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Tlemcen, le kiosque à musique au centre ville
Médéa : rue Gambetta (1945)
Alger : rue d'Isly (1930)
Une oasis à Ouargla (Territoire du Sud algérien)
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Square Bresson
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Service Alger - Bouzareah
Alger : le marché de la place de Chartres
MEDEA - Le Café de la Bourse
Guyotville - La Plage

 

Par Charles BACCOUCHE

La Peste, chronique de la vie confinée des habitants d’Oran durant une épidémie de peste, parue en 1947

 

Il est une apparente contradiction dans la personne, la vie et l’œuvre d’Albert Camus : un Français d’Algérie qui n’a pas été antisémite, quoi ? Pas même un peu ?

Pourtant, il est l’archétype du "Français d’Algérie" par son physique, par son comportement par sa coiffure, par sa façon de se vêtir, même à la façon de tenir sa cigarette il est Français d’Algérie et la gabardine que l’on portait partout mais avec uns distinction particulière en Algérie française.

Si on voulait peindre un français d’Algérie c’est lui qui serait le modèle.
 

Il est né en Algérie, à Mondovie le 7 novembre 1913, Son destin était tout tracé. Bon élève avec des Maitres d’avant, en tablier gris sur une table d’écolier avec encrier intégré, debout le matin pour l’appel, avec ensuite Le moment de Morale ou le Maitre narrait les aventures de ces personnages magnifiques, les Morales suivies des impressionnantes Vertus, sans lesquelles l’homme ne peut connaitre ni la dignité ni sa liberté. Elles inséraient l’élève tout petit dans une société respectueuse des règles sociales et la place de chacun pour que la vie soit harmonieuse et paisible.

La journée de l’élève de cette France ancienne et surannée enchainait le Français et la dictée,  le calcul et la leçon de choses le matin, puis la géographie et l’histoire l’après midi, bien sûr les récrés, la sortie à 11 heures et à 16 heures. (On préférait dire quatre heures)

Albert Camus a grandi dans cette ambiance studieuse, puis il est devenu un penseur, un écrivain et un philosophe majeur du 20ème siècle, en gardant cette réserve inhérente aux Français d’Algérie sous le masque de l’exubérance méditerranéenne

Il s’est étonné de recevoir le prix Nobel qu’il pensait revenir à André Malraux. Il a gardé la mémoire et l’amour de son pays dont il a décrit la dureté blanche de son soleil, de sa mer d’un bleu implacable.

Albert Camus a toujours récusé les supposés spécialistes l’enfermant dans la gangue de l’existentialisme, ou le présentant comme un penseur de l’absurde. Cette confusion ne pouvait ni le décrire ni l’emprisonner dans une posture contraire à sa nature et à son histoire.

En effet c’est la terre puissante de son Algérie natale qui a soutenu sa vie et a orienté son œuvre.

Albert Camus se lance en 1938-1940, d’abord et à corps perdu (un trait de son caractère) dans le sauvetage d’une part, du journal d'Alger Républicain" et d’autre part, dans le combat aux cotés des Républicains espagnols, mais aussi pour la Justice, pour l’égalité des droits, pour l’émancipation politique et sociale des musulmans d’Algérie.

Le voilà journaliste, perdant ses deux batailles, Alger Républicain sombrera, Soir Républicain sera étranglé en 1940 par l’Administration pétainiste, enfin, son rêve Justice s’évaporera dans le fracas de la montée des fascismes en Europe.

Témoin des injustices coloniales, il s’est placé du côté des victimes. Français par toutes les fibres de son corps et de son âme, il n’acceptait pas que l’Algérie ne reste pas française. Il devra quitter l’Algérie et sera un des animateurs de "Combat" dans la clandestinité d contre l’oppresseur nazi.

Son premier livre a été publié à Alger en 1937 sous le titre  "L’envers et l’endroit". Il écrit "Je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil".

La misère, il l’a connue petit, et le soleil d’Algérie, jamais ne l’a quitté tant il brûle tout au long de son œuvre et de sa vie, Camus est le sensuel fils de la terre rocailleuse du Constantinois.

Si ce déchirement qui l’a traversé sans discontinuer, devait être ravalé à un goût ou un penchant pour l’absurde, on s’empressa d’en faire l’écrivain de l’absurde, qu’on aimait appeler dans les Salons et les Brasseries de la Rive Gauche  de la Seine parisienne.

"L’existentialisme" fut une mode oubliée aujourd’hui, alors que l’œuvre d’Albert Camus a franchi le temps et l’espace, elle est encore enseignée dans nos Ecoles et à l’Etranger, le plaçant parmi les grands au carrefour de la littérature et de la philosophie.

L’ambassadeur de Suède lors de sa remise du prix Nobel en octobre 1967, déclara : "Vous êtes le neuvième Français qui reçoit cette haute récompense. Je suis heureux de constater que La France distance ainsi de loin, dans cette grande compétition internationale, tous les autres pays… Comme héros cornélien, vous êtes un homme révolté qui a su donner un sens à l'absurde et soutenir, du fond de l'abîme la nécessité de l'espoir..."

