité, une présence et une influence juive importante dans cette région du monde ; pour d’autres, cette présence et cette influence n’a jamais existé ou si peu qu’il n’est pas nécessaire d’en parler.
Et pourtant il suffira ici de citer quelques passages des écrits d’auteurs célèbres pour se convaincre que les juifs ont été très présents dans ce Maghreb obscur.
Saint Jérome, au IVème siècle, connu par sa rigueur et sa précision, indique dans ses lettres : « Les colonies juives forment une chaîne ininterrompue depuis la Mauritanie jusqu’aux Indes » (La Mauritanie de l’époque est le Maroc actuel.)
Dion Cassius, au 2ème siècle, homme politique et historien romain d’expression grecque, indique en parlant des juifs dans son histoire romaine : "Cette espèce d’hommes existe même parmi les romains. Maintes fois brimée et réprimée, elle s’est néanmoins accrue dans d’énormes proportions, au point de s’imposer et de gagner de haute lutte la liberté religieuse."
Tertullien : née à Carthage au 2ème siècle de l’ère chrétienne, issu d’une famille berbère romanisé, auteur prolifique et important de cette époque fustige à de nombreuses reprises les berbères qui judaïsent, citons un exemple tiré de son traité, contre les juifs, écrit à l’occasion d’une dispute entre un chrétien et un prosélyte : « Les habitants de la province d’Afrique observent le shabbat, les jours de fête et de jeûne ainsi que les lois alimentaires des juifs ».
Ces exemples sont récurrents tout le long de son livre. Il dit, par exemple, un peu plus loin toujours à propos des juifs nombreux et des berbères judaïsant :
«Ils mangent du pain sans levain, pratiquent le jeûne, allument les flambeaux, offrent des prières expiatoires. Ils écoutent la lecture de la bible dans la langue grecque. Ils observent l’abstinence de certaines viandes, pratiquent la circoncision et portent des noms particuliers »
Plus tard Commodien, évêque du début du IVème siècle, critique les berbères qui ont embrassé la religion juive : « Ils mangent l’azyme après avoir pratiqué le jeûne de Cérès. » (J.Durel, commodien, darmen apologeticum dans R.T.1912)
Egalement au IVème siècle, le célèbre Saint Augustin, l’Evêque d’Hippone, l’actuel Annaba de l’Algérie, un des pères de l’Eglise fustigeant lui aussi et à de nombreuses reprises les juifs et les berbères judaïsant : « Ils ne craignent pas de se donner le nom d’Israélites. Ils considèrent comme leurs ancêtres ces prophètes et ces patriarches… Ils continuent avec les juifs à croire à la vertu de la loi et aux forces de la nature capable par elle-même de se perpétuer. » (Confessions, cité de Dieu de Saint Augustin)
Ces textes, avec d’autres non cités ici, sont suffisamment nombreux, sans équivoque, et venant de personnages à l’autorité universellement reconnue, pour être acceptés.
Et pourtant, beaucoup d’auteurs actuels ne reconnaissent pas ou très peu le fait qu’il y ait eu de nombreux juifs dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et que beaucoup de berbères ont judaïsés.
Ils passent sous silence ces nombreux juifs (plusieurs centaines de milliers selon certains auteurs anciens) chassés par les Romains de la Cyrénaïque en 118 après Jésus Christ dans les steppes présahariennes. Ils les situent du bout des lèvres dans les oasis du Sud Algérien, sous la forme de quelques petits ilots squelettiques. Dans ces conditions où seraient passés tous ces juifs cyrénéens !
Nous en parlerons un peu plus loin.