Albert Camus humblement, remercie d'avoir distingué "Mon pays et ensuite un Français d'Algérie". Son pays c’est la France et ses racines c’est l’Algérie à laquelle il restera toute sa vie attachée et fidèle à son origine : "Français d’Algérie" même si ceux qui se prétendaient tels ne l’ont pas vraiment reconnu comme l’un des leurs.

Camus par ces quelques paroles donne la clé de sa vocation :

Il est révolté  des inégalités qui blessent les arabes d’Algérie soumis au régime du double Collège (Ils ne votent pas comme les français et ne sont pas représentés au Palais Bourbon) alors que l’Algérie est partagée en trois départements français : Chapeautés par un Préfet, sont crées les départements d’Alger, de Constantine et d’Oran, eux même subdivisés en Sous- Préfectures tout comme en Métropole (comme on disait en Algérie de ce temps là).

Mais il est aussi sensible à la vocation de l’Algérie française dont il espérait qu’elle rejoigne la voix de la raison et de la Morale, pour que les deux rives de la Méditerranée cessent de s’entretuer et parviennent bâtir à une cité heureuse (comme il l’écrit).

Le malentendu qui sépare Albert Camus des philosophes du bord de Seine après la guerre, procède d’un amalgame entre l’idéologie dominante qui se proclame existentialiste sous la haute figure de Sartre pour qui (L’existentialisme est un humanisme » et l’idéal de Justice dans l’action de Camus.

Deux éléments séparent ces philosophes qui dominent la pensée française au cœur du 20eme siècle : La tentative de soumettre Camus aux impératifs de la pensée sartrienne d’une part, et d’autre part, l’exigence de Camus de mettre en action son idéal de Justice.

Ces deux  éléments : Justice  contre philosophie contingente et action contre réflexions sans  action constituent le véritable clivage entre ces deux géants des années 50.

Camus non seulement, se distingue des courants de la gauche parisienne, mais dévoile une surprenante proximité avec la pensée juive animée par ces deux impératifs que sont la Justice et l’action parmi les Hommes. Pas de philosophie sans actes, pas d’actes sans réflexion, sont les pôles de la bible juive

Albert Camus l’a vécu à tous les instants de sa courte vie, il a été juif sans le savoir par sa quête constante de Justice dans ses mots et dans ses actes (Alger Républicain, Combat)

Ses livres et ses pièces de théâtre témoignent d’une pensée et d’une œuvre qui se confondent avec l’idéal de Justice du judaïsme : "Tsedek tsedek tirdof" , la justice la justice tu poursuivras.

Le judaïsme ne se limite pas à célébrer la vertu, il la met en œuvre, Camus fit de même. Pour s’en convaincre il faut  s’appuyer sur les titres même de ses livres "L’Etranger".

N’est-on pas Etrangers les uns pour les autres d’où la nécessité du dialogue, n’est-on pas avec le psalmiste "Etranger sur la terre", "L’exil et le Royaume", "Les Justes"  sont des titres parlants même s’il faut se garder d’en faire des livres juifs.

On se plait à rappeler qu’il fut entouré de Juifs et qu’il eut des entretiens féconds avec André Chouraqui, par exemple lors de la rédaction de "La Peste",. 

il a enseigné en 1940, à Oran dans une école juive le "Cours Descartes" créé par André Bénichou, aux enfants juifs expulsés par le régime de Vichy. Camus à l’inverse hélas, de beaucoup de "Pieds noirs" s’est intéressé au sort des indigènes et aux juifs, toujours en raison de son exigence de la Justice pour tous. Il est allé bien plus loin en défendant l’Etat d’Israël contre les tyrans de l’Est et du Proche et Moyen Orient.

Cependant, il reste que toute son œuvre s’enracine dans la Terre algérienne et qu’on ne peut vraiment la comprendre sans intégrer cette dimension.

Il déclare :« Je n'écrirai rien, qui ne soit en quelque mesure lié à cette terre dont je proviens. Aujourd'hui, on refuse à l'écrivain le droit d'être solitaire : il faut qu'il se rallie à un groupe, qu'il accepte une étiquette. Eh bien, si l'on veut à tout prix me rattacher à une école, parlons d'une école nord-africaine."

Cependant  ce n’est pas cet environnement à lui seul, qui a influencé la vocation de Camus, c’est en réalité, son adhésion innée aux principes de Justice qui l’a conduit à des positions intellectuelles et surtout morales si proches du judaïsme qui lui n’est pas "un humanisme" mais la Morale en mouvement.

Ainsi, dans "Le mythe de Sisyphe" : A l’inverse de l’antiquité grecque, Camus décèle une espérance en imaginant "Sisyphe heureux".

En tous cas, Albert Camus ne peut être évoqué sans le rattacher à la terre d’Algérie bruissante de Soleil, Algérie lieu de ses racines et à l’origine de ses découvertes sur les étrangetés du  de notre condition humaine.

L’absurde de Camus se rapproche de l’angoisse juive devant les insanités du Monde, mais ils s’entendent, pour propager à l’unisson "l’Espérance d’une cité heureuse"

22 décembre 2017

                                                                       Charles BACCOUCHE

 

 
 

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